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Confessions d’éboueurs : « On en voit de toutes les couleurs! »

Des hommes vêtus d'orage posent côte-à-côte devant un camion.
Beau temps, mauvais temps, Yves Lafontaine et Vincent Renaud se lèvent à l'aube pour ramasser les ordures des Gatinois. Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

Les reconnaissez-vous? Non? Pourtant, ces deux hommes vous ont peut-être déjà rendu service en débarrassant votre propriété de ses déchets. Voici l'occasion d'en apprendre davantage sur leur quotidien agrémenté d'animaux morts, de trouvailles insolites et de rencontres imprévisibles.

Un texte de Christelle D’Amours pour Les malins

Gatineau, 7 h : l’équipe composée du chauffeur Yves Lafontaine et de Vincent Renaud, éboueur, lance le contenu d'un premier bac dans le conteneur. Le duo commence une journée de travail typique qui s'échelonnera sur une dizaine d’heures.

Un homme vêtu d'orange met des déchets dans un camion.« J’adore! Il y a tout le temps des défis. J’ai besoin de bouger, je suis hyperactif, donc ça me garde tranquille », dit Vincent Renaud Photo : Radio-Canada

Ensemble, ils ramasseront jusqu’à cinq tonnes de déchets en une heure. Ils éviteront d’écraser un cycliste distrait qui leur passera sous le nez en coup de vent, ou encore contourneront de justesse une voiture qui se sera mise à reculer sans préavis.

Chaque citoyen devrait venir passer une journée avec nous autres [...] ils ne nous verraient plus de la même manière.

Yves Lafontaine, chauffeur de camion de déchets
Une femme et un homme sourient à l'intérieur d'un camionDe la mouffette au raton laveur, en passant par les couleuvres et les insectes : Yves Lafontaine en a vu de toutes les couleurs dans sa carrière d'éboueur. Photo : Radio-Canada / André Dalencour

Nom : Yves Lafontaine, ou « grand-père », pour les intimes
Métier précédent : Chauffeur d’autobus pour voyageurs
Ce qu’il pense de son travail : « J’aime mon métier de chauffeur. On est libres, nous autres. » Il aime conduire son camion, faire son travail, puis retourner à la maison pour jouer avec ses chats.

En plus d’être souvent ignoré, M. Lafontaine raconte que les citoyens peuvent aller jusqu’à leur crier des bêtises, voire leur lancer des objets. « Il y a des gens qui nous dénigrent, comme si on était des bons à rien. [...] On nous regarde de haut », ajoute-t-il.

« Les gens ont l’impression “Je paye mes taxes” et qu’ils ont droit à tous les services possibles », renchérit Serge Girouard, responsable d’exploitation chez Derichebourg, une compagnie sous-traitante à la Ville de Gatineau.

Oui, c’est vrai qu’on est payés pour le faire, mais il y a une chose que je peux dire : on ramasse "vos" déchets.

Yves Lafontaine, chauffeur de camion de déchets

Toutefois, le revers de la médaille peut être brillant et réchauffer le coeur des employés qui s’affairent à ramasser les déchets de leurs concitoyens. « L’été, à trente degrés, les gens nous attendent. Ils viennent nous apporter des bouteilles d’eau froides [...] puis c’est là qu’on est contents qu’il y ait des citoyens qui pensent à nous », dit M. Lafontaine.

Coeurs sensibles, s’abstenir

Les défis ne se font pas attendre dans le quotidien d’un éboueur. Il y a aussi les odeurs et toutes les trouvailles peu ragoûtantes qui, selon le tandem, ont découragé plus d’un aspirant du métier.

Un jeune homme vêtu d'orange est accroché à un camion.Âgé de 22 ans, Vincent Renaud travaille depuis deux ans comme éboueur et aspire à devenir camionneur. Photo : Radio-Canada / André Dalencour

Nom : Vincent Renaud
Métier précédent : Apprenti mécanicien
Ce qu’il pense de son travail : « J’adore! Il y a tout le temps des défis. J’ai besoin de bouger, je suis hyperactif, donc ça me garde tranquille. »

L’été, Vincent Renaud peut compter sur la présence de plusieurs animaux et insectes pour lui tenir compagnie : les abeilles qui suivent le camion ou les vers blancs qui envahissent son pantalon. « J’ai déjà eu un [raton laveur] » dans un gros bac vert [...] il m’a sauté dessus! Un écureuil, un serpent, une couleuvre. Ah oui, il y a de tout! », s’esclaffe-t-il.

