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Comprendre le sextage et ses conséquences sur les jeunes

La vengeance pornographique consiste à disséminer sur Internet ou partager avec d’autres des images ou vidéos intimes d’une personne, sans son consentement.

Photo : Getty Images / Antonio Guillem

Radio-Canada

Le fait que des adolescents ont de nouveau été suspendus par leur école parce qu'ils sont soupçonnés d'avoir partagé des photos à caractère sexuel rappelle que le sextage est répandu chez les jeunes. Des ateliers sont offerts par des policiers en milieu scolaire pour sensibiliser les élèves. Quel est le phénomène et quelles en sont les conséquences?

Le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) rappelle que le sextage consiste à recevoir ou partager des photos ou des vidéos sexuellement explicites.

Si le sextage entre adultes consentants ne constitue pas une infraction criminelle, il en va autrement pour la transmission de clichés de mineurs, rappelle Mélissa Cliche, porte-parole de la police de Québec.

Pour le suspect qui se retrouve en possession de ces photos, le fait de les distribuer, de l’avoir en sa possession pour le distribuer par la suite, ça les expose à des infractions de nature criminelle qui sont tout de même graves.

Mélissa Cliche, porte-parole de la police de Québe

Une personne qui participe à l’envoi d’un égoportrait à connotation sexuelle mettant en scène un mineur s’expose à des accusations de production, possession ou distribution de pornographie juvénile.

Conséquences psychosociales

Il s’agit d’une pratique à risque pour les adolescents, mentionne Christine Lebrasseur, policière conférencière dans les écoles pour le SPVQ.

« Au secondaire des fois, les relations [amoureuses] vont être courtes et se terminer pas toujours bien. Et les images, les personnes qui ont ça en leur possession, ça devient un outil tellement qui peut être ravageur, ça peut permettre d’intimider l’autre personne, il peut la distribuer ça devient vraiment un outil dangereux pour les jeunes. »

Elle souligne que les adolescents n’imaginent pas qu’ils puissent commettre un crime en se prenant en photo eux-mêmes et mettent leur sécurité en danger.

Au-delà de l’envoyer à un ami, oui, ils produisent de la pornographie juvénile parce qu’ils sont mineurs, mais ce qu’on ne sait pas après, sur Internet, où va se ramasser cette photo-là.

Christine Lebrasseur, policière école

L’agente rappelle que les photos qui peuvent se retrouver sur différentes plateformes sont particulièrement difficiles à supprimer d’Internet et les conséquences peuvent être ravageuses.

La police explique dans un document publié à l'intention des parents que les jeunes qui ont perdu le contrôle de leur image peuvent vivre de l'anxiété, du rejet, de l'intimidation et du harcèlement, entre autres.

Tribunal de la jeunesse

Selon Christine Lebrasseur, les cas de sextage portés à l'attention des autorités dans le milieu scolaire font l'objet d'interventions rapides et ne se retrouvent pas nécessairement devant les tribnaux.

La plupart des interventions se concluent d'ailleurs dans les écoles avec le policier scolaire et tous les intervenants afin d'éviter la propagation des images sur Internet.

Toutefois, advenant le dépôt d’accusations de possession et distribution de pornographie juvénile, les dossiers d'adolescents se retrouvent devant le Tribunal de la jeunesse, qui vise à favoriser la réinsertion sociale.

Me Myralie Roussin, avocate en droit de la jeunesse, mentionne que les jeunes de 12 à 17 ans s’exposent à une peine allant de la réprimande jusqu’à une ordonnance de placement et surveillance, équivalant à de la détention.

Pour un premier passage à la Cour, des mesures d’aide seront généralement offertes aux jeunes.

Sensibiliser dès le jeune âge

Pour Cathy Tétreault, directrice générale du centre Cyber-aide, le phénomène n’est pas nouveau et les jeunes devraient y être sensibilisés dès le primaire à travers les cours d’éducation à la sexualité.

« Si les petits à partir de l’école primaire apprennent à se respecter, à s’affirmer, tranquillement, ils vont être préparés à arriver au secondaire, à être capable de gérer la pression sociale et de ne pas le faire. »

Selon elle, l’influence de la technologie et l’utilisation des réseaux sociaux peuvent contribuer à banaliser ces gestes et les écoles devraient être mieux outillées pour conscientiser les élèves.

Elle croit que les formations offertes par les policiers dans les écoles ne sont pas suffisantes.

« C’est important que les policiers passent dans les écoles pour parler de ça au niveau judiciaire, mais ils [les établissements scolaires] doivent inviter des organismes ou sexologues ou même eux pour pallier au besoin psychosocial. Pourquoi on le fait, à quel besoin ça répond, pourquoi vous trouvez ça banal? », évoque-t-elle.

Elle ajoute que l’information qui est véhiculée aux jeunes doit aussi être acheminée aux parents afin que la sensibilisation soit efficace.

Un texte de Véronica Lê-Huu

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