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Les pandas, poule aux oeufs d’or ou gouffre financier?

Deux bébés pandas.

La naissance de bébés pandas au zoo de Toronto a permis de stimuler l'intérêt des visiteurs pendant leur séjour de cinq ans.

Photo : La Presse canadienne / Chris Young

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Ils sont gros, tout doux et drôles. Après cinq ans au zoo de Toronto, les pandas font leurs débuts lundi devant le public du zoo de Calgary. Si ces animaux ont l'air de grosses peluches et attirent les foules, ils ont aussi des besoins de divas. Alors, est-ce rentable pour un zoo d'accueillir des pandas? État des lieux des coûts et des revenus attendus.

Un texte de Tiphanie Roquette

De coûteux visiteurs

Une résidence à plus de 14 millions de dollars

La porte d'entrée de la traversée des pandas. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La porte d'entrée de l'édifice des pandas a été inspirée par le style Feng Shui.

Photo : Radio-Canada / Tiphanie Roquette

Le zoo de Calgary a complètement rénové le bâtiment qui abritait auparavant les éléphants, puis les rhinocéros et les dragons de Komodo. Les travaux de l’édifice ont coûté 14,4 millions de dollars.

À ce prix, les pandas auront accès à près de 2000 mètres carrés d’habitat composé de deux espaces intérieurs et de deux espaces extérieurs. L’enclos est doté d’une rivière, de chutes d’eau et d’une forêt de bambou. Une pouponnière a été créée au cas où la femelle panda porterait à nouveau des petits. Un congélateur sert également à conserver les énormes quantités de nourriture ingérée par les pandas.

La famille de pandas hébergée au zoo de Toronto déménagera à Calgary en 2018.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'enclos des pandas à Toronto avait coûté trois millions de dollars en rénovations.

Photo : Zoo de Toronto

Le zoo a cependant dû faire d’autres modifications pour répondre à l’augmentation attendue du nombre de visiteurs, comme augmenter le nombre de places de stationnement, de toilettes et de points de vente de nourriture et de boissons. Au total, le projet de « traversée du panda » coûte 30 millions de dollars, selon le PDG du zoo, Clément Lanthier.

Par comparaison, les rénovations du bâtiment du zoo de Toronto pour abriter les pandas n’avaient coûté que 3 millions de dollars.

Des soins annuels de 1,5 million de dollars

Un employé du zoo de Calgary range une cargaison de bambous. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Deux fois par semaine, le zoo de Calgary reçoit une cargaison de bambous en provenance de la Chine.

Photo : Zoo de Calgary

Les pandas ont un entourage spécialisé. Le zoo de Calgary estime que les soins des animaux et leur nourriture coûteront 1,5 million de dollars par an.

Dans ce budget, la nourriture occupe une large part. L’établissement doit faire venir 1100 kilos de bambou chaque semaine… de la province du Sichuan, en Chine.

Ils mangent une quantité ridicule de bambous.

Matt Korhonen, conservateur du zoo de Calgary

Le zoo de Toronto faisait venir ses provisions de Memphis, au Tennessee, au coût annuel d’un demi-million de dollars. Selon M. Korkhonen, étrangement, il est plus rapide et moins coûteux pour Calgary d’aller s’approvisionner en Chine. De la récolte au réfrigérateur du zoo, le tout prend seulement 20 heures, garantissant une plante fraîche et de saison. « Le plus gros problème pour garder un panda dans un zoo, c’est de gagner ses papilles », explique le conservateur.

Un cadeau à 7 millions de dollars

Stephen Harper et sa femme qui tient un panda dans ses bras.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Stephen Harper et sa femme lors d’un voyage diplomatique en Chine, en 2012. Le panda sera prêté par la Chine au Canada pour les dix prochaines années.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Les animaux sont prêtés par la Chine à d’autres pays, un prêt qui a un coût. Chaque année, le zoo de Calgary reverse 1,4 million de dollars à la base de recherche Chengdu pour la reproduction du panda.


Des aimants à profit?

