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Les fusils d'assaut déjà la norme pour les policiers en Ontario

Un fusil d'assaut
L'agent Alain Gagnon montre un Colt C8 utilisé par la police du Grand Sudbury. Photo: Radio-Canada / Yvon Thériault

Une enquête de Radio-Canada révélait mardi que les corps de police du Québec commençaient à équiper leurs patrouilleurs de fusils d'assaut. Cette pratique est déjà répandue, depuis plus de 15 ans, en Ontario, même dans les petites municipalités.

Un texte de Natasha MacDonald-Dupuis

La Police provinciale de l'Ontario (PPO) a déjà des carabines Colt de modèle C8 dans les coffres de ses autopatrouilles depuis 2002, et ce, dans tous ses détachements.

C'est aussi la norme dans une dizaine de services de police, notamment à Toronto, à Sudbury et à Windsor.

Au Québec, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) ne semble pas suivre cette tendance pour l'instant, mais selon la police de Toronto les fusils d'assaut ont déjà fait leurs preuves, notamment lors de l'attaque au camion-bélier.

Vous aurez remarqué que lors de l'attaque, les policiers ont sécurisé le secteur avec ces armes en main. Le plan a été exécuté impeccablement.

Scott Baptist, surintendant, police de Toronto

Ces fusils semi-automatiques sont rarement utilisés. Ils peuvent tirer des balles à une vitesse de près de 1000 mètres par seconde. Ils sont sécurisés à l'intérieur des véhicules, et une formation est nécessaire pour les utiliser.

La police de Toronto a acheté une cinquantaine de carabines C8 en 2016. Des dizaines d'autopatrouilles circulent quotidiennement avec ces armes. En 2017, ces armes ont été pointées 10 fois, mais n'ont jamais été tirées.

Intervention policière avec une arme d'assaut, à Toronto, en 2016.Intervention policière avec une arme d'assaut, à Toronto, en 2016. Photo : oneeightact/reddit

Du côté de la PPO, on refuse de nous dire combien de Colt 8 sont déployés, mais ils le sont partout, de Hearst à Leamington.

Ce sont des armes plus légères et plus précises qui sont venues remplacer nos anciens fusils d'assaut de marque Ruger Mini-14.

Carolle Dionne, sergente, Police provinciale de l'Ontario

Le Québec « en retard »

Contrairement à leurs homologues du Québec, les principaux corps policiers ontariens semblent avoir mis en place les recommandations du rapport de la GRC à la suite de la tragédie de Mayerthorpe, en 2005, qui a coûté la vie à quatre agents.

Toutefois, ce « retard » ne serait pas lié à des différences institutionnelles entre l'Ontario et le Québec selon Francis Langlois, spécialiste de la question des armes à feu et membre associé à l'Observatoire des États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand.

« Au Québec les corps policiers craignent la réaction de l'opinion publique, plus que dans d'autres provinces. La façon dont ça s'est fait au Québec, en catimini, montre que c'est clair qu'il y a une différence », dit-il.

Ces armes sont d'ailleurs utilisées partout au Canada, dont en Atlantique.

Un Colt 5.56 x 45 mm, modèle acheté par les policiers de Laval.Un Colt 5.56 x 45 mm, modèle acheté par les policiers de Laval. Photo : Colt

Selon lui, le Québec ne fait que suivre une tendance qui existe partout en Amérique du Nord et en Europe. « Le but est d'intervenir rapidement en cas d'attentat. Ça s'inscrit dans un désir qui est beaucoup plus large que de juste s'armer pour s'armer ».

Les petites municipalités aussi

En Ontario, des villes de toutes les tailles sont dotées de ces armes.

À Orangeville et Sudbury, des fusils d'assaut se trouvent à l'arrière des autopatrouilles depuis 2016.

« En 2016 on a rigoureusement formé 47 agents, qui sont surtout des agents de patrouilles. En 2018 on a formé 14 autres officiers sur le terrain » explique le constable et instructeur en formation de la police du Grand Sudbury, Alain Gagnon.

Il ajoute qu'en moyenne, 8 à 10 voitures d'autopatrouilles circulent avec ces armes, et que d'ici 5 ans, toutes les autopatrouilles en auront.

« Les agents ne se promèneront jamais avec ce fusil dans la main, c'est pour les circonstances très rares et dangereuses ».

Une carabine noire sur une tableUne carabines Colt C8 de la Police du Grand Sudbury Photo : Radio-Canada / Yvon Thériault

À Windsor, c'est depuis 2013.

« Ces fusils sont utiles lors de prises d'otages notamment, pour mieux protéger la population », indique le sergent Stephen Betteridge, de la police de Windsor.

Des policiers et des fusils sur une tableDes policiers de Windsor montrent un fusil d'assaut de type C8, notamment. Photo : CBC

Même les policiers de Timmins y ont accès. Pour l'instant, ce sont les superviseurs qui les ont dans leurs coffres, mais d'ici l'automne tous les patrouilleurs en auront.

« Nous sommes présentement en train de faire les entraînements nécessaires. C'est une arme facile à utiliser », explique le porte-parole Marc Despaties.

À North Bay, les patrouilleurs suivent aussi des formations. Là encore, toutes les autopatrouilles seront munies de Colt C8 d'ici la fin de l'année.

Un « gaspillage d'argent »?

Le coordonnateur de la Coalition torontoise sur la responsabilisation de la police, John Sewell, qui a aussi été maire de Toronto, parle toutefois d'un « gaspillage d'argent » à l'échelle de la province.

C'est une mauvaise utilisation des fonds publics et ça met en danger le public.

John Sewell, ancien maire de Toronto et coordonnateur de la Coalition torontoise sur la responsabilisation de la police
Gros plan sur un vieil homme blanc.Le critique de la police et ancien maire de Toronto John Sewell Photo : CBC

Selon lui, seuls les agents des escouades tactiques devraient avoir accès aux fusils d'assaut, surtout dans les petites villes.

« L'agent moyen sort son arme de service une à deux fois dans sa carrière. Il est clair qu'ils n'ont pas besoin d'être formés pour utiliser des armes d'assaut, et qu'ils n'ont pas besoin de les avoir dans les coffres de leurs autopatrouilles ».

Armes à feu

Justice et faits divers