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Le jeu de la musique, un livre qui s'écoute

La couverture du recueil de nouvelles Le jeu de la musique de Stéfanie Clermont

Le recueil de nouvelles « Le jeu de la musique » de Stéfanie Clermont

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Dans son livre Le jeu de la musique, la jeune écrivaine Stéfanie Clermont a parsemé les pages de chansons de Marjo, de Daniel Balavoine, de Richard Desjardins, de Plume Latraverse, d'Arcade Fire et de plusieurs autres. Elle explique la signification de ce choix.

Un texte de Cécile Gladel

La trentaine de nouvelles qui composent le livre se lisent comme un roman, puisqu’elles mettent en scène le même groupe d’amis à différents moments de leur vie.

« C’est un casse-tête de choses que j’ai vécues et dont j’ai été témoin. Tous les personnages sont un peu moi, en particulier les narratrices, mais j’ai inventé certains personnages, alors que d’autres sont un mélange de plusieurs amis. Je me suis servie dans ma vie », raconte l’auteure.

L'auteure Stéfanie Clermont, dehors, les bras croisés.  Ses cheveux longs tombent sur son bras gauche.

L'auteure Stéfanie Clermont.

Photo : Le Quartanier/Justine Latour

Une trame musicale de la génération Y sur fond de drames

On lui a donc demandé pourquoi certains titres se trouvaient dans le livre. Un jeu qu’elle a aimé. Mais pour comprendre le « jeu de la musique » auquel les personnages s’adonnent, il faudra attendre la fin de l’histoire.

Contexte. Le livre s’ouvre brusquement sur le suicide de Vincent sur un terrain vague d’Hochelaga où il aimait passer la journée, étendu au soleil. Il s’est pendu à un arbre.


Orphan’s Lament, de Robbie Basho

Cette mort est liée à l’une des chansons les plus importantes du livre : Orphan’s Lament, de Robbie Basho. Ici aussi, c’est à la fin que tous les nœuds s’attacheront afin de comprendre le rôle central de cette œuvre.

Extrait d'« Orphan’s Lament » de Robbie Basho

Stéfanie Clermont avoue qu’elle n’a connu cette chanson que récemment, durant l’écriture de son livre. « J’ai ressenti des émotions très intenses. La musique est bizarre », avoue-t-elle.

L’histoire du chanteur Robbie Basho, notamment sa mort singulière, l’a intriguée. Né en 1940, l’artiste américain est mort en 1986 lors d’un traitement chez son chiropraticien. Une manipulation du cou l’a tué. « Il était orphelin, il a chanté dans des chorales, il a fait des voyages en Inde et il a joué de la musique avec des musiciens indiens. Il jouait de son vivant devant des salles vides, il n’a jamais connu le succès. »

Elle l’a donc choisi pour accompagner les funérailles de Vincent, qu’elle décrit comme étant « une espèce de force de vie et de beauté immense avant de disparaître sans que personne ne s’en rende compte. On sait dès le début qu’il va mourir. Je voulais faire ressortir sa beauté. On tient souvent pour acquis que la personne qu’on aime sera toujours là ».


Une année sans lumière, d'Arcade Fire

La chanson d’Arcade Fire Une année sans lumière est présente dès le début. Stéfanie Clermont l’a utilisée comme un marqueur de temps pour situer la scène dans les différentes histoires de ses personnages. « C’est un groupe connu au Canada. Les personnages ont le même âge que moi, et on écoutait toujours cet album quand j’étais adolescente. »

Extrait d'« Une année sans lumière » d'Arcade Fire

Quand un des personnages l’écoute, l’écrivaine a essayé de se mettre dans l’état d’esprit de quelqu’un qui entend cette chanson pour la première fois. « Je ne me rappelle pas quand je l’ai entendue pour la première fois. Je ne me souviens pas non plus [de m'être retrouvée dans la même situation] que mes personnages adolescents, alors que l’amitié devient importante et que les hommes plus vieux profitent de nous. »


Va-t’en pas, de Richard Desjardins

Le choix de la chanson de Richard Desjardins Va-t’en pas s’est fait naturellement. « C’est un poète qui a été important pour moi. Il m’a fait vivre plein d’émotions, tant seule que pendant une soirée intime ou autour d’un feu de camp. Il traverse bien tous les états de la vie, tant collective que privée. Quand cette chanson joue, Sabrina est entourée de ses amis, mais tout ce qu’elle veut, c’est l’amour de Jess. »

Extrait de « Va-t'en pas » de Richard Desjardins


Jonquière, de Plume Latraverse

Dans une des nouvelles, alors que l’un des personnages se sent humilié par des employés d’Emploi Québec, c’est Plume Latraverse, avec Jonquière, qui s'immisce dans l’histoire.

Extrait de « Jonquière » de Plume Latraverse

« Pour survivre, elle essaie de trouver de l’humour dans la situation. C’est comme un moment de cabotinage. Je trouve que Plume Latraverse est une espèce de clown cynique qui dérange, qui dit des vérités dans un langage vulgaire », explique Stéfanie Clermont.


Corridor, de Laurence Jalbert

La chanson Corridor, de Laurence Jalbert, rappelle son enfance à l’écrivaine. « Elle fait partie de l’un des premiers albums de Laurence Jalbert, et c’est l’une des deux cassettes que ma mère avait dans sa Toyota Tercel blanche. Ce sont des chansons qui sont pleines d’émotion. Plusieurs chansons de Laurence Jalbert me font pleurer. »

Elle ajoute qu’il y a une profonde nostalgie, une tristesse et une résilience dans la musique de la chanteuse. « Dans cette chanson en particulier, ce sont des prémonitions de ce qui arrive à la fin de la nouvelle. [...] Les paroles de Corridor, c’est une marée de glace qui me remplit. La mère, alors que sa relation est sur le point d’exploser, est aussi aux prises avec la dépression. C’est la marée, mais c’est aussi la glace, elle n’a plus accès à elle-même. »


Quand on arrive en ville, de Daniel Balavoine

Stéfanie Clermont voulait faire référence à Starmania, la populaire comédie musicale de Luc Plamondon et Michel Berger. Elle a choisi Quand on arrive en ville, chantée par Daniel Balavoine, un chanteur français décédé en 1986, moins connu au Québec, qu’elle apprécie beaucoup.

« Je voulais juste glisser le nom de Daniel Balavoine, car mes personnages me font penser à lui. J’écoutais ses chansons pendant l’écriture [du livre], comme Tous les cris les SOS et SOS d’un terrien en détresse. Un chanteur qui était rebelle, authentique, un showman qui avait une énergie intense. Dans leurs meilleurs moments, mes personnages ont cette fougue », explique-t-elle.

La chanson est aussi un renvoi au rôle de Montréal dans le livre, qui en est un personnage.


Illégal, de Marjo

La chanson Illégal, de Marjo, évoque aussi Montréal et montre que les personnages apprécient plusieurs styles de musique, tant de groupes contemporains que d’une rockeuse québécoise des années 1980.

Extrait d'« Illégal » de Corbeau

« Ils se servent dans un très vaste répertoire pour s’identifier. Illégal, c’est aussi l’esprit de mes personnages, ils n’ont pas d’aspiration citoyenne, ils sont marginaux et ils célèbrent l’illégalité », conclut Stéfanie Clermont.


Le jeu de la musique fait partie des cinq livres en lice pour Le combat des livres 2018. Il sera défendu par Philippe-Audrey Larrue-St-Jacques.

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