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Humour et politique, deux indissociables

Humour et politique, une relation complexe

Qu'ont en commun Jean Charest et Manon Massé? Si l'ancien premier ministre libéral et la députée de Québec solidaire se trouvent aux opposés du spectre politique, les deux savent se servir habilement de l'humour pour faire passer leurs messages. Un art difficile, le lien entre humour et politique étant aussi complexe que subtil. Portrait d'une relation complexe en cette journée internationale du rire.

Un texte de Mathieu Gohier, de l'émission Les coulisses du pouvoir

Peu de choses sont aussi périlleuses pour un politicien que d'essayer de réussir une blague. Jean-François Lisée en sait quelque chose, lui qui s'est rapidement attiré les foudres après sa boutade sur la moustache de Manon Massé lors de son dernier passage à l'émission La soirée est (encore) jeune.

En pleine crise étudiante en 2012, Jean Charest s'était permis une blague sur les manifestants qui tentaient de forcer leur entrée au Palais des congrès de Montréal, où se déroulait le Salon Plan Nord.

« Le Salon du Plan Nord que nous allons ouvrir aujourd'hui qui est déjà très populaire, les gens courent de partout pour entrer, est une occasion notamment pour les chercheurs d'emploi. Alors à ceux qui frappaient à notre porte ce matin, on pourra leur offrir un emploi, dans le Nord autant que possible », lançait-il en avril 2012.

Si la blague avait été fortement critiquée par l'opposition et les étudiants, son effet avait été immédiat dans la salle comme en ont témoigné les rires et les applaudissements. Le sens de la répartie de Jean Charest a souvent été reconnu.

Mais pourquoi les élus se risquent-ils à faire de l'humour?

« Principalement pour aller chercher un capital de sympathie », répond Julie Dufort.

Doctorante en science politique à l'UQAM, Mme Dufort a écrit sa thèse sur les grandes controverses de l'humour et la construction identitaire américaine. Elle est aussi professeure à l'École nationale de l'humour où elle enseigne les rudiments de la politique aux auteurs et humoristes de la relève.

Julie Dufort est doctorante en science politique à l'UQAM et professeure à l'École nationale de l'humour. Julie Dufort est doctorante en science politique à l'UQAM et professeure à l'École nationale de l'humour. Photo : Radio-Canada / Benoit Roussel

La politologue estime qu'en se servant d'un discours à saveur humoristique, un politicien arrive à élargir son public, particulièrement à l'ère des réseaux sociaux.

L'utilisation de l'humour va être quelque chose qui va être beaucoup plus partagé que quelque chose de super sérieux.

Julie Dufort

De la visibilité, mais à quel prix?

En se servant de formules humoristiques ou imagées, comme Manon Massé et son désormais célèbre « ça prend pas le pogo le plus dégelé de la boîte », les élus savent très bien ce qu'ils font.

Son collègue à Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, admet que l'humour peut s'avérer un outil fort efficace.

« Je pense que l'humour, ça sert souvent à ça, à attirer l'attention. Surtout pour Québec solidaire, on est encore une formation politique en émergence et, souvent, il faut travailler très fort pour obtenir l'attention des médias », souligne le député de Gouin.

Obtenir de la visibilité, mais à quel prix? Les politiciens se servent de l'humour à leurs risques et périls.

Après 18 ans à la barre d'Infoman, où ont défilé des élus de tous les horizons, Jean-René Dufort en sait quelque chose.

« Je pense que c'est un piège, les politiciens devraient faire attention. Ils sont nuls. Ils ne sont pas drôles. »

Le plus grand défi pour les élus est de faire passer leurs messages en faisant sourire, mais tout en restant authentique.

Je dirais que les lignes de presse paraissent plus et ç'a l'air fou. Les politiciens qui réussissent le mieux à notre émission sont ceux qui sont capables, tiens je vais citer maître Sonia Lebel, sont ceux qui y vont free-style.

Jean-René Dufort
Jean-René Dufort et Valérie PlanteJean-René Dufort et Valérie Plante Photo : Radio-Canada

Personnage médiatique connu et sollicité, Gabriel Nadeau-Dubois abonde dans le même sens.

« Ma petite expérience de quelques mois en politique me fait dire que quand c'est trop préparé, souvent ça ne marche pas. »

Faire rire les plateaux de télévision

Les élus ne lancent pas seulement des boutades en mêlée de presse ou dans leurs discours. Participer à des émissions humoristiques est devenu un passage presque obligé pour les politiciens.

« Les émissions d'infodivertissement sont des sources d'information qui sont très importantes pour les électeurs. Au-delà des bulletins de nouvelles, il y a des émissions complémentaires qui peuvent exister pour justement raffiner sa pensée. Surtout en période électorale où on se pose la question pour qui on devrait voter », analyse Julie Dufort.

Si des politiciens aiment participer à Infoman pour toucher autrement les électeurs, Jean-René Dufort ne considère pas son émission comme tellement différente des autres.

« Que ce soit aux Coulisses du pouvoir, à Infoman ou Tout le monde en parle, quand le politicien va quelque part c'est qu'il pense en retirer des bénéfices. Que ce soit une entrevue sérieuse ou moins sérieuse, c'est le même but », dit-il.

L'Infoman se considère un élément faisant partie d'une mosaïque médiatique.

« Mon but à la fin d'un sketch, d'une entrevue ou quoi que ce soit, c'est qu'il en ressorte une information pour le public. C'est-à-dire qu'il ait vu le politicien de telle façon qu'on ait vu un trait de caractère ou qu'il nous ait dit quelque chose qu'il n'avait pas dit avant », explique Jean-René Dufort.

Pour ceux qui participent à ces émissions au ton différent, l'occasion est belle pour se faire connaître d'une autre façon, avance Gabriel Nadeau-Dubois.

C'est l'occasion d'essayer de montrer que, oui, on fait de la politique et on est sérieux, mais qu'on est capables aussi de faire preuve d'autodérision et qu'on est capables un peu de rire de nous-mêmes.

Gabriel Nadeau-Dubois
Gabriel Nadeau-Dubois porte une chemise pâle et souritLe député de Gouin, Gabriel Nadeau-Dubois sur le plateau de l'émission Le beau dimanche. Photo : Radio-Canada / Karine Dufour

Julie Dufort observe une utilisation accrue de l'humour par les politiciens depuis les années 1980, une tendance qui ne s'essouffle pas.

« Le fait de voir des politiciens à ces émissions, je pense que ça va chercher une variété d'électeurs qui sont plus difficiles à séduire. »

« Que si on va aux Coulisses du pouvoir, disons? »

« Haha, oui, exactement. »

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