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Rio Tinto et Alcoa s'unissent pour produire l'aluminium le plus vert au monde

Des lingots d'aluminium.
Rio Tinto et Alcoa lancent un procédé de fabrication d'aluminium sans carbone. Photo: Radio-Canada / Rémi Tremblay
Radio-Canada

Rio Tinto et Alcoa lancent le premier procédé de fabrication de l'aluminium sans émissions de carbone au monde. Les premiers ministres Justin Trudeau et Philippe Couillard, de même qu'un dirigeant de la compagnie Apple, étaient à Saguenay jeudi pour annoncer ce projet qui représente des investissements totaux de 558 millions de dollars.

Un texte de Roxanne Simard

Cette technologie d'électrolyse de l'aluminium produit de l’oxygène et élimine toutes les émissions directes de gaz à effet de serre (GES) générées par le procédé d'électrolyse classique. Une méthode de fabrication révolutionnaire, selon les multinationales, qui ont dévoilé leur projet jeudi à l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC).

« Ça va permettre l'élimination complète des émissions de gaz à effet de serre lors de la production de l'aluminium primaire, la création de beaucoup, beaucoup d'emplois de qualité au Québec, la consolidation également de milliers d’emplois dans l’industrie de l’aluminium au Québec, parce que notre industrie va devenir encore plus compétitive et encore plus productive », a expliqué le premier ministre du Québec, Philippe Couillard.

Les intervenants sur scèneLes dirigeants d'Alcoa, Rio Tinto, Apple et les premiers ministres du Québec et du Canada lors de l'annonce à l'UQAC. Photo : Radio-Canada

Pour commercialiser ce nouveau procédé, Alcoa et Rio Tinto forment l’entreprise Elysis, dont le siège social sera à Montréal. L’objectif est de mettre en vente cette technologie à compter de 2024.

Une centaine de personnes travailleront pour cette nouvelle coentreprise qui pourrait créer plus de 1000 emplois d’ici 2030. Les travaux liés à la commercialisation seront d'ailleurs réalisés au Saguenay-Lac-Saint-Jean, dans une nouvelle installation de calibre internationale.

En somme, le projet aidera à créer 1000 emplois et à maintenir 10 500 de plus pour les Canadiens.

Justin Trudeau, premier ministre du Canada

La compagnie Apple prend aussi part au projet. En plus d'apporter un soutien technique, elle facilitera la collaboration entre les deux multinationales.

188 M$ pour la première phase du projet

Un investissement combiné de 188 millions de dollars sera fourni par Rio Tinto, Alcoa, Apple et les deux paliers de gouvernement.

« Pour appuyer le projet, le gouvernement du Canada versera une contribution remboursable de 60 millions de dollars », a expliqué Justin Trudeau.

Québec investit également 60 millions de dollars, dont 40 millions devront être remboursés. Les Québécois détiendront donc environ 4 % d’Elysis. De son côté, Apple contribue à la hauteur de 13 millions de dollars pour la première phase du projet.

Les deux phases de réalisation totalisent des investissements de 558 millions de dollars.

Une technologie unique

Au Canada, cette technologie pourrait permettre d'éliminer jusqu'à 6,5 millions de tonnes métriques de GES.

Le résultat de plusieurs années de recherche, il s’agit de l’innovation la plus importante dans l’industrie de l’aluminium depuis plus de 100 ans.

Justin Trudeau, premier ministre du Canada

Depuis quelques années déjà, Rio Tinto souligne les qualités environnementales de sa production d’aluminium au Canada, qui utilise l’hydroélectricité comme source d’énergie principale.

Explication sommaire du processus

Actuellement, les alumineries de Rio Tinto et d’Alcoa utilisent des anodes de carbone fabriquées à partir de charbon. Lors du procédé d’électrolyse qui permet de produire l’aluminium à partir de l’alumine, la dégradation de l’anode libère divers produits chimiques, alors que l’oxygène se combine au carbone pour produire du dioxyde de carbone (CO2), un puissant gaz à effet de serre.

Les nouvelles anodes de céramique ne contiendraient plus de carbone et ne libéreraient que de l’oxygène. Et ne n’est pas le seul gain pour les producteurs d’aluminium.

« Les anodes au charbon se dégradent en six semaines environ. Les nouvelles vont se dégrader en plusieurs années : on parle même de peut-être 10 ans », affirme Roger Boivin, analyste de la scène économique qui était présent jeudi lors de l’annonce.

Il n’hésite d’ailleurs pas à affirmer qu’il s’agit bel et bien d’une avancée majeure.

« Ça fait des décennies que les ingénieurs travaillent là-dessus, ajoute-t-il. On parle d’une réduction de coût de 15 % et d’une augmentation de productivité de 15 % », ce qui constituera un progrès important si la découverte d’Alcoa parvient à s’intégrer au processus de production d’aluminium.

Pour sa part, le directeur de la chaire en écoconseil de l’UQAC et coauteur de l’essai scientifique Vivre les changements climatiques, Claude Villeneuve, est enthousiaste.

Il dit avoir suivi les travaux concernant l’utilisation d’anodes en céramique pour l’électrolyse d’aluminium. Et la résolution des problèmes techniques concernant leur mise en place constituerait un énorme progrès environnemental.

Si c’est le cas, c’est effectivement une révolution et c’est effectivement un avancement extraordinaire parce que, au Québec, on pourra dire qu’on produit l’aluminium qui est le plus remarquable sur la planète.

Claude Villeneuve

Saguenay–Lac-St-Jean

Économie