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L'examen d'accréditation des infirmières enfreint la Loi sur les langues officielles

Stéphanie Noël, une diplômée en sciences infirmières, prend connaissance de la décision du Commissariat aux langues officielles.

Stéphanie Noël, une diplômée en sciences infirmières, prend connaissance de la décision du Commissariat aux langues officielles.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

Radio-Canada

L'Association des infirmières et infirmiers du Nouveau-Brunswick a enfreint la Loi sur les langues officielles en adoptant un examen d'admission qui défavorise nettement les candidats francophones, conclut le Commissariat dans son rapport d'enquête.

Un texte de Catherine Allard

Le Commissariat aux langues officielles a déterminé qu’il existe un écart considérable, entre le français et l'anglais, quant aux ressources de préparation à l’examen NCLEX-RN, l’examen d’accréditation qui permet d’accéder à la profession.

De nombreux étudiants en sciences infirmières à l'Université de Moncton sont incapables de réussir l'examen. Le taux d'échec dans cette institution est très élevé. En 2015, la moitié des étudiants ont échoué lors de la première écriture.

Une jeune femme triste qui tient son diplôme de sciences infirmières dans son salon.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Stéphanie Noël a tourné le dos à la profession d'infirmière. Elle a été incapable de réussir l'examen accréditation NCLEX-RC. Elle étudie pour devenir enseignante.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

Inégalités entre les francophones et les anglophones

Selon le Commissariat, les étudiants anglophones ont accès à un plus grand éventail de matériel préparatoire, comme des simulations d’examen de plus grande qualité­.

Les candidats francophones ne sont pas sur un pied d’égalité avec les candidats anglophones.

Rapport d’enquête du Commissariat aux langues officielles

Il affirme également que la traduction de certaines questions dans la version française de l’examen laisse à désirer, notamment parce que les questions sont manipulées par des personnes qui ne sont pas toujours des traducteurs agréés.

Selon la commissaire Katherine d'Entremont, la Loi sur les langues officielles stipule qu'il doit y avoir égalité de traitement entre anglophones et francophones. « L’expérience d’une candidate francophone doit être équivalente à l’expérience d’un candidat - ou d’une candidate - anglophone. »

Le NCLEX-RN est utilisé depuis janvier 2015 partout au Canada, sauf au Québec et au Yukon. L'examen est développé aux États-Unis, mais est révisé et traduit par des Canadiens.

Que dit la Loi sur les langues officielles?

En vertu de la Loi, les membres des associations professionnelles et le public ont le droit de communiquer avec les associations professionnelles et d’en recevoir les services dans la langue officielle de leur choix.

Par ailleurs, le paragraphe 41.1(3) de la Loi prévoit qu’une personne ne peut pas être défavorisée parce qu’elle a choisi une langue officielle plutôt qu’une autre pour satisfaire à une exigence d’une association professionnelle, comme pour passer un examen d’admission à une profession.

Des changements avant la rentrée

Le Commissariat recommande que l'AIINB de procéder à certains changements, avant la prochaine rentrée universitaire.

Il formule trois recommandations :

  • L’association doit prendre des mesures afin que les exigences d’admission à la profession respectent pleinement la Loi sur les langues officielles du Nouveau-Brunswick:
  • peu importe l’examen d’admission choisi par l’association, toute traduction de l’examen et toute modification soient faites par un traducteur agréé;
  • l’association fasse rapport au Commissariat des mesures prises pour respecter la loi, au plus tard le 4 septembre 2018.

Ouvre la porte à des compensations

Le rapport n’invalide pas les examens, mais donne un argument fort aux étudiantes pour pouvoir demander à passer un nouvel examen.

« La Commissaire n’a pas le pouvoir de dire que les examens qui ont été faits sont invalides, mais la conclusion qu’il y a eu infraction à loi donne un argument très fort à ces étudiantes pour demander une réparation auprès de l’association », explique l’avocat spécialisé en droit linguistique, Michel Doucet.

Il estime que les étudiantes pourraient également intenter un recours collectif pour obtenir un dédommagement.

Ça légitime les plaintes qu’ils avaient déposées contre l’association, en disant que l'examen était injuste contre les infirmières francophones.

Michel Doucet, avocat spécialisé en droit linguistique

Michel Doucet est impliqué dans le dossier puisqu’il a travaillé avec des étudiantes pour les aider à préparer la plainte au Commissariat.

Trop tard pour certains diplômés

« Je suis contente par rapport aux résultats, mais quand on pense aux diplômés qui ont dû passer à travers des épreuves insupportables, ça n’enlèvera pas cette épreuve. Et encore aujourd’hui ces gens-là ne peuvent pas pratiquer, comme moi », se désole Stéphanie Noël, une étudiante de l’Université de Moncton qui a échoué à l’examen neuf fois.

Stéphanie Noël est heureuse d'apprendre que le Commissariat aux langues officielles donne raison aux étudiantes.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Stéphanie Noël est heureuse d'apprendre que le Commissariat aux langues officielles donne raison aux étudiantes.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

Stéphanie Noël n'est pas l'une des plaignantes dans ce dossier, mais elle espère que les étudiants qui ont échoué à l'examen auront droit à un dédommagement.

« Il va falloir qu'ils fassent une grosse vérification. Pas juste avec les nouveaux diplômés, mais aves les anciens diplômés aussi », dit-elle.

La jeune femme, qui travaille maintenant comme enseignante suppléante dans les écoles, ne croit pas qu'elle aurait la force de passer un nouvel examen.

« C'est une grosse charge émotionnelle. Retourner faire l'examen, moi personnellement je n'en suis pas certaine, mais peut-être que d'autres voudraient le faire. »

L'AIINB n'a pas répondu à nos demandes d'entrevue.

Avec des informations de Nicolas Steinbach

Nouveau-Brunswick

Société