•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Nucléaire iranien : Nétanyahou n'a convaincu ni les Européens ni l'AIEA

Nétanyahou quitte une scène sur laquelle on voit un écran utilisé pour présenter des informations obtenues par Israël et une bibliothèque contenant des dizaines de cartables.

Le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou quitte la scène, après avoir présenté des « preuves concluantes », selon lui, que l'accord sur le nucléaire iranien est fondé sur des « mensonges ».

Photo : Getty Images / JACK GUEZ

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Londres et Paris maintiennent leur volonté de préserver l'accord sur le nucléaire iranien, malgré les prétentions d'Israël, qui affirme détenir des « preuves concluantes » d'un plan « secret » que l'Iran pourrait réactiver à tout moment pour se doter de l'arme atomique. L'AIEA maintient que la République islamique n'a pas cherché à développer un engin nucléaire après 2009.

Contrairement à l’État hébreu, qui n’a jamais cessé de dénoncer l’accord de Vienne, la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne tentent de persuader le président américain Donald Trump de ne pas s’en retirer, comme il menace de le faire dès le 12 mai.

« Le discours du premier ministre israélien sur les recherches passées de l'Iran en matière d'armes nucléaires montre pourquoi nous avons besoin de l'accord sur le nucléaire iranien », a affirmé sans détour le ministre britannique des Affaires étrangères, Boris Johnson, dans une courte déclaration publiée mardi.

L’accord sur le nucléaire iranien n’est pas basé sur la confiance à propos des intentions de l’Iran. Il est plutôt basé sur des vérifications difficiles, dont des mesures qui donnent aux inspecteurs de l’Agence de l’énergie atomique (AIEA) un accès sans précédent au programme nucléaire iranien

Boris Johnson, ministre britannique des Affaires étrangères

Ces vérifications et d’autres « contraintes » imposées à la République islamique constituent une « bonne raison de maintenir l'accord, tout en le développant, afin de tenir compte des préoccupations légitimes des États-Unis et de nos autres alliés », a ajouté M. Johnson.

Le Quai d'Orsay réitère l'approche de Macron

Le ministère français des Affaires étrangères a aussi défendu la pertinence de l’accord de Vienne, comme l’avait fait Emmanuel Macron la semaine dernière, lors d’une série d’entretiens avec le président Trump. Le président français avait alors plaidé pour un « nouvel accord » élargi, tout en préservant l’entente actuelle.

Selon une porte-parole du Quai d’Orsay, les affirmations de M. Nétanyahou confirment « en première analyse […] qu'une partie du programme nucléaire iranien, comme la France et ses partenaires l'avaient relevé dès les premières révélations de l'été 2002, n'avait pas de finalités civiles ».

La diplomatie française soutient néanmoins que la pertinence de l’accord sur le nucléaire iranien « est renforcée par les éléments présentés par Israël », et qu’il est « essentiel que l'AIEA puisse continuer à vérifier le respect » de l’entente par l'Iran et « le caractère pacifique » de son programme nucléaire.

Toutes les activités liées au développement d'une arme nucléaire sont interdites par l'accord, de manière permanente; le régime d'inspections de l'AIEA mis en place grâce à l'accord est, lui, l'un des plus exhaustifs et des plus robustes dans l'histoire de la non-prolifération nucléaire.

Déclaration du ministre français des Affaires étrangères

À l’instar de Londres, Paris ajoute toutefois que « les nouvelles informations présentées par Israël pourraient également confirmer la nécessité d'assurances de plus long terme sur le programme iranien, comme le président de la République l'a proposé ».

Le « nouvel accord » proposé par le président Macron à son homologue américain prévoit d’ajouter à l’accord actuel des dispositions visant à contrôler l'activité nucléaire de l’Iran à son expiration et d’autres visant à encadrer son programme balistique et ses ambitions régionales, notamment en Syrie.

« Ce que j'ai vu dans les premiers rapports, c'est que le premier ministre Nétanyahou n'a pas remis en question le respect par l'Iran des engagements du JCPOA [acronyme anglais de l’accord sur le nucléaire de 2015, NDLR] », avait aussi commenté lundi soir la cheffe de la diplomatie européenne Federica Mogherini.

L'accord « n'est pas basé sur des hypothèses de bonne foi ou de confiance », a ajouté Mme Mogherini. « Il est basé sur des engagements concrets, des mécanismes de vérification et un contrôle très strict des faits, effectué par l'AIEA » dont les rapports montrent que « l'Iran s'est pleinement conformé à ses engagements ».

En janvier dernier, Mme Mogherini avait aussi profité d'une rencontre des chefs de la diplomatie européenne, française, britannique et allemande avec leur homologue iranien pour faire valoir que l'accord « fonctionne, rend le monde plus sûr et empêche une course à l’armement nucléaire potentielle dans la région ».

