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  • Envoyée spéciale
  • Liban : une élection aux couleurs de l'argent

    Joumana Haddad , candidate sous la bannière de Koullana Watani, une liste de candidats indépendants issus de la société civile

    Photo : Radio-Canada / Marie-Eve Bedard

    Radio-Canada

    Quelque 3,7 millions de Libanais seront appelés aux urnes demain, pour une première élection législative en près de 10 ans. Une réforme électorale qui a introduit la représentation proportionnelle suscite l'espoir des jeunes électeurs. Cependant, des organismes qui surveillent la corruption soutiennent que dans certaines circonscriptions hautement contestées, le prix d'un électeur pourrait varier de 1000 à 2000 $.

    Un texte de Marie-Eve Bédard, correspondante au Moyen-Orient

    Nabil a le soupir facile. Le chauffeur de taxi désespère des bouchons de circulation malgré la nuit tombée sur Beyrouth. « C'est à cause des travaux, dit-il. Ils vont mettre des mois à démolir avant de rebâtir. Tout ça pour se remplir les poches. »

    Nabil fait référence aux politiciens dont le visage tapisse le paysage libanais à quelques jours des élections législatives. Il ne les tient pas en grande estime, mais il ira voter le 6 mai.

    « Pour une fois, nous aussi on peut se remplir les poches. Je ne vais pas me gêner. Là, ils ont besoin de nous pour être élus, alors ils payent. Après, on ne les reverra plus, ils ne feront plus rien pour nous. Dans ma famille, nous sommes cinq. Je pense pouvoir aller chercher 500 dollars américains par personne. »

    Une évaluation de la valeur d’un vote qui est modérée. Selon des organismes qui surveillent la corruption comme la Lebanese Transparency Association, dans certaines circonscriptions hautement contestées, le prix d’un électeur pourrait varier de 1000 à 2000 $ US.

    Le cynisme et le pragmatisme de Nabil le chauffeur de taxi frappent de nombreux Libanais croisés pendant cette dernière semaine de campagne électorale.

    Certains racontent avoir pu faire repeindre leur maison, tandis que d’autres ont obtenu un nouveau fauteuil roulant.

    C’est illégal, mais c’est comme ça.

    Changer l'ordre établi

    « 90 % des Libanais sont pauvres, très pauvres ou survivent à peine », sympathise Joumana Haddad, qui se présente aux élections sous la bannière de Koullana Watani, une liste de candidats indépendants issus de la société civile.

    Elle tente de percer une brèche dans un Parlement dominé depuis des décennies par le même establishment politique. Une lutte inégale, dit-elle, en grande partie à cause de l’argent.

    « Moi-même, j’ai des gens qui me téléphonent et me demandent combien [je] donne. Je leur réponds que je leur donne une candidate intègre qui va travailler pour eux. Parfois, j’arrive à les convaincre, mais le plus souvent, non. Parce que l’argent, c’est l’argent. »

    Pour les grands médias libanais, ce premier scrutin national en près de 10 ans représente aussi une manne. Les temps d’antenne se marchandent au prix fort selon plusieurs sources. Une minute d’entrevue va chercher au bas mot 1000 $ US. Certaines grandes chaînes de télévision demandent jusqu’à 100 000 $ pour une entrevue à heure de grande écoute.

    Résultat : on voit toujours les mêmes visages, ceux des riches hommes d’affaires et commerçants, qui sont autorisés, selon la loi électorale, à dépenser jusqu’à 15 millions de dollars pour leur campagne électorale.

    La nouvelle loi électorale en vigueur depuis juin dernier a introduit le système de la proportionnelle au Liban. Un changement qui nourrit l’espoir de près d’une centaine de candidats indépendants des grandes formations politiques de pouvoir se tailler une toute petite place dans le prochain Parlement.

    Personne ne s’attend à ce qu’ils fassent une percée majeure. Tout au plus, une percée proportionnelle à ce qu’ils auront pu investir dans une élection aux couleurs de l’argent.

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