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Mieux prévoir et gérer les risques d’inondations

Une pancarte orange avec l'inscription « rue inondée »
Une rue bloquée à la suite d’une inondation Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

La pluie et le temps doux des derniers jours ont précipité la crue de plusieurs cours d'eau au Québec et au Nouveau-Brunswick. La situation, bien que critique par endroits, n'a pas l'ampleur de celle qu'on a connue l'an dernier. Ces crues historiques ont permis de réaliser à quel point nos outils pour anticiper et gérer les inondations devaient être améliorés.

Un texte d’André Bernard, de Découverte

Au printemps 2017, près de 300 municipalités au Québec sont touchées par les inondations et 4000 personnes sont évacuées de leur domicile, principalement dans la région de Gatineau et dans l’archipel de Montréal.

Les services d’urgence des municipalités ne savent plus où donner de la tête. Les outils sur lesquels ils comptent pour gérer la situation montrent des lacunes. « Il y avait un manque de connaissances du risque sur le terrain », résume Pascale Biron, professeure d’hydrogéomorphologie à l’Université Concordia.

Ça nous a permis de découvrir que, dans plusieurs secteurs, il n'y avait carrément pas de cartes de zones inondables ou, s’il y en avait, elles dataient de plusieurs décennies ou elles étaient partiellement incomplètes.

Pascale Biron, Université Concordia
Une affiche montrant le niveau de l'eauLes crues historiques du printemps 2017 ont touché environ 300 municipalités et forcé l'évacuation de 4000 résidents au Québec. Photo : Radio-Canada

Il y a quelques semaines, le gouvernement du Québec a annoncé un investissement important pour améliorer, entre autres, la cartographie des zones inondables et les plans de mesures d’urgence.

Pour gérer plus efficacement les situations en période de crise, il faut impérativement mieux prévoir les inondations, mieux identifier les bâtiments et les populations vulnérables et mieux communiquer le risque d’inondation.

Le reportage d'André Bernard et Hélène Morin a été présenté à l'émission Découverte, à ICI Radio-Canada Télé.

Améliorer la prévision

La performance des modèles – qui permettent de prédire à quel moment, à quel endroit et avec quelle intensité les inondations vont survenir – dépend en partie de la quantité et de la précision des données récoltées sur le terrain. Parmi ces données que les scientifiques souhaitent plus abondantes, il y a les mesures du débit des cours d’eau et les mesures relatives à l’équivalence en eau contenue dans la neige.

Deux autres types de données sont cruciales pour améliorer la cartographie des zones à risques : les relevés topographiques et bathymétriques.

Deux hommes en avionDes campagnes de relevés par avion ont lieu en ce moment sur tout le territoire québécois. Photo : PHB inc./Christian Leduc

En ce moment, les campagnes de relevés aéroportés se multiplient sur tout le territoire québécois. Ces relevés LIDAR vont permettre d’obtenir des données d’une précision inégalée sur la topographie du terrain. Ils vont permettre, entre autres, de mieux estimer la dispersion de l’eau durant une inondation.

En parallèle, on doit aussi étendre la couverture bathymétrique des cours d'eau. Ces relevés, réalisés avec un sonar, permettent pour leur part de décrire, de façon très précise, la topographie du fond de la rivière. Une connaissance qui permet de mieux décrire l’écoulement de l’eau, sa vitesse et sa direction.

L’effet climat

Un phénomène qu'il faut aussi étudier et mieux comprendre est l’impact des perturbations climatiques sur la cadence et l’intensité des inondations. Des températures plus douces en hiver risquent de perturber la phase de la précipitation, qui, au lieu de tomber en neige, tombe en eau.

Benoît TurcotteBenoît Turcotte, ingénieur spécialisé en hydrologie hivernale à l’Université Laval Photo : Radio-Canada

Ces températures plus douces risquent également d’avoir des effets sur les débâcles et les embâcles. D’ailleurs, la glace, qui joue un rôle crucial dans les inondations par embâcles, est un phénomène dont certains aspects sont encore mal compris.

On comprend assez bien comment la glace se forme, comment elle s'épaissit, comment le couvert de la glace se détériore. Par contre, ce qu'on ne comprend pas, c'est sa résistance.

Benoît Turcotte, Université Laval

« Après quelques jours de soleil puis de temps doux, est-ce qu’elle a perdu 10 % de sa résistance ou a-t-elle perdu 80 % de sa résistance? », illustre l'ingénieur Benoît Turcotte, spécialisé en hydrologie hivernale.

Mieux communiquer le risque d’inondation

Pascale BironPascale Biron, professeure d’hydrogéomorphologie à l’Université Concordia Photo : Radio-Canada

L’autre élément important qui mérite d'être amélioré, ce sont les outils qui permettent de communiquer la vulnérabilité et le risque associé aux inondations.

Des interfaces simples et accessibles procureraient aux gestionnaires de crise un portrait fidèle de la situation au moment d’établir des priorités. Ces outils pourraient également profiter aux citoyens afin qu’ils se préparent avant l’inondation.

« Quand les gens savent qu'ils sont dans des secteurs vulnérables, ils peuvent se responsabiliser, s'assurer que leur sous-sol ne contient pas d'objets de valeur, avoir des pompes. Toutes sortes de moyens qui peuvent se prendre au niveau individuel », dit Pascale Biron.

Cédric MarceauCédric Marceau, géomaticien à la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) Photo : Radio-Canada

La Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) travaille en ce moment au développement d’une application qui donnerait la chance de visualiser, sur un plan en trois dimensions, l’avancée d'une inondation dans son quartier. Elle permettrait aussi de voir, toujours sur le plan, la prévision des deux à trois prochains jours.

« Le citoyen va pouvoir comprendre où va se passer l'inondation et mettre des sacs de sable au bon endroit sur son terrain », donne pour exemple le géomaticien Cédric Marceau de la CMM.

Karem ChokmaniKarem Chokmani, professeur de télédétection à l'Institut national de la recherche scientifique Photo : Radio-Canada

À la suite des inondations de Saint-Jean-sur-Richelieu en 2011, Karem Chokmani et son équipe de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) à Québec ont travaillé au développement d’un outil destiné aux gestionnaires de crise. L’intérêt de cet outil est, entre autres, d’avoir une meilleure perspective des zones et des bâtiments plus vulnérables aux inondations.

Des fois, l'eau ne touche pas au bâtiment, mais la route qui dessert la maison, elle, est inondée. Elle n'est plus praticable, même pas les ambulances ou des véhicules d'urgence. Ces gens sont donc exposés à un niveau de risque élevé.

Karem Chokmani, INRS
Une carte sur un ordinateurUne capture d’écran de l’application développée par Karem Chokmani Photo : Radio-Canada

Bien qu’ils n’empêchent pas les inondations de se produire, ces outils peuvent atténuer l’impact des inondations et réduire le stress qui y est associé.

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