Pas d’indication crédible du développement d’une bombe nucléaire après 2009, selon l’AIEA

L’AIEA a pour sa part réitéré mardi n'avoir « aucune indication crédible d'activités en Iran liées au développement d'un engin nucléaire après 2009 ». Le conseil des gouverneurs de l’agence onusienne a « achevé son examen de cette question » après un rapport qui lui avait été présenté en décembre 2015, indique un porte-parole dans un communiqué.

« Avant la fin de 2003, une structure organisationnelle était en place en Iran, adaptée à la coordination d'une série d'activités liées au développement d'un engin explosif nucléaire », affirme l’AIEA.

Bien que certaines activités aient pris place après 2003, elles ne faisaient pas partie d'un effort coordonné. Ces activités ne sont pas allées au-delà des études scientifiques et de faisabilité et l'acquisition de certaines compétences et capacités techniques pertinentes.

Communiqué de l'AIEA

Sans se référer directement aux affirmations de M. Nétanyahou, le porte-parole de l'AIEA indique que l'agence « évalue toutes les informations pertinentes à sa disposition » au sujet des activités nucléaires de l'Iran.

« Toutefois, il n'est pas dans les habitudes de l'AIEA de discuter de questions relatives à de telles informations », ajoute le communiqué.

Nétanyahou est un « menteur invétéré », accuse Téhéran

Depuis que l’accord sur le nucléaire iranien est entré en vigueur, l’AIEA a certifié à plusieurs reprises que l’Iran s’y est conformé. Le président Trump reconnaît aussi que c’est le cas, mais maintient que l’entente a plein de failles auxquelles il faut remédier.

Avec l'accord de 2015, signé par les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, la Chine, la Russie et l’Allemagne, l'Iran a obtenu la levée temporaire d'une partie des sanctions internationales et étrangères visant son système économique et financier en échange d'une réduction de son programme nucléaire controversé.

À Téhéran, le ministère des Affaires étrangères a continué d’attaquer vertement le premier ministre Nétanyahou, le qualifiant de « menteur invétéré, en panne d'idées » dans un communiqué publié mardi.

Les allégations « éculées, sans intérêt, et honteuses » visant Téhéran sont celles de « dirigeants sionistes qui ne voient pas d'autres moyens pour assurer la survie de leur régime illégal que de menacer les autres en usant d'un bluff ressassé », déclare-t-il dans un communiqué officiel.

Les médias iraniens y vont de commentaires à l’avenant. L’agence officielle IRNA soutient que M. Nétanyahou est « réputé pour faire des spectacles ridicules », tandis que l’agence semi-officielle FARS, réputée proche des Gardiens de la révolution, s’est moquée d’un « spectacle de propagande ».

La Républque islamique menace d'abandonner l'accord de Vienne si les États-Unis le renient et de reprendre « vigoureusement » ses activités d'enrichissement d'uranium.

Les États-Unis achètent la thèse israélienne

À Washington, les affirmations du premier ministre israélien ont reçu un meilleur accueil.

Le président Trump a déclaré lundi que la présentation de M. Nétanyahou et d’autres événements récents prouvent qu’il a « raison à 100 % » au sujet de l’Iran, sans confirmer pour autant qu’il va se retirer de l’accord de Vienne.

Le nouveau secrétaire d’État Mike Pompeo, qui a rencontré M. Nétanyahou en fin de semaine, a aussi donné crédit à la thèse d’Israël selon laquelle les documents révélés lundi « montrent que l’Iran a eu un programme nucléaire secret pendant des années ».

« Cela signifie que l’accord n’a pas été construit sur des fondations de bonne foi ou de transparence. Il a été bâti sur des mensonges iraniens », a-t-il commenté dans une déclaration publiée lundi.

Cette réaction n’est guère surprenante si l’on en croit les propos d’un haut responsable du gouvernement israélien, qui a déclaré à Reuters que les informations présentées par Israël avaient été exposées au préalable à l’administration Trump.

Selon lui, le premier ministre Nétanyahou avait soumis ces informations au président Trump en mars lors d’une visite à Washington.

Dans une série d’entrevues accordées à des chaînes américaines après sa présentation, Benyamin Nétanyahou a pour sa part assuré qu’il ne cherchait pas à entrer en guerre avec l’Iran, malgré les informations qu’il a distillées lundi.

« Nul ne cherche ce genre de développement », a-t-il notamment déclaré sur CNN.

Il a par ailleurs défendu la qualité des informations qu’il a diffusées lundi. « Personne n'est mieux renseigné qu'Israël sur l'Iran », a-t-il fait valoir.

Comprendre la crise nucléaire iranienne
Avec les informations de Agence France-Presse, et Associated Press

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !