•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Doit-on se fier aux certifications et aux logos de pêche durable?

Un logo « Fourchette bleue » sur un crabe.

Des logos pour nous assurer que la pêche est durable il y en a de toutes les sortes sur les produits de la pêche et de l’aquaculture.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Quand on veut acheter des poissons et des fruits de mer de pêche responsable et durable, il peut être difficile de s'y retrouver parmi toutes les certifications. Voici des pistes.

Un texte d'Andrée Langlois de L'Épicerie

Dernièrement, les crabiers situés au sud du golfe du Saint-Laurent ont vu leur certification « pêche durable » suspendue par le Marine Stewardship Council (MSC), un organisme qui atteste que la pêche est effectuée de façon durable et responsable. Les méthodes de pêche de ces crabiers ont nui aux baleines noires et causé la mort de certaines d’entre elles.

« Le MSC a demandé à ce qu’il y ait des mesures qui soient mises en place, et en attendant qu’elles soient mises en place et que l’on vérifie qu’elles sont efficaces, la certification est suspendue », explique Jean-Claude Brêthes, professeur en océanographie biologique de l’Institut des sciences de la mer de Rimouski et titulaire de la Chaire UNESCO en analyse intégrée des systèmes marins.

Le professeur au port de Rimouski.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

«Le problème, c’est les cordes, qu’on appelle les orins, qui relient le casier à une bouée en surface. Les baleines se prennent dans les câbles et peuvent ainsi s’étouffer et se noyer», dit le professeur Jean-Claude Brêthes.

Photo : Radio-Canada

Mais qu’est-ce qu’une pêche durable?

Plusieurs critères sont nécessaires pour qualifier une pêche de durable, et comme l’explique M. Brêthes, la base, c’est le respect de la ressource. « Une pêche durable, c’est le respect de la ressource, soit de pêcher pour ne pas épuiser la ressource. Ensuite, c’est ne pêcher que ce qui est nécessaire. Ce qui veut dire, pêcher la quantité que l’on peut utiliser, éviter de pêcher les poissons trop petits et minimiser les prises accidentelles. Il y a aussi le respect de l’environnement, des écosystèmes et des collectivités qui dépendent de cette ressource pour vivre. »

Les logos se multiplient

Parmi les logos, on trouve le Friends of the Sea, Ocean Wise et Naturland.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Il existe de nombreux logos de « pêche durable ».

Photo : Radio-Canada

Il existe des logos de toutes sortes sur les produits de la pêche et de l’aquaculture pour permettre aux consommateurs de s’assurer que la pêche est durable. Mais il est souvent difficile de s’y retrouver et surtout de s’y fier.

Pour le nutritionniste Bernard Lavallée et auteur du livre Sauver la planète une bouchée à la fois, la réglementation n’est pas bien définie. « Un des gros problèmes, présentement, dans le domaine, c’est que le terme pêche durable n’est pas réglementé. »

Bernard Lavallée est un nutritionniste. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Bernard Lavallée conseille aux gens de bien observer les logos et de s'informer sur leur signification.

Photo : Radio-Canada

Depuis que les consommateurs s’intéressent davantage à la pêche durable, la quantité de logos ont explosé, dit Bernard Lavallée. « J’ai même vu, par expérience, des compagnies qui plaçaient de faux logos. On a l’impression que c’est un logo de pêche durable, parce qu’il y a un petit poisson bleu sur un fond blanc. On se dit : “Ah, c’est du poisson qui est de pêche durable”, mais en réalité, c’est une décoration sur l’emballage. »

De plus, il y existe de nombreuses certifications, par exemple celui de Greenpeace, qui sont, en fait, des guides de consommation. « À la limite, une association, un groupe ou un aquarium peut décider de faire sa propre liste, et effectivement, y en a beaucoup. Et c’est difficile de s’y retrouver », précise M. Brêthes.

L’Aquarium du Québec s’est associé au programme Ocean Wise afin d’établir une liste, un guide des produits de pêche durable. Selon la coordonnatrice du programme, Jade-Alexandra Trottier, Ocean Wise veut faciliter la tâche du consommateur. « Quand il voit notre petit logo, il ne se casse pas la tête. Il sait qu’il est en train de faire un choix qui est durable, qui respecte nos océans. »

Marketing environnemental?

