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Archives

Le cabinet de Robert Bourassa voulait « fermer » le gouvernement du Québec en 1993

Bernard Derome animant assis à un pupitre. À la droite de l'écran, une mortaise illustrant la récession avec une carte géographique du Canada et une flèche qui pointe vers le bas.

L'animateur Bernard Derome annonçant le début d'une récession au Téléjournal du 4 juillet 1990

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Au printemps 1993, les finances publiques du Québec foncent vers le naufrage. Tous les voyants économiques sont au rouge et les agences de crédit menacent de sévir. Le gouvernement Bourassa veut impérativement redresser la situation. Une multitude de reportages dans nos archives rappellent cette période de crise.

En 1990, l’économie du Canada plonge en récession. Le Téléjournal du 4 juillet, animé par Bernard Derome, présente un reportage du journaliste Michel Morin. Celui-ci prévient que de gros nuages noirs, selon plusieurs analystes, s’accumulent dans le ciel économique du pays.

« Il y aura une récession modérée, provoquée par le consommateur, concentrée au centre du pays, au Québec et en Ontario surtout. »

— Une citation de  Raymond Théoret, économiste, Université du Québec

Les mois passent et la récession s’installe profondément dans la province de Québec.

En novembre 1992, le taux de chômage atteint 14,3 % de la population active québécoise. Ce n’est pas le seul problème qui inquiète le gouvernement Bourassa et son ministre des Finances Gérard D. Lévesque.

Les revenus provenant de l’impôt des entreprises fléchissent alors que les transferts fédéraux à la province diminuent. Les dépenses, elles, augmentent. Tout ceci contribue à une hausse affolante du déficit des finances publiques québécoises.

Téléjournal du 3 juin 1993

Le journaliste Jean Bédard présente un reportage au Téléjournal du 3 juin 1993. Il y décrit à la fois l’ampleur de la crise fiscale québécoise et les solutions pour y remédier. L’État du Québec souffre d’un manque à gagner de 4,6 milliards de dollars et il reste encore 3 mois avant d’atteindre la fin de l’année financière!

« Si on regarde où on s’en va en laissant la machine telle quelle, on s’en va vers des déficits en 97-98 de 9 milliards. »

— Une citation de  Gérard D. Lévesque en commission parlementaire

On comprend dans ce contexte que des solutions draconiennes ont pu être proposées.

Des documents détaillant des délibérations du conseil exécutif du 17 février 1993 ont été rendus publics en vertu de la loi québécoise sur l’accès aux documents. Les discussions laissent entendre qu’on a songé à « fermer » le gouvernement du Québec!

Le document suggère deux semaines, comme ce qui a été fait dans une dizaine de länders en Allemagne ou par l’État de la Californie. Le premier ministre Robert Bourassa, malade et absent des délibérations, rejette cette proposition.

Tableau dans une banque affichant les taux d'intérêt sur des prêts (personnel, hypothèque, préférentiel). Tous supérieurs à 14%.

Téléjournal le 20 mai 1993

Photo : Radio-Canada

Pourquoi des propositions aussi radicales ont-elles été présentées par le cabinet Bourassa? Le gouvernement craint comme la peste la décote financière par les agences de notation. Une mauvaise note de l’agence Standard & Poor’s serait catastrophique. Elle signifierait une augmentation probable de plusieurs centaines de millions de dollars en intérêt du remboursement de la dette du Québec.

Un reportage du journaliste Pierre Tourangeau présenté au Téléjournal le 20 mai 1993 capture bien l’inquiétude du ministre Gérard D. Lévesque. Le spectre de la décote des agences de notation plane sur la province.

« Les agences de crédit sont préoccupées par la situation financière de tous les pays et de toutes les provinces. Nous n’échappons pas à leur œil vigilant et inquisiteur. »

— Une citation de  Le ministre Gérard D. Lévesque

Dans les années subséquentes, la crainte des agences de notation dicte la conduite budgétaire du gouvernement du Québec. C’est le bal de l’abolition et de la réduction de certains avantages fiscaux. Le tout accompagné d’augmentation des impôts et de coupures de service.

C’est aussi la preuve qu’un coup de crayon à Wall Street peut provoquer une tempête aussi loin qu’à Québec.

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