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Possibilité d'exploration pétrolière dans une zone fermée pour protéger la faune

Éventail de mer orange au fond de l'eau.
Plusieurs espèces de gorgones, ou éventails de mer, vivent en Atlantique, au large de Terre-Neuve. Photo: Getty Images / scubaluna
Radio-Canada

L'Office Canada/Terre-Neuve et Labrador des hydrocarbures extracôtiers vient de lancer un appel d'offres pour l'exploration pétrolière dans une zone fermée à la pêche pour protéger la faune, une incohérence dénoncée par des scientifiques, des organismes et des pêcheurs.

En décembre, Pêches et Océans Canada annonçait l’interdiction de toute activité de pêche entrant en contact avec le fond dans le talus nord-est de Terre-Neuve (Nouvelle fenêtre), afin de protéger les coraux et éponges d'eau froide qui vivent dans cette zone de 46 833 kilomètres carrés.

Ceci faisait partie des engagements des libéraux fédéraux, qui ont promis de protéger 10 % des zones côtières et marines du pays d'ici 2020.

Au début du mois d'avril, l’Office Canada/Terre-Neuve et Labrador des hydrocarbures extracôtiers (C-NLOPB) a lancé un appel d’offres pour l’exploration pétrolière dans la même zone.

Carte indiquant où se trouve la zone fermée à la pêche au nord-est de Terre-Neuve.Coloré en orange, le talus nord-est de Terre-Neuve. Photo : Pêches et Océans Canada

L'exploration pétrolière serait néfaste pour ces espèces

Les éponges et les coraux vivent dans le talus nord-est de Terre-Neuve, parce que les conditions y sont favorables, dit la biologiste Sally Leys de l’Université de l’Alberta.

Elle explique que ces éponges choisissent de s’établir dans des endroits où il y a suffisamment de courant pour assurer la circulation de l’eau, mais où il n’y a pas trop de turbulences.

Les éponges contribuent aussi à la filtration de l’eau, ajoute Mme Leys.

Mme Leys croit que la cible de 10 % de zones protégées promises par les libéraux fédéraux ne pourrait pas être reportée indûment.

La faune sera perdue dans cette région. Ces animaux ne se trouvent pas dans une autre zone.

Sally Leys, biologiste

Les sédiments qui sont soulevés durant la construction et les fluides qui s’écoulent des installations de forage contaminent les tissus des éponges, empêchant celles-ci de filtrer l’eau. Ceci étouffe pratiquement l’animal.

« Des études en Atlantique Nord démontrent qu’il existe de larges zones autour des lieux de forages où il n’y a pas d’espèces benthiques, et c’est probablement causé par les fluides qui s’échappent des forages », explique Sally Leys.

Les espèces benthiques, ou benthos, sont les organismes aquatiques qui vivent au fond ou près du fond des cours d’eau.

Les activités de pêche entrant en contact avec le fond déciment ces populations animales.

Rodolphe Devillers, un professeur de géographie à l’Université Memorial de Terre-Neuve qui se consacre aux océans, explique que les éponges et les coraux forment un habitat crucial pour les poissons. Ils agissent « comme les forêts pour les oiseaux », illustre-t-il.

Une situation qui pourrait survenir ailleurs

Le député libéral fédéral de St. John's-Est, Nick Whalen, défend cette ouverture envers l'exploration pétrolière.

« C’est parfaitement raisonnable que ces zones soient fermées à la pêche pour protéger les coraux d’eau froide et d’autres espèces, mais ouvertes pour le pétrole et le gaz », affirme-t-il.

Parce que la région pourrait contenir des ressources pétrolières dignes d’exploitation, croit M. Whalen, elle devrait être exclue des cibles du gouvernement fédéral, qui s’est engagé à protéger 10 % des zones côtières et marines du pays d'ici 2020.

Rodolphe Devillers devant une bibliothèque.Rodolphe Devillers, professeur de géographie à l’Université Memorial de Terre-Neuve. Photo : Université Memorial de Terre-Neuve

Pour Rodolphe Devillers, le mot « raisonnable » est « mal choisi ». Il concède que la situation est légale, car l'autorité que le gouvernement fédéral possède dans ce cas-ci est de fermer la pêche, mais Ottawa n'a pas de compétence sur l'exploitation pétrolière.

« C’est très difficile, parce que la gestion de l'industrie du pétrole a été rapatriée au niveau des provinces dans l'Atlantique », a expliqué M. Devillers à l’émission L’heure juste, mardi.

« À court terme, ça va prendre une discussion entre la province, dans ce cas-là Terre-Neuve, et le niveau fédéral », dit-il.

M. Devillers redoute maintenant que la même situation se produise ailleurs.

« Dans le golfe du Saint-Laurent et au large de la Nouvelle-Écosse, il y a des mêmes zones qui ont les mêmes types de régulations, et on risque de faire face aux mêmes problèmes », dit-il.

Un manque de planification et de communication

Le Fonds mondial pour la nature (WWF) au Canada déplore le manque de communication entre les ordres de gouvernement. La présidente du WWF-Canada, Megan Leslie, y voit « un cas de main gauche qui ne sait pas ce que la main droite fait ».

« Nous avons de la difficulté à comprendre pourquoi Pêches et Océans Canada crée un refuge pour la nature en décembre 2017, pour qu’ensuite le ministère des Ressources naturelles autorise l’extraction de pétrole et de gaz au même endroit quatre mois plus tard », dit Mme Leslie.

Keith Sullivan, le président du syndicat FFAW (Fish, Food and Allied Workers), dénonce quant à lui le fait que l’industrie pétrolière se voie donner accès à des zones auxquelles les pêcheurs ont renoncé.

Rodolphe Devillers propose un meilleur aménagement de l'espace marin, qui jouerait un peu le rôle de l'urbanisme sur la terre ferme. Il explique qu'à Saint-Jean de Terre-Neuve, certaines zones sont résidentielles et d’autres industrielles. « Nous n’avons pas cela dans l’océan », explique-t-il.

Le ministre fédéral des Pêches, Dominic LeBlanc, a indiqué en avril qu’il « surveillerait attentivement toute activité dans un refuge marin qui pourrait nuire aux poissons ou à leur habitat ».

Avec les informations de CBC

Terre-Neuve-et-Labrador

Faune marine