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Dumas en solo : nature, givré et diversifié

Dumas en prestation solo, chante au micro, une guitare Gibson dans les mains.
Avec Dumas, la définition du concert solo a fort peu à voir avec celle qui nous est familière. Photo: Radio-Canada / Mathieu Dumontier
Philippe Rezzonico

CRITIQUE – Sur le site Internet de la Place des Arts où l'on annonce le concert Dumas – Nos idéaux, on précise que l'artiste invite le public à son « concert solo ». Rien de plus faux.

Nous avons tous une idée préconçue d’un concert solo. D’ordinaire, il s’agit d’une prestation épurée d’un artiste, le plus souvent, en mode acoustique. En un peu moins de deux heures jeudi soir à la Cinquième Salle de la PdA, Dumas a démontré que sa définition du concert solo est unique.

Bien sûr, au début, ça commence comme un concert solo. Dumas, seul, avec une guitare acoustique, un clavier/bidule à sa gauche (notre droite) et des dizaines de pédales au sol pour échantillonner des pistes de voix et de musique. Logiquement, il commence le spectacle avec une chanson de son nouvel album Nos idéaux, en l’occurrence, celle qui évoque son père (Le déserteur de Fort Alamo).

Après l’enchaînement d’une autre nouveauté (À l’est d’Éden), nous sommes immédiatement plongés dans le monde de Dumas : musique oscillant entre l’acoustique (la guitare) et l’électro (les claviers), de facture plutôt sage, offerte dans un environnement aux éclairages discrets. Ce qui était idéal pour une version plus nue que nue de Mes idéaux.

Quoique, avec Dumas, « solo » ne rime pas obligatoirement avec « acoustique ». On le voit dès Arizona, où le pont de guitare mordant contraste avec l’interprétation dénudée de la chanson phare.

Pas statique

Pour l’artiste, « solo » ne rime pas non plus avec « statique ». Dès la reprise de Heroes, de Bowie, Dumas se met à valser d’un pied à l’autre, au gré des rythmes qui se font de plus en plus dansants. Le quart d’heure qui suit est fascinant.

Le public a eu droit à quelques chansons emblématiques (Nébuleuse, Ferme la radio, Le cours des jours, J’erre) sur des tempos trépidants et sous des éclairages de plus en plus percutants. Pour avoir entendu toutes ces chansons quand Dumas les offrait avec ses divers groupes, c’était étonnant de voir à quel point elles tenaient bien la route en reposant essentiellement sur deux instruments. L’auteur-compositeur et interprète a aussi marqué le moment présent en transformant « rappelle-moi le jour de tes 25 ans » en « 35 ans », durant J’erre.

Après l’entracte, d’autres surprises nous attendaient. Dumas est revenu avec un bon vieux ghettoblaster (radiocassette) qu’il a placé sur la scène, avant de descendre au parterre avec une guitare sertie de petites lumières bleues et blanches.

Nature...

Soutenu uniquement par sa guitare et par les beats monocordes crachés par la vétuste boîte à musique, Dumas s’est mis à chanter durant près de 20 minutes avec l’apport vocal de la foule qui n’en revenait probablement pas d’entendre Au gré des saisons, Les secrets, Miss Ecstasy, Alors alors et Le bonheur à leur plus simple expression, dans un contexte de proximité accrue.

Déjà que la Cinquième Salle est intimiste, là, elle avait des airs de – grande – chambre à coucher, genre dortoir. Dumas chantait dans les allées ou debout sur un siège, uniquement illuminé par sa guitare. Ça conférait une ambiance fantomatique au moment présent. Là aussi, la notion de « solo » a volé en éclats, tellement la foule reprenait les refrains, et parfois les couplets, avec un plaisir coupable.

Mais jusque-là, personne ne s’était levé de son siège, ce qui est une anomalie dans n’importe quel concert de Dumas. C’est à ce moment que ce dernier a sorti de sa poche de veston une cassette qu’il a insérée dans le ghettoblaster.

… et givré

Une mixtape, a-t-il précisé, qui a servi d’accompagnement à Je ne sais pas, Ne me dis pas et Radar. Que retrouvait-on sur la cassette? Des extraits d'Unbelievable (EMF), de Pied de poule (Dolbie Stéréo) et de 1990 (Jean Leloup) qui s’intégraient à merveille aux chansons de Dumas qui avait revêtu une éclatante veste jaune et qui maniait une Fender, lumineuse, elle aussi. Bien mieux, les spectateurs pouvaient se brancher sur le site Internet du chanteur avec leur téléphone intelligent et transformer leur propre appareil en source de lumière individuelle.

Non, il n’y avait plus de « concert solo » qui tenait à ce moment. Des lumières brillantes et stroboscopiques, un martèlement sonore digne d’un concert de Daft Punk, une foule debout, dansante, déchaînée et participative. Nous n’étions plus dans la Cinquième Salle, mais au Festival Île Soniq, à tout le moins. Pour faire l’analogie avec une publicité céréalière bien connue, lors d’une même portion de concert, nous avons vu Dumas plus nature que jamais et aussi complètement givré.

Il a fallu attendre le rappel pour le voir, armé de sa guitare acoustique, faire descendre le mercure avec 1995. Lorsque Linoléum – « qui a 15 ans cette semaine » – a magnifiquement mis un terme à la soirée, je me disais que nous venions peut-être d’assister au concert solo le plus diversifié jamais offert par un artiste de chez nous.

Mais attention! Avec Steve Dumas, la définition du concert solo a fort peu à voir avec celle qui nous est familière.

Dumas – Nos idéaux, en supplémentaire à la Cinquième Salle de la Place des Arts, les 4 et 5 mai.

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