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Les astres sont alignés en faveur d'Andrew Scheer

Le chef du Parti conservateur Andrew Scheer.

Ce conseil général québécois est une autre étape d’une stratégie établie depuis la victoire d’Andrew Scheer.

Photo : The Canadian Press / Paul Chiasson

Radio-Canada

Être à la bonne place au bon moment. C'est souvent la clé du succès dans la vie. Pour Andrew Scheer, les astres se sont alignés au moment où il mettait en place sa stratégie pour se faire connaître au Québec. Son entourage espère que les graines semées par les conservateurs donneront des racines plus profondes dans la province où pourraient se jouer les prochaines élections fédérales.

Une analyse de Philippe-Vincent Foisy, correspondant parlementaire à Ottawa et animateur de la Mêlée politique

Les conservateurs québécois se réunissent durant la fin de semaine à Saint-Hyacinthe. Comme l’expliquait récemment mon collègue Raphaël Bouvier-Auclair, Saint-Hyacinthe fait partie des circonscriptions québécoises que les conservateurs souhaitent gagner aux élections de 2019.

Ce conseil général québécois est une autre étape d’une stratégie établie depuis la victoire d’Andrew Scheer dans la course à la direction de son parti. L’occasion de proposer des politiques qui s’adressent directement à l’électorat québécois : déclaration de revenus unique (gérée par Québec) et fin de la taxe de vente pour tous les contenus numériques.

Les stratèges ont tout prévu : la lettre ouverte dans La Presse, la tournée de consultation du lieutenant Alain Rayes, les différentes entrevues sur les chaînes d'information, dont une à Patrice Roy. Par-dessus tout, ils souhaitaient la présence du chef à Tout le monde en parle.

L’entrevue de dimanche dernier a permis à Andrew Scheer de briser la glace, de se faire connaître et de répondre tout de suite aux questions à caractère social, pour qu’il puisse présenter sa plateforme lors de sa prochaine entrevue, plus proche des élections.

« Ce que les gens ne comprennent pas, c’est qu’on a mis en place un plan depuis plusieurs mois », raconte un conservateur qui a demandé à garder l’anonymat pour parler librement de sa stratégie.

« On est exactement là où on veut être », soutient une autre source conservatrice, qui croit qu’à cause des difficultés qu’a connues Justin Trudeau en Inde et de la crise au Bloc québécois, les conservateurs peuvent espérer faire d’importants gains au Québec et ainsi aspirer à prendre le pouvoir en 2019.

« [Le voyage en Inde] a dit aux gens que [Justin Trudeau] n’était pas imbattable, qu’il n’était pas inattaquable », ajoute-t-il.

Selon les conservateurs, la chance leur a aussi souri une autre fois en février, lorsque sept députés ont claqué la porte du parti de Martine Ouellet.

« [La crise au Bloc], c'était de l’or en barre », confie une troisième source.

La lettre ouverte dans La Presse a d’ailleurs été publiée plus tôt que prévu, soit près de deux semaines après la démission des sept députés.

Avec le NPD qui traîne la patte dans les sondages et le Bloc québécois divisé, les conservateurs espèrent coaliser le vote d’opposition à Justin Trudeau au Québec.

Loin d'être gagné

La partie est loin d’être gagnée. Le simple fait de doubler leur députation au Québec (actuellement de 11 députés) serait considéré par plusieurs comme une victoire.

Les troupes de Justin Trudeau jouissent encore d’une grande popularité dans la Belle Province.

On en saura un peu plus sur la justesse de leurs prévisions au cours des prochaines semaines, lors de l’élection partielle dans Chicoutimi-Le Fjord. Les conservateurs présentent un candidat très connu dans la région. Ils avaient toutefois terminé au quatrième rang en 2015.

Récemment, une source libérale confiait craindre de voir une partie du vote bloquiste se rendre chez les conservateurs.

« Pour beaucoup de bloquistes, voter pour un Trudeau, c’est impensable », confie-t-il.

L'une des premières prises du Parti conservateur est Michel Gauthier, l'ancien chef du Bloc québécois. Celui qui a été le leader parlementaire de Gilles Duceppe sera présent au conseil général et pourrait signer sa carte de membre du parti, selon une source conservatrice.

Une partielle ne fait cependant pas le printemps. Certains conservateurs l’avaient rappelé l’année dernière lorsqu’ils ont perdu la circonscription de Denis Lebel, au Lac-Saint-Jean.

L’avenir ne s’annonce toutefois pas aussi rose.

« On ne gagnera pas deux fois à la loterie », explique une source conservatrice qui rappelle que si Jason Kenney, Doug Ford et François Legault prennent le pouvoir en Alberta, en Ontario et au Québec respectivement, la partie pourrait se révéler plus difficile pour les conservateurs.

Les trois incarnent la famille conservatrice dans leur province, mais ne sont pas à l’unisson avec Andrew Scheer. Certains d’entre eux craignent de devoir commenter des déclarations fracassantes de Doug Ford ou de trouver un équilibre entre les aspirations caquistes et conservatrices de l’Ouest.

Andrew qui?

Andrew Scheer a profité des dernières semaines pour se faire connaître. Des Québécois connaissent maintenant au moins son nom. Pour l’instant, il n’a toutefois pas montré qu’il avait des positions bien différentes de celles des conservateurs de Stephen Harper : armes à feu, avortement, environnement…

« Il est temps qu’il se définisse », soutient une autre source conservatrice.

Pour l’instant, les libéraux dépeignent le nouveau chef de l’opposition comme une copie de Stephen Harper, avec le sourire. Les conservateurs soutiennent que ce sera leur offre politique qui pourra les différencier.

« On ne gagnera pas la bataille de la popularité avec Justin », confie une autre source.

Il reste encore 18 mois avant les prochaines élections. Beaucoup de choses peuvent encore arriver. Les libéraux ont ajusté le tir et comptent mettre les bouchées doubles sur le terrain.

Andrew Scheer, lui, n’a toujours pas montré qu’il est capable de faire face aux mêlées de presse presque quotidiennes à Ottawa, lui qui n'a rencontré les journalistes parlementaires que quelques fois depuis qu’il est devenu chef en mai 2017.

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