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Ottawa étudie 24 nouvelles zones de protection marine en Atlantique

Étoile de mer et faune marine sur le plancher océanique.
Le plancher océanique du banc de Sainte-Anne, à l'est du Cap-Breton en Nouvelle-Écosse. Photo: Pêches et Océans Canada
Radio-Canada

Ottawa envisagerait la création de nouvelles zones de protection marine en Atlantique, selon des documents que le gouvernement fédéral a partagés avec des intervenants.

CBC Nouvelles a reçu des cartes distribuées par Pêches et Océans Canada dans le cadre de ses récentes consultations.

On y voit 24 nouvelles zones que le gouvernement pourrait potentiellement transformer en aires protégées sur la plate-forme Néo-Écossaise, incluant le lac Bras d’Or au Cap-Breton et une douzaine de zones dans le golfe du Saint-Laurent.

Ce que montrent les cartes

Carte de la Nouvelle-Écosse et des environs où des zones marines sont identifiées par différentes couleurs.Agrandir l’imageLa carte obtenue par CBC Nouvelles. Photo : Photo obtenue par CBC

L'une des zones proposées englobe une petite partie du bassin Minas, mais exclut le site du projet d'énergie marémotrice de la baie de Fundy. Deux grandes zones au large des côtes sont aussi à l’étude, ainsi que des aires plus petites le long de la côte sud de la province.

Dans le golfe du Saint-Laurent, le plan de réseau inclut la cuvette du Cap-Breton, un secteur marin que l’on savait déjà à l’étude. Cette zone est située entre Chéticamp en Nouvelle-Écosse, l’Île-du-Prince-Édouard et Baie St-George à l’ouest de Terre-Neuve.

Photo aérienne du lac Bras d'Or en été.Le lac Bras d'Or au Cap-Breton, en Nouvelle-Écosse. Photo : Getty Images / Adrian Wojcik

D’où proviennent ces plans ?

Les cartes envoyées à CBC Nouvelles révèlent de potentielles aires protégées qui sont à l’étude, mais qui n’avaient pas été rendues publiques.

Ces cartes ont été créées par une équipe de consultants micmacs qui a combiné des données de Pêches et Océans Canada pour créer un plan de réseau. C’est un mélange de zones de protection marine déjà existantes, de sites proposés comme potentielles zones protégées, et de ce que le gouvernement appelle des « sites d’intérêt ».

CBC Nouvelles protège l’identité de la personne ayant envoyé la photo, prise ces derniers jours lors d’une réunion, mais indique qu’elle ne provient pas de cette équipe des Premières Nations.

Jeff MacDonald, directeur général de la gestion des océans chez Pêches et Océans Canada, affirme que le ministère fédéral était « sur le point » de rendre publics ces plans de réseau.

« Ces cartes n’ont pas été réalisées par le ministère des Pêches et des Océans, mais elles proviendraient de séances où nous avons partagé de l'information », dit M. MacDonald, qui ne désire pas commenter le contenu de ces plans.

Un enjeu économique et politique en Atlantique

Alors que le gouvernement Trudeau s’affaire à remplir son engagement de protéger 10 % des océans du pays d’ici 2020, le nombre d’aires marines protégées et leur dimension sont devenus des enjeux politiques en Atlantique.

Le premier ministre de la Nouvelle-Écosse, Stephen McNeil, et son homologue de Terre-Neuve-et-Labrador, Dwight Ball, ont tous deux récemment exprimé des préoccupations au sujet des conséquences que ces mesures de conservation de l’environnement pourraient avoir sur l’industrie pétrolière et gazière, ainsi que sur l’industrie des pêches.

Léonard LeBlanc.Léonard LeBlanc, président de la Coalition des pêcheurs de la Nouvelle-Écosse. Photo : Radio-Canada / Stéphanie Blanchet

Léonard Leblanc, le président de la Coalition des pêcheurs de la Nouvelle-Écosse, dit que le ministère des Pêches et des Océans (MPO) lui a permis de consulter ce plan.

« J’ai eu, je ne sais pas si c’est la chance ou le malheur, d’avoir obtenu la carte par le MPO », dit-il. « Y’a des régions qui nous tapent aux yeux pas mal vite. »

« Il n'y a pas grand sites qu’ils veulent qui n’auront pas un impact sur les pêcheurs », dit M. Leblanc. « Ça pourrait éliminer des communautés de pêche tout net si ce n'est pas fait d’une façon qui est équitable et qui alloue les pêches traditionnelles. »

« On n’est pas préparés à nous séparer de nos régions historiques où on a pêché durant plusieurs générations », indique-t-il.

De multiples casiers circulaires de pêche au crabe disposés sur un bateauCasiers pour la pêche au crabe. Photo : Radio-Canada / François Vigneault

Le président de la Coalition dit que les pêcheurs sont méfiants, mais ouverts à la discussion, qui est essentielle selon lui. « Nous avons toujours voulu parler de quelque chose qui pourrait être mieux pour nos eaux. »

Protéger 10 % des océans du pays d’ici 2020

La biologiste marine Susanna Fuller croit que les cartes révélées par CBC Nouvelles sont authentiques. « C’est bien que nous ayons finalement un plan », dit-elle. « Est-ce que toutes ces zones vont devenir des zones de protection marine ? Probablement pas. Certaines d’entre elles ? Oui. »

Susanna Fuller devant une affiche sur les poissons.La biologiste marine Susanna Fuller. Photo : CBC

Mme Fuller ne croit pas que les pronostics les plus sombres envisagés par certains acteurs de l’industrie des pêches soient réalistes. « Nous savons qu’il n’y aura pas de zones de protection marine là où il y a des pêches importantes. C’est assuré », affirme-t-elle.

Si ces possibles zones de protection étaient créées, cela représenterait une importante augmentation des aires protégées sur la plate-forme Néo-Écossaise. Il y en a présentement deux dans ce secteur : le banc de Sainte-Anne à l’est du Cap-Breton, où les activités humaines commerciales sont interdites dans les trois quarts de la zone ; et le Gully, à l’est de l’Île de Sable.

Susanna Fuller avertit que même si les zones à l’étude finissent par être implémentées, il ne faut pas s’attendre à ce que ce soit le cas avant des années.

« Le problème en ce moment est que nous n’avons pas beaucoup d’expérience, parce qu’avant 2015, nous avions moins de 1 % de zones de protection », explique-t-elle.

Tortue LuthSelon Pêches et Océans, le banc de Sainte-Anne fait notamment partie d’une aire d’alimentation estivale importante pour la tortue luth, une espèce en voie de disparition. Photo : iStock

Le Canada met donc les bouchées doubles pour atteindre son objectif de protéger 10 % de son patrimoine océanique d'ici 2020. « Je pense que nous pourrions être en excellente position en 2030 », dit-elle.

Léonard Leblanc, de son côté, fait valoir que les pêcheurs ont déjà adopté plusieurs initiatives de pêche durable. « C’est pas juste venu du MPO. Beaucoup de changement est venu de l’industrie », dit le président de la Coalition des pêcheurs de la Nouvelle-Écosse.

« On a beaucoup de règlements de conservation, on a la règle de précaution, on a beaucoup de choses qu’on a mises en place », dit M. Leblanc. « Quand même qu’on n’aurait pas de régions marines protectives pour la pêche, ce ne serait pas la fin du monde. »

Avec les informations de Paul Withers de CBC et de Caroline Lévesque de Radio-Canada Acadie

Avec les informations de CBC

Nouvelle-Écosse

Protection des écosystèmes