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Nucléaire iranien : douche froide pour les entreprises européennes

Une femme parle au téléphone en passant devant un kiosque de la pétrolière Total.
Une femme d'affaires marche devant un kiosque de la firme française Total lors d'un salon consacré au secteur pétrolier, le 6 mai 2014, à Téhéran. Photo: Getty Images / BEHROUZ MEHRI
Agence France-Presse

C'était le scénario qu'elles redoutaient toutes : le retour annoncé de sanctions américaines place les entreprises européennes, dont certaines misaient gros sur l'Iran, dans une situation des plus périlleuses.

Au lendemain de l'annonce par Donald Trump du rétablissement des sanctions américaines visant la République islamique, la présidence française a assuré que les Européens allaient « tout faire pour protéger les intérêts de [leurs] entreprises » en Iran, « en intervenant auprès de l'administration américaine » au niveau de l'Union européenne.

L'accord signé à Vienne en juillet 2015 avec Téhéran, qui levait une partie des sanctions internationales visant la République islamique, avait ouvert aux entreprises européennes de nouvelles perspectives dans ce marché prometteur d'environ 80 millions d'habitants.

Airbus, Siemens, Total, PSA, Fincantieri : de nombreuses multinationales se sont empressées de lancer des projets, malgré les difficultés de financement qui demeurent avec ce pays.

Les échanges de l'Union européenne avec l'Iran, qui ne représentaient que 7,7 milliards d'euros (11,3 milliards $ CA) en 2015, ont quasiment triplé pour atteindre en 2017 21 milliards d'euros (32,3 milliards $ CA).

Les exportations européennes ont décollé : l'Allemagne a vu ses livraisons progresser continûment à partir de 2015 pour atteindre près de 3 milliards d'euros (4,6 milliards $ CA) en 2017, de même que les ventes italiennes qui se sont établies à 1,7 milliard d'euros (2,6 milliards $ CA). Les exportations françaises ont quasiment triplé entre 2015 et 2017, pour s'établir à 1,5 milliard d'euros (2,3 milliards $ CA).

La décision américaine contrecarre dès lors ces projets. D'autant plus que Washington a donné une période de 90 à 180 jours aux entreprises pour résilier les anciens contrats noués en Iran et interdit d'en conclure de nouveaux, sous peine de subir des sanctions de la part des États-Unis.

La Maison-Blanche s'appuie en effet sur le principe d'extraterritorialité des lois américaines, ce qui permet à Washington de sanctionner des entreprises étrangères travaillant avec des pays sous embargo, à partir du moment où elles commercent aussi avec les États-Unis ou utilisent le dollar dans leurs transactions.

Une arme déjà utilisée dans le passé, à l'image de l'amende de 8,9 milliards $ US infligée en 2014 à la banque française BNP Paribas pour avoir enfreint les sanctions contre l'Iran et d'autres pays.

Pour les sociétés françaises et européennes qui ont des intérêts aux États-Unis, il est impossible d'échapper à ce gendarme du monde. On peut toujours essayer de les contourner, mais pas les grandes entreprises.

Jacques Hogard, président d'un cabinet de conseil à l'international

Un casse-tête pour des groupes engagés dans des projets au long cours comme Total qui, associé au groupe chinois CNPC, a signé un accord portant sur un investissement de 5 milliards de dollars pour exploiter le gisement South Pars. Son patron avait prévenu début avril qu'il demanderait une exemption aux autorités américaines.

Seule certitude, selon Mahasti Razavi, avocate au cabinet August Debouzy, la décision américaine « ne remet pas en cause ce qui a déjà été fait ». En revanche, reste à clarifier ce qui peut advenir en cas de poursuite des affaires avec l'Iran, ajoute-t-elle.

Et de fait, les entreprises restent prudentes.

« Nous analysons attentivement cette annonce et nous évaluerons les prochaines étapes en cohérence avec nos politiques internes et en respect total avec les sanctions et les règles de contrôle des exportations », a indiqué un porte-parole d'Airbus.

Même écho du côté de Siemens ou encore de PSA, qui a dit espérer de l'Union européenne une position officielle « singulière ».

Les représentants des entreprises européennes de toutes les dimensions ont besoin de clarté juridique et nous comptons sur le soutien des institutions européennes et des États membres pour aider les entreprises à affronter l'actuelle incertitude et ses conséquences négatives.

Emma Marcegaglia, présidente de BusinessEurope, association patronale européenne, et présidente du groupe pétrolier Eni

Le ministre français de l'Économie, Bruno Le Maire, a indiqué qu'il allait s'entretenir « d'ici la fin de la semaine avec le secrétaire au Trésor américain Steve Mnuchin pour étudier avec lui » les possibilités pour éviter ces sanctions, évoquant des « clauses grand-père », à savoir le maintien des droits aux entreprises déjà en place, et des « exemptions ».

L'Arabie saoudite prête à augmenter la production de brut

L'Arabie saoudite, premier exportateur mondial de pétrole, a déclaré qu'elle prendra toutes les mesures nécessaires pour empêcher des pénuries d'approvisionnement en pétrole après le retrait américain de l'accord nucléaire avec l'Iran.

Le Royaume travaillera avec les principaux producteurs de pétrole à l'intérieur et à l'extérieur de l'OPEP, ainsi qu'avec les principaux consommateurs, pour limiter l'impact de toute pénurie d'approvisionnement.

Communiqué du ministère saoudien de l'Énergie

Cette déclaration saoudienne est intervenue quelques heures après que le président américain Donald Trump a annoncé que les États-Unis se retiraient de l'accord international nucléaire avec l'Iran. M. Trump a également rétabli des sanctions américaines contre Téhéran, ce qui pourrait réduire la capacité de l'Iran à exporter du brut, sa principale source de revenus publics.

Avant que les sanctions internationales ne soient levées à la suite de l'accord nucléaire de 2015, les exportations de pétrole de l'Iran ne s'élevaient qu'à 1 million de barils par jour, principalement vers l'Asie et certains pays européens.
Actuellement, les exportations pétrolières de l'Iran ont grimpé à 2,5 millions de barils par jour, dont la majorité est destinée à l'Europe et à l'Asie.

L'Arabie saoudite, qui pompe actuellement environ 10 millions de barils par jour, a la capacité de pomper quotidiennement environ 12 millions de barils.

Le Royaume d'Arabie saoudite s'est engagé à soutenir la stabilité des marchés pétroliers mondiaux afin de servir les intérêts des producteurs et des consommateurs, ainsi que la durabilité de la croissance économique mondiale.

Communiqué du ministère saoudien de l'Énergie

Les principaux producteurs de pétrole des pays membres et non membres de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), y compris la Russie, premier producteur mondial, sont liés par un accord jusqu'à la fin de l'année pour réduire la production de 1,8 million de barils par jour afin de soutenir les prix.

Le prix du pétrole a réalisé des gains importants après l'annonce de M. Trump, avec une hausse de 2,4 % du Brent à plus de 76,5 $ US le baril et un prix du brut américain au-dessus de 70 $ US mercredi matin.

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