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Vancouver, ville canadienne la plus vulnérable aux changements climatiques

Une petite digue est construite sur une plage de roches où la marée est basse.

Vue sur la digue de Crescent Beach

Photo : Radio-Canada / Dominique Arnoldi

Radio-Canada

De toutes les villes canadiennes, c'est certainement Vancouver qui court le plus grand risque face aux changements climatiques. La hausse prédite du niveau de la mer pourrait inonder une grande partie de la région métropolitaine de Vancouver si rien n'est fait.

Un texte de Dominique Arnoldi

Au rythme de 3,3 millimètres par année, l'océan Pacifique et le fleuve Fraser resserrent lentement mais sûrement leur étau autour de Vancouver. D'ici 2100, si la température du globe augmente de 4 degrés Celsius, comme il est prévu par les Nations unies, le niveau de l'eau aura augmenté d'un mètre. Un désastre qui se déroule au ralenti pour la grande région vancouvéroise, prédit le professeur de sciences de la terre de l'Université Simon Fraser John Clague.

« Vancouver est probablement la plus vulnérable aux effets des changements climatiques de toutes les villes côtières canadiennes. Une grande partie de la population de la grande région vancouvéroise vit à seulement 1 mètre au-dessus du niveau de la mer », explique-t-il.

L'organisation américaine Climate Central a créé des cartes interactives des villes canadiennes simulant les effets d'une hausse graduelle de la température mondiale de 1 à 4 degrés Celsius d'ici 2100, si rien n'est fait pour les protéger.

Carte

Dans le scénario extrême, avec une hausse de la température mondiale de 4 degrés Celsius, les banlieues sud de Vancouver comme Richmond, Delta et Ladner disparaissent complètement sous l'eau, coupant l'accès à Tsawwassen, où se trouve le port industriel de Roberts Bank.

La ville de Vancouver perdrait 13 kilomètres carrés de territoire, incluant False Creek qui borde la populaire Île Granville, sa promenade de bord de mer et une partie du centre-ville. Les installations du port de Vancouver seraient aussi en danger.

« Si rien n'est fait, les dommages seraient de l'ordre de 7 milliards de dollars à Vancouver, qui n'a pas de système de digues pour se protéger. C'est considérable », explique Angela Danyluk, responsable de la durabilité de l'environnement pour la Ville de Vancouver.

Déjà, les municipalités de la région vancouvéroise doivent composer avec l'effet des marées géantes qui ont tendance à se former de décembre à février pendant les tempêtes. Plusieurs parcs riverains de Vancouver ainsi que des propriétés municipales de la rive sud de West Vancouver, au nord du parc Stanley sont souvent inondés. La Ville, comme plusieurs autres municipalités de la région, a déjà modifié son code de la construction.

« Avant, il fallait construire 3,5 m au-dessus de la limite d'inondation, maintenant, on demande 4,6 mètres pour se protéger », précise Angela Danyluk. Des équipes surveillent aussi les moments où les hautes crêtes d'eau ont tendance à se former et à leur signal, on installe des sacs de sable. Une stratégie temporaire selon la responsable de la durabilité et de l’environnement, mais la Ville étudie aussi des solutions permanentes.

La construction d'une porte de bassin sous le pont Burrard de Vancouver, envisagée il y a quatre ans, a été écartée. On privilégie désormais la construction de petites digues et l'ajout de bermes ou de murs de végétation pour amortir les vagues. Cette stratégie sera d'abord soumise à l'approbation des Vancouvérois et les travaux ne commenceraient pas avant 2025.

Photographie prise à travers les barreaux du pont Burrard sur False Creek où naviguent quelques bateaux.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Vue sur False Creek à partir du pont Burrard, à Vancouver

Photo : Radio-Canada / Dominique Arnoldi

À l'est de Vancouver, à Surrey, municipalité flanquée de 54 kilomètres de rives, c'est plus du quart du territoire, en majorité des fermes, qui serait menacé d'inondation en 2100.

Les quelque 1200 résidents de la communauté de Crescent Beach, assise sur une péninsule de sable dans Boundary Bay, auront des choix à faire explique le directeur général de Surrey, Vincent Lalonde. Les solutions possibles vont de la construction d’immenses digues et barrages, comme aux Pays-Bas, au déménagement de la population hors de la zone inondable en passant par l’installation d’îles-barrières qui réduiraient l’impact des marées.

Ces stratégies ne font pas toutes l'unanimité chez des résidents qui ont payé à prix fort le luxe d'une maison au bord de la mer.

Les gens à Crescent Beach veulent avoir de bonnes digues, mais ils ne sont pas très favorables à des digues élevées parce que la plupart des gens sont venus pour voir la mer de leur maison.

Vincent Lalonde, directeur général de Surrey
Un homme portant un coupe-vent sourit à la caméra devant une digue érigée sur une plage de roches.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Vincent Lalonde, directeur général de Surrey, sur la digue de Crescent Beach

Photo : Radio-Canada / Dominique Arnoldi

Pour le moment, toute nouvelle maison doit être construite sur un remblai d'un mètre de hauteur. On requiert aussi que des pièces comme la cuisine et les salles de bain soient installées aux étages supérieurs pour limiter le coût des dégâts d’une éventuelle inondation.

Le problème n’est pas nouveau à Richmond, où on s'inquiète de la hausse du niveau des eaux depuis 100 ans. D’une géographie similaire à celle des Pays-Bas, la ville est construite sur une plaine inondable à un mètre au-dessus du niveau de la mer. De plus, elle s'enfonce dans la croûte terrestre au rythme d'un à deux millimètres par année.

Le système élaboré de digues et de pompes datant de plus de 70 ans ne rassure pas complètement Brett Peters, qui habite à Steveston.« C'est le point le plus bas de la digue ici et vous voyez? L'eau est à deux pieds seulement du bord et on n’est même pas à marée haute. Ce n'est pas une grande marge de sécurité s'il devait y avoir une tempête extrême. J'adore vivre ici, mais je me donne encore 10 ans, maximum, avant de déménager ma famille. »

L’ingénieur en chef de la ville de Richmond, John Irving, se veut toutefois rassurant quant à la protection offerte par les infrastructures anti-inondations. « On a déjà commencé à remonter le niveau de nos digues, de 3,5 à 4,7 mètres. Du côté sud, près du port, on a déjà élevé une vaste section de terre de 4 à 5 mètres en hauteur. »

Avec les améliorations déjà apportées au système de digues et de pompes, Richmond prévoit pouvoir faire face à la hausse prévue du niveau de la mer dans 30 ans, probablement bien avant toutes les autres municipalités de la vallée du Fraser.

Ces travaux pourraient coûter plus de 10 milliards de dollars. De l'argent bien investi, selon Vincent Lalonde. « On a le temps de notre côté. Il y a une étude américaine qui a démontré que pour chaque dollar de planification on peut sauver 6 dollars en dommages plus tard. Le message ici, c'est qu’il faut y voir maintenant. »

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