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Fin de l’accord sur le nucléaire entre les États-Unis et l’Iran : et maintenant?

Deux missiles.

Des missiles iraniens à Téhéran en juin 2017

Photo : Getty Images / AFP

Radio-Canada

Le président Trump a déclaré mardi que son pays se retirait de l'accord sur le nucléaire iranien, qu'il estime ne pas être assez contraignant. Qu'est-ce que cela changera à l'équilibre nucléaire mondial?

Un texte de Ximena Sampson

La fin de l’accord sur le programme iranien risque paradoxalement de provoquer une surenchère nucléaire, craint Emmanuelle Maître, chargée de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), à Paris.

« Si l’Iran revenait sur ses engagements [et décidait de relancer l’enrichissement de l’uranium], ça pourrait avoir des conséquences sur d’autres pays qui ont déjà indiqué qu’ils ne supporteraient pas de voir un Iran nucléarisé », croit-elle.

« Vous pensez que l’Arabie saoudite, qui est fondamentalement opposée à l’Iran chiite, va accepter tout à coup d’avoir un voisin nucléaire? », se demande Michel Fortmann, chercheur au Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CERIUM). « La réponse est non. »

L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis maîtrisent déjà jusqu’à un certain point la technologie nucléaire, puisqu’ils ont enclenché depuis quelques années d’importants programmes de construction de centrales nucléaires civiles en vue de produire de l’électricité.

Quant à Israël, qui n’a jamais signé le Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) et maintient le plus grand secret sur ses activités nucléaires, il est soupçonné de posséder quelque 80 ogives nucléaires et assez de matériel pour en fabriquer 200 autres.


Estimation du nombre d'ogives nucléaires dans le monde

Carte de l’inventaire d’ogives nucléaires dans le monde en 2018.

Source : Federation of American Scientists (Nouvelle fenêtre)

Le nombre exact d'armes nucléaires détenues par chaque pays est un secret d'État. Les chiffres présentés ici sont une estimation réalisée par Hans Kristensen et Rolph Norris pour la Fédération des scientifiques américains en se basant sur les archives et l'information publique disponible.


Toutefois, l’Iran est encore loin de pouvoir rejoindre le club de puissances nucléaires mondiales, croit Emmanuelle Maître.

« Ce qu’a l’Iran aujourd’hui, ça correspond à un petit programme nucléaire civil, affirme Mme Maître. Ça peut être utilisé pour produire de l’électricité, mais absolument pas pour des armes nucléaires. »

« Actuellement, l’Iran n’a pas plus de capacités nucléaires que la Corée du Sud ou le Japon », qui possèdent tous deux des installations nucléaires civiles, ajoute Michel Fortmann.

Si l’Iran décidait de repartir aujourd’hui son programme nucléaire, il lui faudrait au minimum un an pour avoir une bombe nucléaire fonctionnelle.

Emmanuelle Maître, chargée de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique

Dans le cadre de l’accord signé en 2015, Téhéran a accepté de réduire le nombre de ses centrifugeuses, de limiter sa production de plutonium et d’uranium enrichi et de se soumettre aux inspections internationales en échange de la levée des sanctions qui pesaient contre le pays.

Un nouvel ordre nucléaire mondial

Si l’Iran met sa menace à exécution et reprend l’enrichissement d’uranium en vue de fabriquer une bombe, c’est toute l’architecture mondiale du nucléaire qui pourrait être menacée.

Jusqu’à maintenant, on avait atteint un certain « équilibre de la terreur » avec les cinq puissances déclarées (États-Unis, Russie, Royaume-Uni, France et Chine), qui maintiennent des stocks imposants, ainsi que l’Inde, le Pakistan et Israël qui ne font pas partie du TNP, mais dont on sait qu’ils possèdent des armes nucléaires.

La Corée du Nord s’en est retirée en 2003 et mène depuis un programme nucléaire secret.

Des stocks encore imposants

On observe une diminution du nombre d’ogives nucléaires depuis la fin de la guerre froide, mais cette réduction est plus lente depuis quelques années, constate la Fédération des scientifiques américains (FAS), qui surveille l’inventaire mondial d’armes nucléaires.

« C’est un peu en trompe-l’oeil, ces diminutions, constate Emmanuelle Maître, puisque ça ne diminue pas partout. »

Les États-Unis et la Russie ont réalisé d’importantes diminutions ces dernières années. La France et le Royaume-Uni aussi, mais ces deux derniers États « sont arrivés sur une sorte de palier, au minimum qu’ils peuvent avoir, et tant qu’ils ne sont pas rejoints par les États-Unis et la Russie, ils en restent là », croit Mme Maître.

Dans les autres États, par contre, on assiste plutôt à une croissance. Que ce soit la Chine, l’Inde ou le Pakistan, « l’augmentation est graduelle et passe sous le radar des statistiques, mais on est sur une pente ascendante », conclut la chercheuse.

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