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La taxe sur le carbone, une politique invendable?

Le site du projet d'exploitation des sables bitumineux Syncrude

Le site du projet d'exploitation des sables bitumineux Syncrude à Fort McMurray

Photo : La Presse canadienne / La Presse canadienne/Jason Franson

Radio-Canada

À son arrivée au pouvoir, en 2015, Rachel Notley promettait d'apaiser les tensions causées par les projets de construction de pipeline en imposant une taxe sur le carbone aux Albertains. Trois ans plus tard, force est de constater que ces tensions sont loin d'avoir diminué et que les électeurs n'ont pas été séduits par l'idée d'imposer un prix à la pollution. Autopsie d'une stratégie de vente ratée.

Un texte de François Joly

Selon un sondage réalisé pour le compte de CBC, 66 % des Albertains croient que la taxe sur le carbone imposée par le gouvernement provincial devrait être abolie. Le gouvernement Notley aurait-il pu présenter autrement cette mesure phare de son plan de réduction des émissions de gaz à effet de serre? L’imposition d’une nouvelle taxe est rarement une décision très populaire, mais plusieurs experts pensent que le NPD aurait pu s’y prendre différemment.

Une taxe pour quoi déjà?

Pour le professeur de sciences politiques à l'Université Simon Fraser, Shane Gunster, qui est aussi spécialiste de la communication et des changements climatiques, il y a un risque à lier systématiquement la taxe sur le carbone à la construction de nouveaux pipelines. Il est d’avis que cela envoie un mauvais message aux électeurs.

M. Gunster croit que les politiciens ont trop souvent tendance à parler des taxes sur le carbone exclusivement en termes économiques. Selon lui, quand les électeurs n’entendent que des arguments économiques, ils finissent par oublier que ces taxes visent à la base à combattre les changements climatiques. « Ça envoie le message aux gens que la chose la plus importante dans une taxe sur le carbone, c’est l’impact qu’elle aura sur le portefeuille des électeurs », explique-t-il.

« C’est vraiment quelque chose qu’on a remarqué en 2008, quand le gouvernement de la Colombie-Britannique a introduit sa taxe sur le carbone, rappelle-t-il. Cette taxe devait être fiscalement neutre. Les revenus de la taxe seraient compensés par des baisses d’impôts. »

La première ministre albertaine Rachel Notley prononce un discours devant les membres de son cabinet.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La première ministre albertaine Rachel Notley dit craindre une crise constitutionnelle autour du projet de pipeline Trans Mountain.

Photo : Radio-Canada

En Alberta, la taxe du gouvernement Notley est depuis longtemps présentée comme une façon de faciliter la construction de pipelines. Aucun projet majeur n’a jusqu’ici été réalisé. Il n’est donc pas surprenant, selon lui, qu’une majorité d’Albertains trouvent cette taxe inutile.

Changements climatiques

Shane Gunster croit que certaines politiques de lutte contre les changements climatiques seraient plus populaires si les politiciens parlaient davantage des conséquences locales des changements climatiques, comme les sécheresses et les inondations.

« Beaucoup d’Albertains croient que les changements climatiques n’auront pas d’impact sur eux, mais c’est faux », ajoute la professeure de sciences politiques à l’Université de l’Alberta Laurie Adkin.

« Taxe », ce mot honni

Et si une taxe sur le carbone était tout simplement une mauvaise stratégie politique? C’est l’avis de l’économiste et professeur à l’Université Simon Fraser Mark Jaccard. « Les économistes ont montré que, si on veut réduire les émissions de gaz à effet de serre, une taxe sur le carbone est la meilleure chose à faire. C’est la solution la plus efficace d’un point de vue économique », explique-t-il.

« Mais il faut être réaliste, c’est très difficile de convaincre les gens qu’une taxe sur le carbone ne va pas détruire l’économie. » Plusieurs études ont d’ailleurs montré que le simple fait de remplacer le mot « taxe » par un synonyme augmentait l’appui des électeurs à ce genre de mesure, en particulier chez les électeurs de droite.

Selon Mark Jaccard, il est plus utile de mettre sur pied des réglementations comme l’abandon des centrales au charbon et l’imposition de limite aux émissions des voitures.

Méthodologie

Ce sondage randomisé hybride a été réalisé auprès de 1200 Albertains, entre le 13 mars et le 5 avril 2018, par Trend Research, sous la direction de Janet Brown Opinion Research. Cet échantillon est représentatif selon la région, l’âge et le sexe des répondants. La marge d’erreur est de plus ou moins 2,8 %, 19 fois sur 20. La marge d’erreur est plus grande pour les sous-catégories.

La méthode hybride utilisée permettait de contacter les répondants au téléphone : ils pouvaient répondre de vive voix sur-le-champ ou plus tard, ou recevoir un lien pour répondre au sondage en ligne.

Trend Research a contacté les répondants en utilisant une liste de numéros de téléphone comprenant une moitié de numéros cellulaires et une autre moitié de lignes terrestres. Les numéros ont été appelés jusqu’à cinq fois, à cinq moments différents de la journée, avant de passer à l'appel suivant. Le taux de réponse des numéros valides est de 20,8 %.

Alberta

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