Ceux-là, ce sont les animaux vivants. Les crânes d’orignaux, de boeufs et de chevreuils ont maintes fois fait sursauter des éboueurs, selon les dires de M. Renaud.

Le pire, pour lui, reste toutefois les carcasses de mouffettes placées incognito dans des sacs.

« Quand tu presses la mouffette, bien là, tu as l’odeur toute la journée. Ça, tu ne t’habitues pas », explique-t-il.

Voici d’autres éléments retrouvés fréquemment dans les ordures 

  • Des couches d’enfants et d’adultes pleines
  • Des éclats de verre
  • Des seringues souillées
  • Des clous
  • Des objets sexuels

Le superviseur du duo, Serge Girouard, rappelle qu’il reste du travail à faire pour mieux informer les citoyens au sujet de la gestion des déchets et de la sécurité de ses employés.

À lire aussi : L'ABC de nos déchets

« Le monde ne le sait pas, mais [avec] le chlore qu’ils mettent dans les poubelles, le feu prend dans les camions », dit-il.

Il y a aussi les bombonnes de propane qui peuvent éclater sous le poids de la lame du camion. « Le gars en arrière, il n’est pas prêt pour une explosion », soulève M. Girouard.

Un métier qui n’est pas fait pour tous

Qui peut devenir éboueur? C’est une question à laquelle le responsable d’exploitation de Derichebourg répond : « Le gars avec la maîtrise ou le bac, je ne l’engagerai pas, parce que je sais que je vais le perdre. [...] J’essaie tout le temps d’engager en souhaitant qu’ils fassent tout le contrat. Qu’ils vont faire sept ans avec nous autres. »

Il y en a combien, là-dedans, qui n’ont qu’un secondaire deux? Mais ils ont le coeur, ils sont capables de travailler. [...] Pourquoi ne pas leur donner une chance, puis les impliquer comme il faut dans la société?

Serge Girouard, responsable d’exploitation chez Derichebourg

Homme ou femme, Serge Girouard priorise les gens qui souhaitent travailler à temps plein. « Tu lui donnes une chance, puis s’il aime l’emploi, puis que tu lui as donné la chance de travailler pour une compagnie qui respecte ses employés puis tout ça, bien là, tu viens de l’embarquer dans un genre de famille. »

Un homme de dos met des ordures dans un camion.Vincent Renaud au travail. Photo : Radio-Canada / André Dalencour

En ce sens, le chauffeur Yves Lafontaine se fait un devoir de soutenir ses collègues. « Ils ne travailleront pas longtemps avec nous autres si l'on ne les encourage pas, si l'on ne va pas les aider », dit-il.

N’empêche que « grand-père » reconnaît la robustesse de ses collègues. « Ça prend quelqu’un qui n’a pas peur de travailler. C’est un travail qui est extrêmement physique », ajoute M. Lafontaine.

Le chauffeur du camion veille à la sécurité de son éboueur sur le terrain. Il lui prête aussi main-forte pour soulever des charges qui atteignent parfois 90 kg parce que les citoyens remplissent les bacs à ras bord.

« C’est dur sur un corps, à la longue », avoue l’éboueur Vincent Renaud. « Je cours tout le temps. J’ai tout le temps couru. Ça garde en forme! », dit celui qui peut faire jusqu’à 43 000 pas par jour.

« L’été, c’est drôle à 30°. Il faut que tu travailles dans ces températures-là. Moi j’aime ça, j’aime ça ” au boute ”! », dit le jeune homme de 22 ans.

Il espère d’ailleurs, un jour, devenir chauffeur du camion de déchets.

Un camion jaune muni d'une pelle pousse une montagne de déchets.On organise les déchets dans entrepôt à l'aide d'un camion. Photo : Radio-Canada

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