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Conflit social : le PDG d'Air France démissionne

Le PDG d'Air France, Jean-Marc Janaillac, annonce sa démission, le 4 mai, lors d'une conférence de presse à Paris.
Nommé à la tête d'Air France en 2016, Jean-Marc Janaillac a tiré les conclusions de la consultation des salariés de la compagnie aérienne. Photo: Reuters / Charles Platiau
Agence France-Presse

Patron d'Air France-KLM depuis moins de deux ans, Jean-Marc Janaillac a démissionné vendredi, les employés ayant rejeté la proposition salariale avancée pour tenter de sortir du conflit social qui mine cette compagnie aérienne depuis deux mois et demi.

Déjouant les pronostics, les 46 771 salariés d'Air France (sous contrat français) ont rejeté à 55,44 % le projet d'accord avec un taux de participation de 80,33 % à cette consultation sans valeur juridique.

Jean-Marc Janaillac, 65 ans, arrivé en juillet 2016 aux commandes du groupe franco-néerlandais, en a tiré les conclusions en annonçant son départ.

« J'assume les conséquences de ce vote et je remettrai dans les prochains jours ma démission aux Conseils d'administration d'Air France et d'Air France-KLM », a-t-il déclaré en conférence de presse, regrettant un « immense gâchis ».

Il convoquera le conseil d'administration le 9 mai afin d'officiellement remettre sa démission, selon un communiqué de la compagnie.

Le conseil devra « définir les conditions de sortie de la crise actuelle », ont réagi les ministres Bruno Le Maire (Économie) et Élisabeth Borne (Transports), saluant dans un communiqué « le courage de Jean-Marc Janaillac et le travail de redressement qu'il a mené depuis deux ans au sein du groupe ».

« Le PDG d'Air France vient d'inventer le référendum révocatoire de patron », a écrit Jean-Luc Mélenchon (Parti LFI, gauche radicale) sur Twitter.

Un groupe dans l'incertitude

Le résultat de la consultation – sans valeur légale – et le départ de celui qui était également le président d'Air France plongent le groupe aérien dans l'incertitude.

Vendredi matin, Air France-KLM a annoncé une perte nette de 269 millions d'euros au premier trimestre, plombé par trois journées de grève d'Air France sur cette période.

La direction, qui chiffre à « 300 millions d'euros » le coût des 11 jours de grève étalés entre le 22 février et le 24 avril, anticipe déjà un résultat d'exploitation en 2018 « en baisse sensible par rapport à 2017 ».

Préavis de grève

Les préavis déposés pour lundi et mardi prochains ne seront pas levés, a annoncé vendredi soir l'intersyndicale d'Air France dans un communiqué.

Nous maintenons nos revendications et continuons d'exiger que de véritables négociations s'engagent enfin.

L'intersyndicale d'Air France

Les 10 organisations de pilotes, d'hôtesses et de stewards et de membres du personnel au sol qui la composent réclament 5,1 % d'augmentation en 2018, au titre d'un « rattrapage » nécessaire après six ans de gel des grilles salariales.

Elles avaient rejeté la proposition de la direction prévoyant, pour la période 2018-2021, « des augmentations générales de salaire de 7 % sur quatre ans, s'ajoutant aux augmentations individuelles », dont le versement était lié aux résultats financiers.

Philippe Evain, le président du Syndicat national de pilotes de ligne (SNPL), s'est « réjoui » auprès de l'AFP de l'issue du vote, une « confirmation que les syndicats représentent toujours les salariés ».

« Même si nous ne validons pas le procédé », il « nous redonne de la légitimité, à l'inverse du but recherché par la direction », a commenté Christophe Campestre, le porte-parole du Syndicat des pilotes d'Air France, (SPAF).

Selon Jérôme Beaurain, du syndicat SUD-Aérien, « le système Gateau (du nom du directeur des ressources humaines d'Air France Gilles Gateau, NDLR) s'écroule complètement », alors même que l'intersyndicale n'a « pas demandé la démission » de Jean-Marc Janaillac.

Du côté des non-grévistes, la CFDT affirme que le départ du PDG « augure d'une période trouble pour notre compagnie et d'une grave crise de gouvernance qu'Air France n'a pas les moyens [d'affronter], eu égard à l'environnement économique et concurrentiel dans lequel évolue Air France ».

Les revendications de l'intersyndicale sont considérées par la direction comme une remise en cause des efforts déployés ces dernières années pour rattraper le retard de compétitivité d'Air France, toujours confrontée à une très forte concurrence des compagnies du Golfe, mais aussi en Europe, avec des compagnies à bas prix agressives.

Avec une marge d'exploitation (un des critères de rentabilité du groupe aérien) de 555 millions d'euros, contre 910 millions pour KLM, la compagnie se situe « encore loin derrière beaucoup de ses compétiteurs », selon la direction.

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