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Un téléjournal rappé au Sénégal

Le rappeur en avant-plan et l'image d'un incendie en arrière-plan.
Le rappeur sénégalais Keity, de son vrai nom Cheikh Sène, en train d'animer le téléjournal rappé du 15 juillet 2017. Photo: YouTube
Radio-Canada

Intéresser les jeunes à la politique en leur rappant l'actualité. C'est le défi que se sont donné les rappeurs sénégalais Xuman et Keity. Et ça marche bien! Chaque épisode attire des dizaines de milliers de vues.

Un article de Marie-France Abastado, à Désautels le dimanche 

Les deux passionnés d’information enregistrent leur journal télévisé rappé hebdomadaire depuis maintenant cinq ans. Le JT rappé est d’abord présenté tous les vendredis sur une chaîne locale privée, 2STV, puis repris le lendemain sur YouTube.

Les présentateurs Xuman et Keity – de leurs vrais noms Makhtar Fall et Cheikh Sène – étaient préoccupés par la façon dont les médias traditionnels sénégalais relayaient l’information.

Ils faisaient de la musique depuis une vingtaine d’années quand ils ont eu l’idée d’aborder l’actualité d’un point de vue critique et sur une base musicale pour toucher les jeunes.

Makhtar FallLe rappeur sénégalais Xuman, de son vrai nom Makhtar Fall Photo : Radio-Canada / Marie-France Abastado

On voulait réconcilier les jeunes avec l’actualité, mais aussi réconcilier les personnes un peu plus âgées avec le rap.

Xuman

C’est comme ça qu’en 2013 ils ont présenté leur premier JT rappé.

Pour les rappeurs, ce projet était d’autant plus important qu’au Sénégal, 55 % de la population a moins de 20 ans. Mais dans ce pays où l’on parle près d’une quarantaine de langues, où le français est la langue officielle, mais où le wolof reste la langue la plus parlée, il fallait deux versions du JT. C’est Xuman qui assume la version française et Keity, la version wolof.

Une totale liberté de parole

Les deux rappeurs ne se privent pas de critiquer les politiciens de leur pays et même d’adopter parfois un ton impertinent. Et, ils le soulignent, ils bénéficient au Sénégal d’une totale liberté de parole.

Nous pouvons dire ce que nous avons envie de dire sans être inquiétés. À aucun moment la police n’est venue frapper à notre porte, pas plus qu’il n’y a eu une campagne contre le journal rappé.

Keity

Outre les enjeux locaux, Xuman et Keity profitent aussi d’événements internationaux pour sensibiliser leur auditoire aux grands enjeux de la planète, comme l’environnement. C’est un thème récurrent dans toutes les saisons du JT rappé. Ils l’ont fait, entre autres, à l’occasion de la conférence de Paris sur le climat en 2015.

Et puis le JT rappé a maintenant son réseau de correspondants non seulement à travers le Sénégal, mais aussi dans plusieurs pays d’Afrique. C’est grâce à l’aide de deux fondations, la Fondation Ford et la Fondation de Georges Soros, OSIWA (Open Society Initiative for West Africa), que les correspondants ont pu être formés et équipés de caméras. Mais ce financement n’a été accepté qu'à condition que les fondation n'aient aucun droit de regard sur le contenu.

Le reportage de Marie-France Abastado est diffusé le 13 mai à l’émission Désautels le dimanche sur ICI Première.

D’abord une approche artistique et citoyenne

Les deux rappeurs, qui se décrivent volontiers comme des « journartistes », contraction de journaliste et d’artiste, se déplacent aussi parfois pour aller faire leurs propres reportages.

Nous avons plutôt une approche artistique et citoyenne. Il n’y a pas toute la rigueur journalistique qu’il peut y avoir derrière un article ou un reportage.

Keity

N’empêche, les deux rappeurs essaient le plus possible de coller à cette rigueur et s’en tiennent au conditionnel lorsqu’un fait n’a pas été vérifié. Mais ils revendiquent aussi le caractère satirique de leur JT rappé.

Société