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Examen des infirmières : deux organismes acadiens feront appel aux tribunaux

Des infirmières et la civière d'un patient le long d'un corridor d'hôpital.
Les candidates francophones connaissent un taux d'échec important à l'examen NCLEX. Photo: Shutterstock / John Panella
Radio-Canada

Deux organismes acadiens ont l'intention de déposer un recours judiciaire devant les tribunaux contre l'Association des infirmières et infirmiers du Nouveau‑Brunswick (AIINB) sur la question de l'examen NCLEX-RN, qui détermine l'admission des candidats dans la profession.

Un texte de Pierre Philippe LeBlanc

La Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB) et la Fédération des étudiantes et des étudiants du campus universitaire de Moncton (FEECUM) expliquent qu’elles ont révisé le récent rapport de la commissaire aux langues officielles portant sur une plainte visant l’AIINB.

Les deux organismes dénoncent l’adoption du NCLEX-RN par l’AIINB. Ils estiment que cet examen défavorise les candidates francophones.

« On a des infirmières qui vont faire plusieurs années d’études, qui sont unilingues francophones et qui arrivent devant cet examen-là, extrêmement intimidant d’ailleurs, et dans plusieurs cas ne réussissent pas. Si on regarde aussi le contexte où on a besoin d’avoir beaucoup plus d’infirmières et d’infirmiers dans nos réseaux d’hôpitaux et qu’on voit tous les droits qui sont brimés, que ça peut affecter comment nos hôpitaux fonctionnent, et que là on a la commissaire aux langues officielles qui nous dit que cet examen-là est considérablement avantageux pour une langue plutôt que l’autre, ça nous pousse à agir », explique Joey Couturier, président par intérim de la SANB.

La SANB reconnaît l’expertise de l’AIINB en son domaine, ajoute Joey Couturier. Il espère que le recours judiciaire mène à une solution.

« L’Association a beaucoup d’outils pour être capable d’adapter ce genre d’examen là, quitte à le refaire pour les francophones, ou avoir peut-être des classes de plus du côté français si on n’est pas capable d’avoir les livres pour pouvoir le donner en français, peut-être avoir des cours qui vont expliquer le contenu et donner un rattrapage de ce côté-là. Il y a plusieurs pistes de solutions qui peuvent être faites », affirme Joey Couturier.

L'avocat Dominic Caron, de la firme Pink Larkin, pilotera le recours juridique, précise la SANB. Cette dernière espère déposer les documents en cour d'ici deux semaines.

Le rapport d'enquête à l'origine du recours

Dans son rapport d'enquête rendu public la semaine dernière, la commissaire Katherine d’Entremont dénonce notamment le fait que les étudiants anglophones ont accès à un plus grand éventail de matériel préparatoire à cet examen que les francophones, comme des simulations d’examen de plus grande qualité­. Elle dénonce aussi le fait que des modifications apportées à la version traduite en français de l’examen ne sont pas révisées par des traducteurs agréés.

La commissaire souligne dans son rapport que les taux de réussite à la première tentative pour les diplômées de l’Université de Moncton ont chuté considérablement lors de l’instauration de l’examen NCLEX-RN (de 91 % en 2014 à 32 % en 2015). Le taux de succès des diplômées de l’Université du Nouveau-Brunswick au premier essai en 2015 était plus élevé, à 58 %.

Le taux de réussite des diplômées de l’Université de Moncton au premier essai était de 39 % en 2016 (contre 71 % pour celles de l’UNB), et de 40 % en 2017.

Vitalité appuie les recommandations de la commissaire

Les droits linguistiques des étudiantes doivent être respectés, souligne le Réseau de santé Vitalité par voie de communiqué.

« Le but de cet examen est d’évaluer de manière exhaustive les connaissances des candidates et des candidats afin de former un personnel soignant qualifié qui pourra offrir à nos patients des soins de qualités. En aucun temps la langue de préférence d’une personne ne devrait interférer dans le processus d’admission à la profession infirmière », affirme Gilles Lanteigne, PDG de Vitalité.

Gilles Lanteigne en entrevueGilles Lanteigne, PDG du Réseau de santé Vitalité Photo : Radio-Canada

Gilles Lanteigne rappelle que le système de santé doit relever des défis considérables en matière de recrutement d’infirmières. « Un taux réduit d’admission à la profession infirmière en raison d’une question linguistique n’aide en rien à nos efforts de recrutement », dit-il.

Vitalité encourage l’AIINB à mettre en oeuvre les trois recommandations suivantes de la commissaire aux langues officielles pour corriger la situation : 

  • L’association doit prendre des mesures afin que les exigences d’admission à la profession respectent pleinement la Loi sur les langues officielles du Nouveau-Brunswick ;
  • Peu importe l’examen d’admission choisi par l’association, toute traduction de l’examen et toute modification doivent être faites par un traducteur agréé ;
  • L’association doit faire un rapport au Commissariat sur les mesures prises pour respecter la loi, au plus tard le 4 septembre 2018.

Un expert exprime des réserves

L’avocat Michel Doucet, expert en droits linguistiques, travaille avec des étudiantes et d’autres intervenants dans ce dossier depuis trois ans. Il dit être étonné par l’intervention soudaine de la SANB et de la FÉÉCUM sans concertation préalable de toutes les parties impliquées.

Michel Doucet en entrevueLe juriste spécialisé en droits linguistiques Michel Doucet Photo : Radio-Canada / Michel Nogue

« Il ne faut pas oublier qu’il y a des étudiantes qui sont impliquées là-dedans et qui pourraient faire une démarche comme celle-là. Que la SANB prenne position sur le dossier, ça fait trois ans qu’on l’attend, ce serait excellent, mais de prendre une démarche judiciaire, c’est une étape différente. Ça nécessite une meilleure planification et une meilleure stratégie parce qu’annoncer ça à brûle-pourpoint comme ça, ça pourrait même dans certains cas mettre des obstacles au développement du dossier. On pourrait se retrouver dans une situation où maintenant l’Association ou le gouvernement pourrait tout simplement dire : “On ne parle plus à personne parce qu’il y a une poursuite potentielle contre nous” », explique Michel Doucet.

Des infirmières diplômées, mais non immatriculées, donneront une conférence de presse à Tracadie, lundi après-midi, pour dénoncer aussi l’examen NCLEX-RN.

L'AIINB réagira plus tard

L’AIINB n’accorde pas d’entrevue pour le moment quant à tout ce qui entoure le rapport de la commissaire aux langues officielles.

Une porte-parole explique que le dossier a été transmis à un conseiller juridique, et que le conseil d'administration veut en discuter avant de prendre une position.

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