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L’adaptation au froid viendrait avec une susceptibilité aux migraines

Une femme aux prises avec une migraine

Des chercheurs ont découvert un gène lié à l'adaptation au froid, qui expliquerait pourquoi les Européens et les Américains ont une plus grande susceptibilité aux migraines que les Africains.

Photo : iStock

Radio-Canada
Mis à jour le 

L'adaptation des premiers Européens aux basses températures s'est faite au prix d'une plus grande susceptibilité aux migraines. Les deux sont liées par un gène responsable de la sensation de froid, ce qui expliquerait pourquoi le terrible mal de tête est plus prévalent en Europe, selon une étude.

Un texte de Renaud Manuguerra-Gagné

Pour comprendre comment la sensation de froid peut être liée aux migraines, il faut rappeler que ces dernières ne sont pas de simples maux de tête.

Il s’agit d’une surcharge dans le cerveau qui cause une douleur incapacitante pouvant durer jusqu’à trois jours. La personne aura aussi pendant cette période une plus grande sensibilité au son et à la lumière.

Bien que certains traitements prometteurs aient récemment été annoncés, bien peu de choses sont connues sur les causes de ce mal.

On sait cependant que les migraines touchent davantage les femmes que les hommes. L’âge, le stress et les hormones ont tous un rôle à jouer dans leur apparition. Leur origine peut aussi se trouver dans nos gènes. Si nos parents font des migraines, nous courons le risque d’hériter du problème.

De plus, les migraines ne sont pas répandues également dans le monde. Même si plus de 10 % des gens en souffrent, celles-ci sont beaucoup plus présentes en Europe qu’en Afrique ou en Asie.

L’une des associations les plus importantes trouvées lors d’études faites pour en identifier les causes génétiques concerne le gène TRPM8, dont une variante rend plus à risque de développer des migraines.

Un douloureux effet secondaire

TRPM8 est aussi le seul gène connu qui joue un rôle dans la perception du froid.

Il mène à la production de récepteurs à la surface de certains nerfs qui donnent la sensation de froid. Celle-ci peut aller jusqu’à la douleur lorsqu’on atteint des températures assez basses.

Des études animales ont montré que certaines variantes de ce gène nous rendent plus sensibles au froid, et d’autres moins. Par exemple, certaines espèces de rongeurs qui hibernent n’ont pas la même version du gène que d’autres qui vivent plus au sud. Modifier TRPM8 permet même de changer la tolérance au froid de ces animaux.

Toutefois, les chercheurs ne savaient pas si TRPM8 était répandu de la même façon chez l’humain et, vu son lien avec les migraines, ils ont voulu savoir de quelle façon le gène était exprimé à travers le monde.

En se servant d’une banque de données contenant l’information génétique de personnes à travers quatre continents, les chercheurs ont montré que plus on monte vers le nord, plus la variante aidant à tolérer le froid augmente. Si on compare les extrêmes, elle était présente chez 5 % des Nigériens comparativement à 88 % des Finlandais, selon l'étude publiée dans Plos Genetics (Nouvelle fenêtre).

En étudiant l’ADN d’humains ayant vécu il y a des milliers d’années, les chercheurs ont aussi remarqué que la sélection de ce gène a commencé il y a 26 000 ans, au pic de l’ère glaciaire, et qu’on est arrivé au niveau d’expression qu’on voit aujourd’hui pendant les 8000 à 3000 dernières années.

Une des variantes de TRPM8 a donc été amplifiée à travers les millénaires dans les populations migrant vers le nord de l’Europe, permettant une meilleure tolérance au froid, mais entraînant un plus haut taux de migraine dans cette région du monde.

L’étude n’explique toutefois pas le lien entre ce gène et la douleur de la migraine elle-même. Rappelons que la migraine est une affection complexe et que ce n’est pas parce que vous n’avez pas ce gène que vous êtes immunisé contre la migraine.

En renforçant le lien entre les deux, l’étude donne toutefois une piste intéressante pour comprendre et traiter la migraine.

Elle montre aussi comment certains gènes qui entraînent des complications déplaisantes peuvent être sélectionnés, même s’ils donnent quand même un avantage important quant à l'adaptation.

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Science