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Alexandre Taillefer, le queer politique devenu libéral

Alexandre Taillefer

L'homme d'affaires Alexandre Taillefer

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Dans une chronique (Nouvelle fenêtre) publiée en novembre 2016 dans le magazine Voir, Alexandre Taillefer, le nouveau président de la campagne électorale du Parti libéral du Québec (PLQ), se décrivait comme un queer politique. Vous ne savez pas ce qu'est un queer politique. Comment dire? Un queer refuse d'être étiqueté selon son orientation sexuelle ou son identité de genre. Par extension, un queer politique serait quelqu'un qui ne veut pas être étiqueté selon ses positions politiques?

Une analyse de Sébastien Bovet, chef du Bureau parlementaire à l’Assemblée nationale

Quoi qu'il en soit, le queer politique est devenu libéral. Une transformation qui surprend et soulève des questions.

On savait qu’il était tenté par la politique. Il est membre du Parti québécois, a déjà été membre de la Coalition avenir Québec et a donné de l’argent à tous les partis, sauf à Québec solidaire.

En passant, donner de l’argent à des partis politiques, tous les gens d’affaires (ou presque) le font. Devenir membre d’un parti, par contre, c’est plus inusité et il devra répondre aux questions à ce sujet.

Plusieurs s’attendaient à ce qu’il essaie de devenir un Emmanuel Macron québécois en fondant son propre mouvement en vue des élections de 2022. Dans cette même chronique de novembre 2016, Alexandre Taillefer exprimait d’ailleurs avec force sa volonté de ne pas être étiqueté.

La députée solidaire Manon Massé était son coup de cœur. Il admettait avoir fait un don à Jean-François Lisée du Parti québécois.

Sa déclaration au sujet de son amie libérale Isabelle Melançon est celle qu’on retiendra le plus aujourd’hui.

Est-ce qu’en soutenant Isabelle Melançon, j’endosse de facto les politiques libérales d’austérité, la position hermétique des libéraux envers la hausse du salaire minimum à 15 $ ou leurs compressions en culture? Bien sûr que non.

Alexandre Taillefer

Les écrits restent et les paroles s’envolent. Comment a-t-il pu écrire ça il y a un an et demi et devenir président de la campagne libérale aujourd’hui? Endosse-t-il maintenant les politiques libérales?

M. Taillefer répond que l’implication politique permet d’influencer les positions d’un parti. Philippe Couillard ajoute qu’il veut s’entourer de gens forts et débattre. C’est noble, c’est tout à fait pertinent. Mais pour l’instant, les commentaires passés de M. Taillefer obligent les libéraux à se justifier, ce qu’ils ne souhaitaient probablement pas avoir à faire.

Parachuté?

La fonction de président d’une campagne électorale au PLQ comporte deux critères : connaître le parti et connaître l’organisation politique. Son rôle est plutôt discret. On ne le voit pas sur les tribunes, on le consulte en coulisses. Or, Alexandre Taillefer n’a pas d’expérience politique, il n’a aucune racine au PLQ et il n’est pas du genre à fuir les micros.

Son tweet pour confirmer son engagement en a aussi laissé certains songeurs.

Je confirme que je serai le président de la campagne électorale pour le Parti libéral du Québec. Pas une décision facile, mais elle s'impose par l'importance des enjeux. Les positions progressistes de Monsieur Couillard me rejoignent. Merci de commenter respectueusement.

Alexandre Taillefer

« Pas une décision facile »? Un militant se demandait s’il se lançait dans l’aventure à reculons. « Où est l’enthousiasme? », se demandait-il.

« Les positions progressistes »? Après trois ans de rigueur ou d’austérité budgétaire?

Éthique

D’autant que l’implication de M. Taillefer soulève des questions éthiques. Que fera-t-il avec ses magazines Voir et L’actualité?

S’en servira-t-il pour faire la promotion du PLQ? On n’est pas face à un nouveau Péladeau. M. Taillefer ne veut pas se faire élire, il veut influencer, il le dit lui-même.

Les libéraux ne peuvent toutefois pas rejeter du revers de la main les questions sur les médias de M. Taillefer après avoir soulevé à répétition les mêmes questions sur ceux de M. Péladeau.

Le chef libéral Philippe Couillard affirme que les présidents de campagne précédents, comme l’ancien premier ministre Daniel Johnson, ne se sont pas départis de leurs actifs. Certes, mais ils n’étaient pas propriétaires de médias.

Il faut saluer l’engagement politique. N’en doutez pas, la nomination d’Alexandre Taillefer est un bon coup pour les libéraux, même si elle soulève des questions. Tous les partis l’auraient pris.

Le queer politique s’est trouvé une identité. On verra si la greffe libérale est un succès et où elle le mènera.

Sébastien Bovet

Politique provinciale

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