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Cannes : le film de Jean-Luc Godard présenté... sans Jean-Luc Godard

Fabrice Aragno, Nicole Brenez, Mitra Farahani, Jean-Paul Battaggia, collaborateurs de Jean-Luc Godard pour le film <i>Le livre d'image</i>.

Fabrice Aragno, Nicole Brenez, Mitra Farahani, Jean-Paul Battaggia, collaborateurs de Jean-Luc Godard pour le film Le livre d'image.

Photo : Associated Press / Vianney Le Caer

Agence France-Presse
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

En mai 1968, il débarquait au Festival de Cannes pour interrompre les festivités. Cinquante ans plus tard, l'insaisissable Jean-Luc Godard a, comme souvent, brillé par son absence sur le tapis rouge, vendredi, à l'heure où a été présenté son nouveau film, Le livre d'image, en lice pour la Palme d'or.

Le réalisateur culte d'À bout de souffle qui, déjà, n'avait pas fait le voyage lors de ses précédentes sélections en 2010 et 2014, doit en revanche participer, samedi, à une conférence de presse à distance, en utilisant l'application d'appels vidéo FaceTime, selon le programme remis à la presse.

L'entrée en compétition du nouveau film du mythique cinéaste de la Nouvelle Vague était le moment fort d'une journée aussi marquée par la projection, en compétition, des Éternels, du Chinois Jia Zhangke, et par une séquence-souvenir du Grand bleu, de Luc Besson, sur la plage cannoise 30 ans après sa sortie.

Après Adieu au langage, œuvre difficile et inclassable en 3D récompensée par le Prix du jury à Cannes en 2014 (partagé avec Xavier Dolan pour Mommy), le film du cinéaste franco-suisse de 87 ans en compétition cette année est présenté comme une réflexion sur le monde arabe en cinq parties, à travers des images documentaires et de fiction.


Objet filmique non identifié, Le livre d'image fait se succéder pendant 1 h 25 des images documentaires ou de fiction accompagnées de citations et d'aphorismes en voix hors-champ, souvent lus par le cinéaste lui-même : « La seule chose qui survive à une époque, c'est la forme d'art qu'elle s'est créée », « Les religions du livre ont forgé nos sociétés et nous avons sacralisé les textes », « Pour ma part je serai toujours du côté des bombes »...

Cette oeuvre énigmatique, voire hermétique, a partagé les critiques, laissant plus d'un festivalier perplexe.

Dernière apparition cannoise en 2004

Reclus en Suisse, celui qui a révolutionné l'écriture cinématographique s'est tenu éloigné, ces dernières années, du monde du cinéma. Il faut remonter à 2004 pour sa dernière apparition – hors compétition – sur la Croisette avec Notre musique.

La sélection d'un de ces films cette année à Cannes est particulièrement symbolique, 50 ans après le Festival interrompu, en mai 1968. Alors que la France était en grève, Godard était en tête, aux côtés de François Truffaut, de la révolte pour exiger l'arrêt de la compétition par solidarité avec le mouvement étudiant et ouvrier.

En cette année anniversaire, « JLG » a d'ailleurs l'honneur de voir figurer, sur l'affiche du 71e Festival de Cannes, l'image de Jean-Paul Belmondo et Anna Karina échangeant un baiser, tirée de Pierrot le fou, son film culte de 1965.
Mai 68 avait aussi été le point de départ d'une radicalisation de son œuvre, avec des « films politiquement politiques » puis l'expérimentation de la vidéo.

L'année 1980 avait marqué son retour à la fiction avec Sauve qui peut (la vie), avec Isabelle Huppert, Nathalie Baye et Jacques Dutronc. Le film, présenté à Cannes, avait divisé profondément le public et la critique. À la sortie de la projection officielle, « un désastre », selon son biographe Antoine de Baecque, Godard avait même été pris à partie et insulté. Cinq ans plus tard, il a reçu à Cannes une tarte à la crème avant la projection de Détective.

Cette nouvelle sélection à Cannes, sa septième en compétition officielle, couronne une carrière d'une cinquantaine de films où se mêlent fictions, films militants, vidéos et films grand public. Toutefois, récompensé une seule fois, en 2014, Godard reste un cinéaste controversé, dont certains jugent l'œuvre prétentieuse ou trop hermétique.

Mai 68, très présent

Autre clin d'oeil à Mai 68, vendredi, un hommage était rendu au distributeur et réalisateur Marin Karmitz, fondateur du groupe MK2, dont la carrière avait aussi connu un tournant après cette période. Son film Coup pour coup (1972), œuvre militante en écho aux luttes sociales de 1968, sera projeté dans la catégorie Cannes Classics.

« [Godard et moi], on a fait deux films sur le même sujet, une grève de femmes qui prenaient la parole dans les usines, c'était très nouveau, parce qu'elles n'avaient quasiment pas droit à la parole », a expliqué à l'AFP M. Karmitz. Pour lui, ce sera donc Coup pour coup, et pour Godard, Tout va bien, avec Yves Montand et Jane Fonda.

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