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Documentaire : Rachel Dolezal, symbole de la transracialité ou menteuse égocentrique?

La militante Rachel Dolezal  regarde par la fenêtre.

La militante Rachel Dolezal dans le documentaire The Rachel Divide

Photo : Netflix

Radio-Canada

Elle se dit noire et a maquillé son visage pour cacher qu'elle est née blanche : le mensonge incroyable de la militante Rachel Dolezal a secoué les États-Unis en juin 2015. Produit et diffusé par Netflix depuis le 27 avril, le documentaire L'affaire Rachel Dolezal (The Rachel Divide) donne la parole à une femme désormais honnie par une communauté qu'elle cherche pourtant à reconquérir.

Un texte d'Antoine Aubert

Les États-Unis aiment particulièrement les personnalités médiatiques qui, montées très haut, tombent de leur piédestal. En la matière, Rachel Dolezal a offert aux commentateurs une histoire presque inimaginable. Des extraits d’émissions ou de reportages ouvrent le documentaire de Laura Brownson, rappelant la chute brutale de cette ardente militante du mouvement Black Lives Matter à Spokane, ville de quelque 215 000 habitants située dans l’État de Washington.

Je sais qui je suis, mes enfants savent qui je suis. Personne d’autre ne le sait vraiment.

Rachel Dolezal dans le documentaire « L'affaire Rachel Dolezal »

Laura Brownson a suivi Rachel Dolezal pendant plusieurs mois, peu de temps après l’éclatement de l’affaire jusqu'en 2017, année où est sortie son autobiographie, In Full Color : Finding My Place in a Black and White World. Tant dans le documentaire que dans le livre, celle qui a dû quitter son poste de présidente de la branche locale de la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP), organisme militant pour les droits des Afro-Américains, et a été renvoyée de l’Eastern Washington University, où elle donnait plusieurs cours sur l’histoire des Noirs, entend dire sa vérité et repartir de l’avant.

Rachel Dolezal lors de son entrevue au réseau NBC

Rachel Dolezal lors de son entrevue au réseau NBC, en 2015.

Photo : La Presse canadienne / Anthony Quintano

Cette démarche passe notamment par le récit d’une histoire familiale hors du commun, où ses parents biologiques, très religieux et stricts, ont adopté quatre enfants noirs. Selon Rachel et certains membres de sa famille, la suite aurait été faite de châtiments corporels et d’agressions sexuelles. En prenant fait et cause pour ses sœurs et frères adoptifs, elle aurait découvert son sentiment d’appartenance à la communauté noire, qui n’aurait fait que grandir par la suite.

« Qui est le plus touché par tout ça? »

Tout en laissant l’objet de son documentaire s’exprimer, Laura Brownson n’oublie jamais l’autre côté du miroir. Certaines militantes de la NAACP n’ont pas de mots assez durs pour qualifier le comportement de leur ancienne partenaire. « Qui est le plus touché par tout ça? », demande l’une d’elles pour souligner les dégâts causés sur la lutte pour les droits des Noirs.

La réalisatrice Laura Brownson sourit et prend la pose sur le tapis rouge du Festival de Tribeca.

La réalisatrice Laura Brownson

Photo : Getty Images / Michael Loccisano

Rares sont les voix allant dans le sens de la militante devenue paria. « Elle faisait du bien à la communauté par son militantisme », indique toutefois une journaliste. Avant le scandale, Rachel Dolezal avait été particulièrement active pour que soit médiatisée la mobilisation de la communauté noire à Spokane, organisant des manifestations auxquelles participaient ses enfants (l’un d'eux est en réalité son frère adoptif dont elle a eu la garde).

Ce militantisme acharné a toutefois peu de poids, désormais, aux yeux de l'opinion publique. Les passages dans les médias ou lors de réunions sont autant de moments où Rachel Dolezal peut ressentir le rejet de sa personne, d’autant que l'intéressée se montre peu disposée à dire explicitement qu’elle a menti.

Comparaisons avec Caitlyn Jenner

Derrière son cas personnel, point de départ du documentaire, émerge toutefois peu à peu la question de la transracialité, dont Rachel Dolezal veut se faire une porte-parole. Les comparaisons avec Caitlyn Jenner apparaissent : pourquoi ne pas accepter pour Dolezal ce qui l’a été pour l’ancien champion olympique qui s’identifie comme une femme? C’est d’ailleurs autour de ce thème que Netlflix avait mis de l’avant L'affaire Rachel Dolezal, après que la plateforme eut été l’objet de nombreuses critiques pour donner la parole à la persona non grata la plus célèbre de Spokane.

Albert Wilkerson, homme noir désigné comme figure paternelle par Dolezal, semble presque avoir le dernier mot sur la question. Se montrant pondéré et réfléchi, il a pris ses distances au moment du scandale avant de revenir vers la femme de 40 ans.

Si Rachel pense dans son cœur qu’elle est une personne noire, qui sommes-nous pour dire : “Tu as tort”?

Albert Wilkerson

Pourtant, la question de la transracialité ne parvient jamais à devenir le centre du propos au détriment de la question de la sincérité de Rachel Dolezal. « Je crois fermement que ce qu’elle a fait est une escroquerie, et qu'elle essaie de le couvrir avec [ça] », affirme une militante de la NAACP.

Surtout, c’est Rachel Dolezal elle-même qui empêche la question de prendre toute sa place. Son attrait pour la lumière apparaît avant tout comme un moyen de soulager un narcissisme profondément blessé plus que pour faire avancer une cause.

Sa dépendance aux réseaux sociaux, elle qui scrute les commentaires (y compris les négatifs) à chacune de ses publications ou de ses apparitions médiatiques, surprend même Laura Brownson. Pourquoi une telle habitude? « C’est ma seule manière d’avoir une présence dans le monde en ce moment », répond la mère de famille.

Franklin et Izaiah, deux de ses enfants, illustrent cette sensation de gêne qui ne nous quitte jamais. Premiers défenseurs de leur mère au début du documentaire, ils prennent peu à peu leurs distances. « Je n’ai pas demandé [à vivre ça] », indique Franklin, adolescent qui ne cesse de montrer des signes de mal-être, comme on peut le voir dans l'extrait dévoilé en mars par Netflix.

Finalement, le fascinant documentaire que Rachel Dolezal imaginait comme un moteur lui permettant de remonter la pente prend des allures d’ultime défaite pour la militante.

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