Une affiche montre le prix et la traçabilité du saumon en vente. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les consommateurs cherchent de plus en plus à obtenir plus d'information sur la provenance du poisson qu'ils achètent.

Photo : Radio-Canada

À la poissonnerie La Mer, à Montréal, on affiche bien la traçabilité des produits, et le logo Ocean Wise dans la vitrine peut-être rassurant pour le consommateur. Mais attention, il suffit qu’un seul produit soit issu de la pêche durable pour pouvoir s’afficher Ocean Wise. Cela ne certifie pas que tous les produits sont de pêche durable.

« Nous tenons environ 500 produits. Ils ne sont pas tous certifiés Ocean Wise, mais on va donner l’information aux clients, ils vont être capables de juger s’ils veulent le produit qui est durable ou pas », explique François-Xavier Dehédin, gérant de la poissonnerie La Mer.

Selon Mme Trottier, le logo est plus qu’un outil de marketing. « On aime penser que l’on [est vers] un cheminement d’amélioration continue, et le but c’est qu’il soit un jour 100 % Ocean Wise. »

Le rôle du consommateur

M. Dehédin parle avec deux femmes. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le poissonnier François-Xavier Dehédin explique à des clients la provenance des poissons en magasin.

Photo : Radio-Canada

François-Xavier Dehédin explique qu’il veut donner la chance aux pêcheurs, qui prennent de plus en plus conscience du problème. « La sirène d’alarme a retenti. Je pense que tous les crabiers du Québec l’ont entendu. Les consommateurs sont soucieux, en ont entendu parler. »

Est-ce qu’ils [les consommateurs] vont arrêter de mettre [du poisson non certifié] dans leur assiette, je ne pense pas. On parle du thon depuis des années et on continue toujours à en vendre.

François-Xavier Dehédin

Puisque 93 millions de tonnes de poissons sont pêchées chaque année dans le monde, le consommateur a un rôle à jouer en diversifiant les espèces qu’il achète et aussi en posant des questions.

Pour M. Brêthes, il faudrait peut-être commencer à faire pression sur les poissonniers ou les épiciers en général. « Un des problèmes, c’est que très souvent dans les comptoirs de poissonnerie la personne n’est pas au courant exactement d’où vient son poisson, à quoi il correspond. Peut-être commencer à faire pression pour qu’on ait un meilleur étiquetage sur les produits qu’on achète, savoir d’où ils viennent. »

Moi, ce que je dis souvent : "Si votre poissonnier n’est pas capable de vous donner une information sur votre poisson, changez de poissonnier!"

Bernard Lavallée, nutritionniste

Où s’informer?

L'application Ocean Watch sur un téléphone intelligent.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les consommateurs ont de plus en plus d'outils sur le web pour découvrir la provenance de leur poisson.

Photo : Radio-Canada

Si on n’a pas de poissonnier à notre disposition, on peut toujours se tourner vers un poissonnier virtuel comme l’application Sea Food Watch, un guide de consommation de l’aquarium de Monterey Bay qui recommande, entre autres, les certifications MSC et l’ASC.

Selon M. Brêthes, ces guides ont certaines limites. « Le problème avec ces listes, c’est que c’est catégorisé par très, très gros ensembles. Il peut y avoir à l’intérieur d’un ensemble des pêcheurs qui font un travail propre, qui sont conscients, mais ils sont noyés dans une évaluation globale. » De plus, une espèce peut être sur la liste rouge alors qu’elle est pêchée correctement ailleurs au Québec, par exemple.

Acheter ou ne pas acheter les produits de la mer est une décision complexe lorsqu'on tient compte de notre santé et des océans.

Selon M. Brêthes, si les consommateurs sont plus soucieux, ils aideront à améliorer la réglementation. « On est de plus en plus conscient que l’on doit respecter l’environnement. C’est important que le consommateur soit un peu conscient de ce qu’il achète et de ce qu’il mange. »

En tant que nutritionniste, Bernard Lavallée est souvent aux prises avec un dilemme : « J’encourage les gens à manger du poisson, mais en même temps, plus on en mange, plus on doit vider les océans. Si on veut que les générations futures aient assez de poissons à manger, il faut que l’on fasse des choix qui soient cohérents, que l’on fasse les bons choix de poissons », conclut-il.

Consommation

Alimentation