•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

5 facteurs de la campagne électorale qui pourraient influencer votre facture d’électricité

Un compteur d'électricité.
Le prix de l'électricité est un enjeu que mettent en avant tous les partis dans cette campagne. Photo: Radio-Canada / Jonathan Villeneuve

L'électricité est un enjeu de premier plan dans la campagne électorale de l'Ontario. Tous les partis promettent de faire diminuer la facture d'électricité des Ontariens grâce à différentes mesures. Comment pourraient-elles se refléter sur votre facture d'électricité?

Un texte de Katherine Brulotte


Dioxyde de carbone

1. Le marché du carbone

Depuis le 1er janvier 2017, l’Ontario dispose d’un système de crédit carbone.

Les libéraux : Le Plan énergétique à long terme de l’Ontario prévoit que, chaque année, les crédits offerts seront moins nombreux pour encourager la diminution de la production de gaz à effet de serre. Les entreprises doivent acheter des crédits carbone supplémentaires ou peuvent vendre leurs excédents pour atteindre ces objectifs. (Source : Plan énergétique à long terme de l’Ontario, décembre 2017)

Les progressistes-conservateurs : Le chef Doug Ford compte éliminer le programme de crédits carbone. (Source : tweet de Doug Ford du 23 avril)

Les néo-démocrates : Les néo-démocrates veulent maintenir le système en place et investir 25 % de ses revenus dans des programmes visant les ménages à faible revenu ainsi que ceux du Nord et des zones rurales, de même que les entreprises touchées par le système de plafonnement et d’échange. (Source : la plateforme électorale du NPD)

Le professeur Jean-Thomas Bernard de l’Université d’Ottawa estime que le marché du carbone aura un impact mineur sur le coût de l’énergie. Seule la production d’électricité de l’Ontario par le gaz naturel, qui représente moins de 20 % de la production de la province, entraîne des gaz à effet de serre. Les revenus du marché du carbone pourraient difficilement être investis de manière à faire diminuer directement les coûts d’électricité de la province.


Logo Hydro One

2. Privatisation d’Hydro One

Les libéraux : La vente partielle d’Hydro One a été entamée en novembre 2015. La province possède maintenant 49,9 % des actions de la société.

Les progressistes-conservateurs : Les conservateurs se sont opposés à la vente d’Hydro One, mais n’ont pas annoncé un rachat. Ils comptent renouveler entièrement le conseil d’administration de la société pour, entre autres, offrir des salaires moins élevés aux administrateurs. (Source : tweets de Doug Ford et le courriel du 9 mai)

Les néo-démocrates : Le NPD affirme dans sa plateforme que le rachat complet d’Hydro One ferait l’objet du tout premier projet de loi déposé par un gouvernement néo-démocrate. Le coût de cette mesure est estimé entre 3,3 et 4,1 milliards de dollars. (Source : la plateforme du NPD et le courriel du 9 mai)

L’expert en politique énergétique Jean-Thomas Bernard soutient que la privatisation d’Hydro One n’a qu’une incidence mineure sur le coût de l’électricité pour les consommateurs.

Ce n’est pas comme si une concurrence allait naître sur le marché. [...] Les prix de l’électricité sont dictés par la loi [l’Office de l’énergie de l’Ontario]. La propriété du distributeur ne va pas changer le prix.

Jean-Thomas Bernard, professeur d'économie, Université d'Ottawa

Dioxyde de carbone

3. Importation-exportation

L’Ontario importe et exporte de l’énergie. Au fil des ans, la province s’est engagée dans certains contrats qui visent à vendre de l’électricité à ses partenaires économiques, notamment aux États-Unis.

Des programmes ont été mis en place pour produire de l’électricité provenant de sources renouvelables, appelées énergies vertes, dans le cadre de ces contrats. La province a du même coup conclu des ententes d’achat d’électricité avec des producteurs d’électricité par le gaz naturel pour assurer une source d'approvisionnement plus fiable.

Un rapport de la Société des ingénieurs professionnels de l’Ontario de 2017 indique que ces contrats, jumelés à un surplus d’électricité provoqué par une baisse de la demande, ont coûté environ 1,25 milliard de dollars en 2016-2017. (Source : Société des ingénieurs professionnels de l’Ontario [OPSE], 2017)

Les libéraux : Dans leur dernière mise à jour du Plan énergétique à long terme de l’Ontario, les libéraux prévoient poursuivre la renégociation de contrats de vente et d’achat d’énergie pour diminuer les surplus et obtenir un prix.

Les progressistes-conservateurs : Le chef Doug Ford affirme qu’il mettra en place un moratoire pour empêcher la signature à court terme de tout nouveau contrat, ou renouvellement de contrat échu pour la production ou l’approvisionnement en énergie, afin d'obtenir un portrait global et juste des besoins et capacités de la province. Il dit également vouloir renégocier agressivement les contrats dans lesquels la province est déjà engagée.

