Une vague orange en Ontario?
Andrea Horwath lors d'un événement public avant le lancement officiel de la campagne électorale de 2018
Photo : Radio-Canada / Martin Trainor
En ce début de campagne électorale, les progressistes-conservateurs de Doug Ford sont toujours en tête, mais c'est le NPD et sa chef Andrea Horwath qui semblent avoir le vent dans les voiles. Il est trop tôt pour parler d'une vague orange en Ontario, mais ce serait une erreur d'ignorer l'impulsion qui semble pousser les néo-démocrates.
Une analyse de Christian Noël
Le NPD n'a jamais été aussi populaire depuis un quart de siècle, si on se fie aux récents sondages. Si l’élection avait lieu aujourd’hui, le conservateur Doug Ford serait bien premier ministre (avec 40 % des votes), mais la chef néo-démocrate Andrea Horwath deviendrait chef de l’opposition officielle (avec 33 % des voix). Les libéraux de Kathleen Wynne dégringoleraient en 3e place, avec un appui de 22 %.
La dernière fois que le NPD a joui d’un tel appui populaire, ils ont formé le gouvernement (avec 37 % des voix) et le premier ministre s’appelait Bob Rae. Cette popularité n’a cependant pas duré.
« Je ne suis pas Bob Rae », a lancé Andrea Horwath plus tôt cette semaine, en entrevue à l’émission Les coulisses du pouvoir. « Nous avons travaillé fort depuis ces années afin d'offrir une meilleure qualité de vie aux Ontariens. »
Nouveau plan de match
Pour convaincre les Ontariens, la chef du NPD semble vouloir emprunter une stratégie qui ressemble plus à celle de l'ex-chef néo-démocrate Jack Layton qu’à celle de Thomas Mulcair et de son virage à droite en 2016.
En fait, en 2014, Andrea Horwath a elle-même tenté un virage à droite, avec un programme électoral qui promettait un budget équilibré et des réductions d’impôts pour les PME. La stratégie lui avait valu une réprimande cinglante de bons nombres de militants, et elle avait perdu trois sièges relativement sûrs à Toronto.
Cette fois, le NPD semble vouloir revenir à ses racines, plus à gauche. Le parti propose un programme universel d’assurance dentaire et d’assurance médicaments, un réinvestissement en éducation et en santé, une hausse d’impôt pour les mieux nantis. Il affiche également une attitude plus positive.
« C’est un choix conscient qu’on a fait, de canaliser l’éternel optimisme de Jack Layton pour faire contraste avec l’autre option de changement, offerte par les conservateurs. »
Il ne faut pas s’étonner si le NPD essaie d’établir une comparaison favorable entre son chef ontarien et celui qui a connu en 2011 l'un des meilleurs succès électoraux du parti au pays, même si l’Ontario avait échappé à Jack Layton.
Attaque et contre-attaque
Le chef conservateur fait un excellent boulot quand vient le moment de canaliser la colère et la fatigue des Ontariens envers Kathleen Wynne et les 15 ans de règne libéral. Mais ce n’est que la moitié du travail d’un chef de l’opposition. L’autre moitié, c’est de convaincre les électeurs de voter pour lui. Et c’est là que Doug Ford doit ajuster le tir.
À l’inverse, c’est difficile pour la chef du NPD Andrea Horwath de trop critiquer les libéraux, puisque les politiques des deux partis se ressemblent. Le budget libéral emprunte des idées traditionnellement néo-démocrates, et le NPD promet des programmes sociaux « libéraux plus », en version améliorée. Et qui coûteront plus cher.
Qui ferait le meilleur premier ministre?
Selon la firme Ipsos, en date du 11 mai, les Ontariens font autant confiance à Andrea Horwath (38 %) qu'à Doug Ford (37 %), mais Kathleen Wynne est loin derrière à 19 %.
Andrea Horwath essaie donc de se positionner comme une option rassurante pour remplacer le gouvernement Wynne. « Vous n’avez pas à choisir entre le mauvais et le pire », martèle la chef néo-démocrate, en offrant un « changement pour le mieux ». Le danger, pour les conservateurs, c’est de voir Doug Ford continuer d’arracher des électeurs aux libéraux, mais de voir Andrea Horwath et le NPD récolter les fruits de son travail.
Ajustements
D’ailleurs, on sent un ajustement chez Doug Ford. Alors qu’au début de la campagne il ignorait Andrea Horwath, on commence à l’entendre davantage s’attaquer au NPD dans ses discours. « Les libéraux et le NPD, c’est du pareil au même, répète Doug Ford, ils vont augmenter les impôts et dépenser sans compter. »
Pour le moment, l’équipe conservatrice dit surveiller la montée du NPD, mais ne pas trop s’en inquiéter.
« Ça divise le vote de la gauche et ça ouvre la porte à des gains conservateurs dans certaines régions, y compris une percée possible dans le bastion libéral de Toronto. »
Pourtant vendredi, lors du débat des chefs dans le Nord de l'Ontario, Doug Ford a saisi cette occasion pour mener une attaque en règle contre le NPD « un parti de radicaux, d'activistes et de groupes d'intérêts. Si vous pensez que les libéraux sont dangereux, ce sera encore pire sous les néo-démocrates d'Andrea Horwath ».
Les libéraux également sentent l’effet orange sur leurs partisans. La chef Kathleen Wynne a même déjà commencé à attaquer le NPD pour sa « philosophie anti-entreprise et son manque de rigueur dans les finances publiques ». En entrevue aux Coulisses du pouvoir, elle ajoute que, contrairement au NPD, « nous avons des politiques, des investissements très faisables et nous avons un plan qui est très responsable ».
L’effet de l’impulsion néo-démocrate, si elle se maintient, est difficile à prévoir. On aura une meilleure indication du niveau de menace que les conservateurs et les libéraux ressentent au cours des prochains jours si les attaques contre Andrea Horwath se maintiennent ou s’intensifient.
Parfois, l’histoire se répète
En 1985, le gouvernement libéral minoritaire de David Peterson a survécu pendant deux ans grâce à un accord avec Bob Rae, en échange de l’adoption de politiques néo-démocrates. À court terme, ce sont les libéraux qui ont profité de cette entente, en remportant une majorité en 1987. Mais une grogne antilibérale (en raison notamment d’un déclenchement hâtif des élections) a finalement porté le NPD au pouvoir en 1990.
Cette fois-ci, ce sont les libéraux de Kathleen Wynne qui ont survécu à un gouvernement minoritaire. C’est en faisant campagne à gauche, avec des idées du NPD, qu’ils ont regagné leur majorité en 2014. Quatre ans plus tard, la grogne populaire pousse les libéraux vers le bas dans les intentions de vote.
Le passé n’est pas toujours garant de l’avenir, mais il est difficile de ne pas faire de parallèle entre 2018 et 1990.
À lire aussi :