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La pénurie de main-d'oeuvre pourrait aggraver le décrochage

Une jeune fille préoccupée.

La pénurie de main-d'oeuvre pourrait amplifier le problème du décrochage scolaire au Québec.

Photo : iStock

Radio-Canada

La pénurie de main-d'oeuvre pourrait amplifier le problème du décrochage scolaire au Québec. Non seulement des jeunes pourraient décider de quitter l'école plus rapidement pour aller travailler, mais d'autres pourraient laisser tomber l'idée d'un retour aux études.

Une analyse de Gérald Fillion

Les données colligées par l’Institut du Québec sur le taux de réussite scolaire dans le réseau public des écoles secondaires au Québec ont provoqué de vives réactions, jeudi, dans l’arène politique et dans le monde de l’éducation.

Le taux de réussite des jeunes après cinq ans dans le réseau public est de 64 % contre 77 % dans l’ensemble du Canada et 84 % en Ontario et au Nouveau-Brunswick. Chez les garçons québécois, le taux s’établit à 57 %. Dans le réseau public francophone, le taux de réussite après cinq ans chez les garçons n’est que de 51 %. C’est consternant.

Cela dit, l’Institut du Québec précise, à juste titre, que le Québec est « champion du raccrochage » et que « le système éducatif réussit à rattraper une partie des jeunes [surtout les garçons] ». Si on regarde les taux de réussite après sept ans, on arrive à 76 % dans les écoles secondaires publiques et à 80 % en prenant en considération le réseau des écoles privées.

Surtout, on constate que le Québec rattrape la moyenne canadienne avec le temps. Ainsi, 89 % des personnes de 25 à 34 ans avaient un diplôme d’études secondaires en 2016. Cette statistique est plus rassurante.

La situation pourrait se dégrader

Mais il faut aller plus loin : il y a deux choses qui sont préoccupantes dans le contexte actuel de manque de main-d’oeuvre dans plusieurs secteurs et dans plusieurs régions. Le premier élément, c’est que le problème du décrochage, à court terme, et particulièrement avec la mesure du taux de réussite après cinq ans, pourrait s’amplifier.

Quantité d’entreprises cherchent des employés ces jours-ci et sont prêtes à accueillir des jeunes peu ou pas formés pour occuper des postes vacants. À 16 ans, il peut être tentant pour bien des jeunes d’avoir un bon salaire, surtout si pour eux, ça ne se passe pas très bien à l’école.

L’Institut du Québec rappelle que 20 % des étudiants du secondaire sont inscrits à l’école privée. Dans les autres provinces, ce taux est d’environ 5 %. Les jeunes en difficulté se retrouvent davantage dans les écoles publiques et leur proportion au Québec est plus grande. Ainsi, on rapporte que près de 30 % des jeunes dans le réseau public du secondaire ont des difficultés d’apprentissage et d’adaptation ou sont considérés comme étant handicapés.

Entrave au raccrochage

L’autre enjeu à surveiller, c’est l’effet de la pénurie de main-d’oeuvre sur le raccrochage. Si le Québec se démarque dans sa capacité à ramener les jeunes à l’école, il y a un danger, encore une fois, à voir plusieurs d’entre eux repousser à plus tard leur retour sur les bancs d’école parce qu'ils préféreraient aller travailler et toucher un salaire.

Repousser le retour à l’école peut signifier de ne jamais y revenir. Et si l’économie se détériore et que ces jeunes perdent leur emploi, ils se retrouveront alors dans une situation périlleuse.

En ce moment, des étudiants peuvent suivre une formation collégiale à 50 % dans les locaux du cégep et à 50 % en milieu de travail, rémunérée. Or, les directions de plusieurs cégeps doivent demander aux employeurs de leur garantir qu’ils ne vont pas embaucher les étudiants tant que leur formation ne sera pas complétée.

C’est tentant pour les employeurs qui cherchent de la main-d’oeuvre. Et ça peut être tentant aussi pour les jeunes, qui pourraient être attirés par le marché du travail et un bon salaire.

L’éducation, socle de l’économie

J’ai eu le privilège d’être le président d’honneur de la soirée du mérite étudiant du Cégep de Sherbrooke, mardi soir. J’y ai rencontré des étudiants inspirants, dévoués, engagés, ambitieux, désireux de changer le monde. Je vous avoue que ça donne un petit coup de réaliser que j’étais l’animateur de cette soirée… il y a 24 ans! Mais, bon, ce n’est pas très grave.

J’ai dit aux jeunes présents que le temps passe rapidement, mais c’est parce que ça se passe bien que ça passe si vite! Aller à l’école, se donner une formation, une qualification, un diplôme, plusieurs diplômes, c’est une façon d’emmagasiner des « points bonheur » pour la suite des choses. Ça ne protège pas de toutes les avaries de la vie, mais accroît les possibilités d’être plus heureux et d'être embauché dans le futur.

L’éducation est l’un des socles de l’économie. Une société qui mise sur l’éducation se donne les moyens d’être plus riche, plus égalitaire, avec une croissance économique plus forte.

Gérald Fillion

Emploi

Économie