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« L’Église était au courant », selon une déclaration de l’ex-prêtre pédophile Paul-André Harvey

L'abbé Paul-André Harvey
L'abbé Paul-André Harvey Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

Paul-André Harvey, un ancien prêtre reconnu coupable de pédophilie, blâme l'évêché d'avoir fermé les yeux. Dans des documents rédigés quelques jours avant son décès, le 3 mai dernier, il affirme que l'Église était parfaitement au courant de ses actes.

Un texte de Roxanne Simard

Dans une déclaration écrite sous serment d'abord obtenue par La Presse et ensuite par Radio-Canada, l’ancien prêtre prétend avoir prévenu son évêque de ses actes, lorsque les agressions sur des enfants ont commencé en 1965.

Paul-André Harvey avait été condamné en septembre 2015 à une peine de six ans de détention qu'il purgeait au Centre fédéral de formation, un pénitencier à sécurité minimale de Laval, après avoir été reconnu coupable de nombreuses agressions sexuelles.

L'ancien prêtre aurait avisé son évêque au moins à quatre reprises, entre autres après des plaintes.

« Je me souviens des remarques de mon évêque qui me demandait d'être à l'avenir plus prudent et de prier davantage, comme si cela pouvait régler mon problème. » - extrait de la déclaration de Paul-André Harvey.La déclaration d'environ 14 pages a été produite entre novembre 2016 et mars 2017 et remise récemment aux procureurs de l'Association des jeunes victimes de l'Église. Photo : Radio-Canada

Il dit même que ce sont plutôt les victimes qui étaient réprimandées lorsqu'elles osaient se plaindre.

Aujourd'hui, 92 personnes font partie d'un recours collectif dans le but d'obtenir réparation de la part des autorités religieuses.

L'Église avait « des œillères », selon une victime

L'une des victimes, Suzanne Tremblay, veut que l’Église reconnaisse ses torts et prenne ses responsabilités. Il s'agit d'une cause qui va bien au-delà du Diocèse de Chicoutimi, selon elle.

Ça vient appuyer toute la vérité qu’on lance depuis plusieurs années. Il ne l’a jamais caché.

Suzanne Tremblay, victime

Pour écouter l'entrevue avec Suzanne Tremblay, cliquez ici.

Une autre victime, qui souhaite garder l'anonymat, se dit fâchée de cette déclaration.

« C’est grave que les personnes en autorité n’aient pas été conséquentes, mais c’est trop facile que l’abbé Harvey s’en lave les mains. Quel irresponsable! »

Le Diocèse de Chicoutimi rejette ces allégations

De son côté, le Diocèse de Chicoutimi nie avoir été prévenu.

L’avocate du Diocèse, Estelle Tremblay, précise que l’on voit son amertume envers l’Église à travers cette déclaration.

Ces déclarations-là, c’est sa vérité et ce n’est pas nécessairement la vérité.

Estelle Tremblay, avocate du Diocèse de Chicoutimi

L'avocate ajoute que, lors de la rédaction de ce serment, M. Harvey tentait de se présenter le mieux possible à son agent de libération.

« Elle comporte plusieurs faussetés si on la compare aux déclarations des victimes, des incohérences internes, un nombre incroyable d’opinions. »

Mme Tremblay précise que Paul-André Harvey avait toujours refusé d’être interrogé.

L'ex-avocate de Paul-André Harvey a une toute autre lecture de son témoignage. « M. Harvey a toujours regretté ses gestes, même à l'époque. C'est une maladie j'imagine et il a demandé de l'aide. Il n'a pas voulu mettre la faute sur qui que ce soit », assure Renée Millette.

Justice et faits divers