Les néo-démocrates : Le NPD souhaite mettre fin aux contrats d’exportation d’électricité dont les prix de vente sont inférieurs aux coûts de production. Le parti envisage d'instaurer des programmes qui permettraient d’importer de l’électricité lorsque nécessaire seulement, et non sous forme de contrats. Ces ententes devraient, selon la plateforme néo-démocrate, préconiser l’énergie qui provient de sources renouvelables. (Source : le document sur l'énergie du NPD)

Renégocier les contrats d’approvisionnement ou de vente d’électricité en vigueur pourrait être très difficile et faire mal paraître l’Ontario sur le plan économique, selon Jean-Thomas Bernard. Le professeur d'économie souligne que l’ensemble du Nord-Est américain est aux prises avec un surplus d’électricité, ce qui pousse les prix à la baisse. Selon lui, l’Ontario ne peut que vendre ses surplus au meilleur prix offert sur le marché pour minimiser ses pertes.


Dioxyde de carbone

4. Sources d’énergie

Les libéraux : Le programme d’énergie verte prévoit l’achat à prix plus élevé, par Hydro One, de l’énergie provenant de sources renouvelables, soit l'énergie solaire et éolienne. Kathleen Wynne a annoncé vouloir reporter la construction prévue de deux nouveaux réacteurs nucléaires à Darlington et effectuer des travaux d'entretien pour prolonger l’utilisation du réacteur de Pickering jusqu’en 2024. (Source : Plan énergétique à long terme de l'Ontario, décembre 2017)

Les progressistes-conservateurs : Les conservateurs veulent mettre fin à tout projet de production d’électricité qui est en phase préparatoire, le temps d’évaluer les besoins de la province et sa capacité actuelle.

Les néo-démocrates : Andrea Horwath a annoncé vouloir mettre fin aux activités de la centrale nucléaire de Pickering dans les plus brefs délais et selon la méthode directe préconisée par l’Agence internationale d’énergie atomique. Elle mise plutôt sur l’évaluation des travaux nécessaires à la réfection des réacteurs nucléaires de Bruce et de Darlington. (Source : la plateforme et le document sur l'énergie du NPD)

Selon Jean-Thomas Bernard, les contrats de production d’énergie renouvelable dans lesquels la province est engagée avec des producteurs privés prévoient des coûts d’achat par la province plus élevés que ce qui peut être obtenu sur le marché, en raison de la forte concurrence.


Dioxyde de carbone

5. Coût pour les consommateurs

Les libéraux : Les libéraux comptent bonifier le Fonds pour des frais abordables, qui offre une aide financière aux ménages à faible revenu pour payer les factures d’électricité. Selon le Plan énergétique à long terme de l’Ontario de 2017, le réinvestissement des sommes obtenues par la vente des crédits carbone a notamment permis de réduire les factures d’électricité des ménages ontariens de 25 % en moyenne. Ces données sont contredites par les deux autres partis.

Les progressistes-conservateurs : Doug Ford a fait de la réduction des factures d’électricité un des points centraux de sa campagne jusqu’à maintenant. Sa plateforme contient des mesures visant à réduire la facture moyenne d’électricité de l’ensemble des ménages de 12 %. Il compte entre autres utiliser les dividendes d’Hydro One et renégocier les contrats d’achat d’électricité pour obtenir de l’énergie à moindre coût.

Les néo-démocrates : Le NPD souhaite mettre fin aux programmes d’utilisation selon l’heure, notamment pour permettre aux personnes âgées qui reçoivent de l’aide à domicile de faire faire leurs tâches ménagères, comme la lessive, lorsque leur aide est disponible. Le NPD promet également d’ajuster les coûts de livraison pour qu’ils soient les mêmes pour les citoyens en milieu rural et en milieu urbain. Un programme de rénovation écoénergétique pour les ménages de 50 millions de dollars serait également mis en place. (Source : la plateforme et le document sur l'énergie du NPD)

Malheureusement, bien peu de mesures pourraient avoir une incidence majeure et rapide sur les factures d’électricité des ménages, affirme Jean-Thomas Bernard. Selon lui, tout changement de politique pourrait prendre plus d’une décennie avant d’avoir un impact réel sur le prix qui devront payer les consommateurs de la province.

Il n’y a pas d’action qu’on pourrait prendre qui va éliminer les coûts pour lesquels la province s’est engagée au cours des 10 ou 20 dernières années.

Jean-Thomas Bernard, professeur d'économie, Université d'Ottawa
Un bandeau annonçant le dossier de Radio-Canada sur les élections provinciales en Ontario

Politique provinciale

Politique