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Un représentant du genre Homo aux Philippines il y a 700 000 ans

Pas moins de 400 ossements d’animaux y ont été découverts, dont une grande partie du squelette d’un rhinocéros et 57 artefacts en pierre.

Pas moins de 400 ossements d’animaux y ont été découverts, dont une grande partie du squelette d’un rhinocéros et 57 artefacts en pierre.

Photo : Mission archéologique MARCHE/Thomas Ingicco

Radio-Canada

Des outils en pierre retrouvés parmi des os de rhinocéros laissent à penser qu'un représentant du genre Homo avait atteint les Philippines il y a environ 709 000 ans, soit 642 000 ans plus tôt qu'on le pensait à ce jour.

Un texte d'Alain Labelle

La plus ancienne présence humaine attestée dans cette région était l’os d’un pied daté de 66 700 ans qui aurait appartenu à un représentant d’une espèce naine rappelant en bien des aspects l’homme de Florès.

En outre, les espèces Homo de l’âge de pierre qui ont traversé l’océan depuis l’Asie continentale jusqu’aux Philippines pourraient s’être déplacées du nord du pays vers des îles plus au sud.

Les paléoanthropologues ont trouvé une soixantaine d’outils autour d’un squelette de rhinocéros lui-même portant des traces d’activités humaines.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les paléoanthropologues ont trouvé une soixantaine d’outils autour d’un squelette de rhinocéros lui-même portant des traces d’activités humaines.

Photo : Mission archéologique MARCHE/Thomas Ingicco

D’autres preuves de la présence d’humains anciens ont été trouvées sur certaines îles indonésiennes, y compris les restes fossilisés des hommes de Florès et d’anciens outils en pierre sur l’île des Célèbes.

Mais les paléoanthropologues n’avaient pas trouvé de preuves concrètes de la présence humaine aux Philippines pour établir l'existence d'un tel voyage, jusqu’à aujourd’hui.

Les restes ont été mis au jour dans un site de fouilles situé dans la région enclavée de Kalinga, au nord des Philippines, par une équipe internationale à laquelle participe le Français Thomas Ingicco, paléoanthropologue au Musée national d’histoire naturelle de Paris.

Pas moins de 400 ossements d’animaux y ont été découverts, dont une grande partie du squelette d’un rhinocéros et 57 artefacts en pierre.

Nous avons repéré sur plusieurs os des stries provoquées par l’utilisation d’outils pour découper la viande. D’autres os ont été percutés par des outils pour faire sortir la moelle.

Thomas Ingicco

D’autres fossiles provenaient de cerfs bruns, de lézards, de tortues d’eau douce et d’éléphants maintenant disparus, appelés stégodons.

Il est clair que des représentants du genre Homo ont mangé ce rhinocéros. En revanche, on ne sait pas s’ils l’ont tué ou s’ils l’ont consommé alors qu’il était déjà mort.

Thomas Ingicco

L’accumulation d’éléments radioactifs dans les sédiments de Kalinga et l’analyse d’une dent de rhinocéros laissent à penser que les fossiles ont environ 709 000 ans, plus ou moins 68 000 ans.

On ne sait pas si l’os d’orteil d’un humain datant de 66 700 ans provient d’un individu qui descendait des mangeurs de rhinocéros de Kalinga ou d’une population qui a atteint les Philippines plus tard.

Depuis 2,5 millions d’années, les Philippines forment un chapelet d’îles isolées du continent par de profonds bras de mer.

Les récentes découvertes sur le site archéologique de Kalinga semblent apporter la preuve indirecte que des représentants du genre Homo sont arrivés sur cette île bien avant l’homme moderne.

Le genre Homo inclut l’homme moderne (Homo sapiens) et les espèces apparentées aujourd’hui disparues tel qu’Homo erectus et Homo floresiensis notamment.

Des Homo erectus?

En l’absence de restes humains pour l’établir, l’espèce qui peuplait cette île reste inconnue. Est-ce bien l'Homo erectus qui était présent en Asie à cette époque?

Une autre question que se posent les scientifiques après cette découverte : d’où venaient ces hommes? Et comment ont-ils fait pour rejoindre les Philippines, entourées d’eau?

Il faut savoir que l’humain n’est pas capable de nager sur de longues distances contrairement à certains herbivores comme le rhinocéros.

Un représentant du genre Homo aurait-il maîtrisé, avant Homo sapiens, un mode de navigation? « On ne pense pas qu’il en était capable », convient Thomas Ingicco.

Cette colonisation s’est peut-être faite accidentellement par le biais de langues de terre arrachées à la côte à la suite d’un tsunami, phénomène rare, mais bien documenté.

Thomas Ingicco

Le détail de ces travaux est publié dans le magazine Nature.

Avec les informations de Agence France-Presse

Anthropologie

Science