1,5 million de visiteurs attendus

Un groupe de manchots royaux se tient dans un enclos intérieur au zoo de Calgary.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'ouverture de l'aquarium des manchots avait attiré 1,45 millions de visiteurs au zoo de Calgary.

Photo : La Presse canadienne / Larry MacDougall

Coûteux, le panda, mais aussi irrésistible. « Notre espoir est que le coût s’accompagne d’un afflux de visiteurs qui veulent fondre à la vue de ces mignons pandas », explique le conservateur du zoo, Matt Korhonen.

Le zoo de Calgary s’attend à une augmentation de 15 % des visiteurs annuels. Ainsi, 1,5 million de personnes sont attendues en 2018. Les attentes sont comparables à la hausse de 13 % de la fréquentation qu’a connu l’établissement de Toronto. Mais qu’en est-il des autres années? L’expérience en Ontario a plutôt été en dents de scie. Les deuxième et troisième années de résidence des pandas ont été aussi des années moroses de fréquentation. Le zoo a eu la chance de bénéficier de la naissance de deux bébés, fin 2015, pour en relancer l’attractivité.

Le zoo de Calgary se dit cependant préparé. « Nos prévisions budgétaires sont très prudentes parce qu’on a tiré des leçons des autres zoos. Nous savons que l’augmentation de la première année ne sera pas soutenue », explique M. Lanthier, le PDG du zoo.

Tirer avantage de l’attractivité

La pancarte d'entrée du zoo de CalgaryAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Voir les pandas une fin de semaine coûtera plus cher aux visiteurs.

Photo : Radio-Canada / Monty Kruger

Exemple de cette budgétisation prudente, le zoo de Calgary a changé de tarification, introduisant une structure de prix différente selon la saison. Une entrée pour adulte en été coûtera près de 35 $, soit 10 $ de plus que le coût d’un ticket précédemment. L’établissement dit vouloir encourager une meilleure répartition des visiteurs dans l’année et dans la semaine.

Le zoo pourra aussi compter sur des revenus accrus dans ses restaurants et magasins de souvenirs. En 2013, les visiteurs de Toronto avaient ainsi dépensé plus de 4 millions de dollars dans les commerces du zoo et plus de 7,7 millions de dollars en nourriture et en boissons.

Contribution provinciale et municipale

Des enfants brandissent des masques de pandas devant la porte d'entrée de l'enclos. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le ministre albertain de la Culture, Ricardo Miranda (au centre) et le conseiller municipal de Calgary Gian-Carlo Carra (à droite) lancent le décompte avant l'ouverture officielle de l'enclos des pandas.

Photo : Radio-Canada / Tiphanie Roquette

Le gouvernement provincial a investi 10 millions de dollars dans le projet d’accueil des pandas à Calgary. La municipalité a, elle, contribué à 8,5 millions de dollars. « Quand nous avons des attractions comme celle-là à Calgary, cela permet d’attirer plus de touristes », s’enthousiasme le ministre de la Culture, Ricardo Miranda.

La province estime les retombées touristiques à environ 18 millions de dollars. La construction du nouvel édifice a également permis de créer près de 200 emplois.


Survie de l’espèce : ça n’a pas de prix?

Un panda adulte mange un bambou. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Il reste environ 1800 pandas en liberté dans le monde.

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

Que le zoo de Calgary tire profit ou non de ces nouveaux visiteurs, ce n’est pas le seul objectif, rappelle toutefois le PDG du zoo, Clément Lanthier. La tournée des pandas a ainsi déjà permis de faire d’énormes progrès dans la conservation de l’espèce, souligne-t-il.

Depuis 2016, le statut du panda a été amélioré, passant de menacé à vulnérable. « Ils sont vulnérables parce qu’on a investi beaucoup de millions de dollars dans la recherche sur les pandas, que ce soit leur alimentation, leur reproduction, les différents aspects de leur physiologie et dans les programmes de réintroduction qui commencent tout juste », ajoute M. Lanthier.

La conservation sans argent, c’est juste une conversation.

Clément Lanthier, PDG du zoo de Calgary

Le zoo souhaite aussi se servir de ces célébrités animales pour attirer l’attention du public sur d’autres espèces menacées de l’Alberta.

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