•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Morte d’une pneumonie non détectée faute de parler anglais?

Une femme blonde, la tête penchée sur le côté, a les larmes aux yeux.
Jessika Sévigny-Mailhot estime que sa mère est morte, à 64 ans, d'une pneumonie qui aurait pu être détectée si le personnel médical de l'Hôpital général Victoria, à Winnipeg, avait parlé français. Photo: Radio-Canada

France-Marie Sévigny, âgée de 64 ans, est morte à l'Hôpital général Victoria, de Winnipeg, en mars dernier, d'une pneumonie. Pour sa fille, Jessika Sévigny-Mailhot, cette mort aurait pu être évitée si les soins avaient pu lui être offerts en français, la seule langue que parlait sa mère.

Un texte de Barbara Gorrand

« Malheureusement, c'est un décès qui aurait pu être évité. » Jessika Sévigny-Mailhot ne parvient pas à retenir ses larmes.

Moins de deux mois après la mort de sa mère, le 15 mars dernier, à l'hôpital Victoria de Winnipeg, cette mère de famille oscille encore entre tristesse et colère.

Elle raconte que sa mère, France-Marie Sévigny, une Québécoise de 64 ans ne parlant pas anglais, était hospitalisée pour des problèmes d'arthrite quand elle a contracté une pneumonie, qui, selon elle, n'aurait pas été détectée en raison de la barrière de la langue.

« Ma mère souffrait d'arthrite rhumatoïde inflammatoire depuis des années, explique sa fille. Elle avait été opérée de la hanche et avait retrouvé une certaine autonomie, mais en décembre dernier, elle a soudain été prise de douleurs extrêmes. Elle n'arrivait plus à marcher. Son médecin de famille lui a dit d'aller à l'urgence. Et, dès le début, elle n'arrivait pas à se faire comprendre. »

D'abord admise à l'Hôpital Saint-Boniface, elle a ensuite été transférée à l'Hôpital général Victoria, où se trouve le service de gériatrie depuis la réorganisation récente de l'Office régional de la santé de Winnipeg (ORSW).

Une difficulté à se faire comprendre

Nicole Molin, une amie de la famille, a accompagné France-Marie Sévigny à l'hôpital. « Les gens ne comprenaient pas quand elle parlait, dit-elle, et elle essayait d'expliquer qu'elle était claustrophobe, ou que ça faisait mal... C'était horrible, elle ne pouvait pas avoir de conversation. » Nicole Molin ajoute qu'elle a souvent traduit elle-même des résultats médicaux pour France-Marie Sévigny, pendant son hospitalisation à Saint-Boniface et à Victoria.

Mme Sévigny est restée à l'hôpital plusieurs mois, entre autres, le temps d'adapter son domicile à son état de santé. « On était allées en reconnaissance, avec ma mère et l'ergothérapeute, pour faire des tests dans son appartement. C'était le lundi, et elle devait rentrer la semaine suivante », raconte sa fille.

Ce lundi soir, France-Marie Sévigny a été transférée à l'urgence, où une pneumonie avancée a été détectée. Elle est morte dans la nuit du mercredi au jeudi suivant. Et, depuis, sa fille Jessika tente de comprendre pourquoi cette pneumonie n'a pas été signalée.

Le visage d'une femme, souriante, portant des lunettes.France-Marie Sévigny est morte à 64 ans à l'Hôpital général Victoria de Winnipeg. Photo : Radio-Canada

« Ma mère disait qu'elle avait mal, qu'elle avait une sensation de brûlure dans les poumons. Mais la seule chose qu'elle pouvait dire, c'était : ­­"Pain, pain." Ben oui, elle a de l'arthrite rhumatoïde, alors on va lui donner ses médicaments, on va lui donner ses anti-inflammatoires. Rien de ça n'a été mentionné dans son dossier. Donc, c'est marqué que Madame a eu ses médicaments, Madame se plaint de douleurs, Madame est difficile, Madame est chialeuse... Pourtant, à Victoria il y a des médecins du Centre de santé qui sont francophones. D'ailleurs, ma mère a eu droit à des services en français remarquables de la part des docteurs. Mais je comprends très bien leur situation. [...] Tu te fies aux notes dans le dossier. Ta patiente, elle est en attente pour rentrer à la maison, elle va bien, elle a ses médicaments pour la douleur... Rien d'alarmant au dossier. Est-ce que tu peux te douter que ta patiente est en train de faire une pneumonie qui va s'avérer mortelle? Non. »

C'est pourquoi Jessika Sévigny-Mailhot a décidé de raconter son histoire sur les médias sociaux. « Pour que personne n'ait à vivre cette même situation », dit-elle.

La difficile offre de services en français

Avertie des faits, la vice-présidente de l'ORSW, Lori Lamont, déplore le drame vécu par la famille. Dans un communiqué, elle précise que le Service des relations avec les patients a pris contact avec Jessika Sévigny-Mailhot et que les mesures de recrutement d'employés bilingues vont se poursuivre.

Nous sommes désolés d’entendre ce qu'a vécu cette famille et ses inquiétudes.

Lori Lamont, vice-présidente de l’ORSW

Joel Lafond, qui a pris il y a cinq semaines ses fonctions de directeur régional des Services en langue française à l'ORSW, précise que le processus de désigner certaines unités bilingues à l'Hôpital général Victoria est en cours. « Nous travaillons avec les gestionnaires et le personnel pour qu'ils comprennent les obligations et l'importance d'offrir des services en français, indique-t-il. On lutte pour avoir des services en français garantis 24 heures sur 24, mais la réalité, c'est qu'on a certaines difficultés quand même, notamment pour le recrutement. »

Un homme assis à son bureau, devant un ordinateur allumé.Joel Lafond, directeur régional des Services en langue française à l'Office régional de la santé de Winnipeg. Photo : Radio-Canada

La directrice générale de l'organisme communautaire Santé en français, Annie Bédard, confirme que des mesures sont en cours pour assurer de meilleurs services en français partout dans la province, mais que la réorganisation au sein de l'ORSW a entraîné de grands changements et des problèmes qui ne sont pas tous résolus. « Les stratégies qui doivent être mises sur pied tardent parfois, certaines promesses ne sont pas tout à fait mises en place. Il y a encore énormément de travail de sensibilisation à faire », dit-elle.

Une sensibilisation qui, pour Jessika Sévigny-Mailhot, doit commencer par les plus hautes autorités sanitaires. Elle compte donc s'adresser au ministre de la Santé.

Manitoba

Santé