•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Des études au doctorat, mais pourquoi?

Photo d'Andrée-Anne Lefebvre à côté d'une affiche du congrès.
Andrée-Anne Lefebvre, étudiante à la maîtrise, a participé au congrès de l'Acfas. Photo: Vincent Paquet
Radio-Canada

Après sa maîtrise en santé publique à l'Université de Montréal, Andrée-Anne Lefebvre hésite à poursuivre ses études au doctorat. Dans un contexte où le taux de chômage était plus élevé chez les détenteurs de doctorat que la moyenne provinciale en 2016, Andrée-Anne fait partie des étudiants qui se demandent si le jeu en vaut vraiment la chandelle.

Un texte de Catherine Paradis

À quoi ça me sert de faire un doctorat durant cinq ans si, au bout du compte, j’obtiens le même poste et le même salaire qu’avec une maîtrise?

Andrée-Anne Lefebvre, étudiante à l’Université de Montréal

Le questionnement d’Andrée-Anne Lefebvre est devenu si commun que l'Association des doyennes et doyens des études supérieures au Québec a eu l'initative de commander vaste étude sur les compétences des doctorants et la façon dont ils sont perçus sur le marché du travail.

Marcelline Bangali est une des deux professeurs de l'Université Laval qui ont été mandatés pour réaliser le projet. Mme Bangali a profité de la tenue du congrès de l'Acfas, cette semaine à Saguenay, pour organiser une journée d'échanges sur le sujet.

La perception est qu’un doctorant, ce n’est pas rentable.

Marcelline Bangali, professeure en sciences de l’éducation à l’Université Laval

Aux yeux des employeurs, le diplôme est un élément parmi d’autres et n’est pas une garantie d’une compétence professionnelle.

Anne Guillemette, étudiante au doctorat à l’Université Laval

L’équipe de l’Université Laval a mené près de 100 entrevues depuis l’automne dernier auprès de détenteurs de doctorat et d’employeurs qui ont ou non embauché des universitaires de si haut niveau.

« Les résultats préliminaires nous confirment effectivement les préjugés à l’endroit des doctorants qui sont perçus comme des gens surqualifiés, qui ne vont pas rester à l’emploi si on les embauche et qui sont déconnectés de la réalité », explique Marcelline Bangali.

Le deuxième volet de ses travaux de recherche, qui commencera cet automne, cible plus de 18 000 étudiants qui ont obtenu un doctorat au Québec de 2005 à 2015.

Si certains aspiraient à entreprendre une carrière comme professeur, environ 80 % d’entre eux ont plutôt dû se tourner vers l’extérieur du milieu universitaire par manque de postes dans les établissements d’enseignement supérieur.

Le coordonnateur de l’Union étudiante du Québec, Philippe LeBel, reconnaît que les étudiants ont une part de responsabilité pour valoriser leurs propres diplômes et transmettre leurs connaissances.

Des conférenciers à la tablePhilippe LeBel (à gauche) a lancé les discussions sur les défis des diplômés. Photo : Radio-Canada / Catherine Paradis

« Les diplômés pensent tellement à leur thèse qu’ils viennent de faire pendant six ou sept ans ont parfois de la difficulté à s’enlever les œillères pour voir et faire voir ce qu’ils peuvent amener dans le marché du travail », explique l’étudiant, lui-même en cours de doctorat en salubrité alimentaire. Il attend avec impatience les résultats de l’étude que mène les professeurs de l'Université Laval.

Entre-temps, de plus en plus d’universités incluent la préparation au marché du travail dans le parcours universitaire de deuxième cycle.

Des stages rémunérés en entreprise sont aussi de plus en plus encouragés afin de rattraper l’écart entre les volets universitaires et professionnels.

La directrice scientifique du Fonds de recherche du Québec, Louise Poissant, a d’ailleurs souligné l’importance d’encourager les jeunes à poursuivre des études doctorales : « 65 % des jeunes d’aujourd’hui occuperont un emploi qui n’existe pas encore. Nous comptons sur les doctorants pour les inventer », a-t-elle mentionné durant les discussions au congrès de l’Acfas.

Éducation

Science