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Le prix de l’essence atteint des niveaux rarement vus

Entrevue avec Pierre-Olivier Pineau, professeur titulaire à HEC Montréal, spécialiste des politiques énergétiques.
Radio-Canada

Alors qu'en Colombie-Britannique le prix du litre d'essence ordinaire a franchi un record nord-américain lundi, il a bondi de 12 cents dans la région de Montréal pour atteindre près de 1,48 $ mardi matin.

Cette nouvelle augmentation n’a cependant pas encore gagné les autres régions du Québec, où l’essence se vend en moyenne entre 1,28 $ et 1,35 $ le litre, selon le site Essence Québec.

Or, il n’y a pas qu’au Québec que le prix de l’essence s’envole. À Vancouver, il a atteint lundi un record de tous les temps en Amérique du Nord, à près de 1,61 $ le litre. Le précédent record avait été établi à Los Angeles en 2008.

Une enseigne affiche le prix de l'essence.Lundi, le prix du litre d'essence frôlait 1,61 $ à Vancouver, en Colombie-Britannique. Photo : Radio-Canada

Quant aux prix les plus bas, on les retrouve au Manitoba, en Saskatchewan et au Nouveau-Brunswick où le litre d'ordinaire oscille entre 1,13 $ et 1,18 $.

Mardi, le prix moyen du litre d’essence ordinaire était de 1,33 $ au Canada. L’an dernier à pareille date il était de 1,11 $.

Les consommateurs premiers responsables de la flambée des prix

Une famille assise dans l'arrière d'un véhicule utilitaire sport sur le bord de l'océan.La popularité des VUS est toujours en hausse au Canada. Photo : iStock

Selon le professeur titulaire aux HEC, Pierre-Olivier Pineau, spécialiste des politiques énergétiques, l'appétit grandissant des consommateurs canadiens pour les véhicules automobiles, les gros véhicules surtout, est le principal facteur à l'origine de la montée des prix du carburant au pays.

Pour M. Pineau l'équation est simple, le parc automobile ne cesse de croître au Canada année après année et l'engouement des gens pour des véhicules de plus en plus gros fait en sorte que la demande pour les produits pétroliers est de plus en plus grande ce qui augmente la rareté et donc le prix de l'essence au pays.

En 2017, les ventes d’essence ont battu le record. On n’a jamais vendu autant d’essence qu’en 2017 au Québec.

Pierre-Olivier Pineau, professeur titulaire aux HEC, spécialiste des politiques énergétiques

Moins de stations-service

Cette demande stimulée par l'appétit croissant des Canadiens pour les gros véhicules s'ajoute à une diminution observée du nombre de stations-service au pays qui font en sorte que l'offre est plus limitée alors que la demande, elle, explose.

« À chaque trois ans, la Régie de l’énergie du Québec fait la recension des stations-service et on constate qu’au Québec, il y a de moins en moins de stations-service », souligne Pierre-Olivier Pineau.

La valeur des terrains réduit le nombre de stations-service

Outre les nombreuses acquisitions de stations-service par les grandes bannières observées ces dernières années, l'augmentation de la valeur des terrains où sont établies les stations-service fait aussi en sorte qu'il y a davantage de fermetures, donc moins de concurrence, souligne Piere-Olivier Pineau. C'est notamment le cas à Vancouver, où la valeur des terrains est très élevée. 

Étant moins nombreux et de plus en plus concentrés sous le joug de grandes bannières, les détaillants exercent ainsi un contrôle plus important sur les prix, même s'il n'y a pas nécessairement de collusion entre eux, souligne Pierre-Olivier Pineau.

« D’un côté, moins de stations-service, de l’autre côté beaucoup de véhicules, l’économie va bien, les salaires ont monté ces 10 dernières années. Les gens ont acheté de gros véhicules à 40 000 dollars, ça leur donne moins de flexibilité et les pétrolières en profitent », ajoute l'expert.

C’est au moins à 50 % de notre faute, parce que ce n’est pas que l’offre qui diminue, il y a surtout la demande qui est très très forte.

Pierre-Olivier Pineau, professeur titulaire aux HEC, spécialiste des politiques énergétiques

Plus globalement, la valeur du dollar canadien, qui est en moyenne 25 % moins élevée que le dollar américain, affecte aussi le prix de l’essence, car les raffineurs canadiens achètent le pétrole brut en dollars américains et le revendent en dollars canadiens qui a une valeur moins élevée, ajoute Pierre-Olivier Pineau.

Comme des moutons

En ce qui a trait aux fluctuations quasi quotidiennes des prix, Pierre-Olivier Pineau explique que les détaillants se comportent davantage comme des moutons dans la mesure où dès que l'un d'eux décide d'augmenter ou de réduire ses prix, tous les autres suivent rapidement sans se poser de question pour ne pas perdre l'avantage commercial face à leurs concurrents.

Bien entendu, la concurrence n'opère pas qu'avec des prix à la baisse. Les détaillants n'hésitent pas à augmenter leurs prix lorsque leurs concurrents le font. Leur but est tout de même de faire le plus d'argent possible, rappelle M. Pineau.

Plus cher dans les grandes villes

C'est un fait bien connu, les prix sont souvent beaucoup plus élevés dans les grands centres urbains qu'en périphérie alors que logiquement, ça devrait être l'inverse puisqu'on compte davantage de stations-service dans les grandes villes.

Or, ce n'est pas tout à fait le cas, explique Pierre-Olivier Pineau. Selon lui, les consommateurs des villes constituent une clientèle captive et très nombreuse de surcroît, ce qui fait augmenter la demande localement et incite les pétrolières à demander davantage pour leurs produits.

« Dans les grandes villes comme Vancouver et Montréal, on est dans un marché où il y a moins de stations-service qu’ailleurs [par rapport au nombre de citoyens], moins de concurrence. S’il n’y a qu’un ou deux vendeurs, c’est plus facile d’augmenter les prix en sachant que la demande est là », ajoute M. Pineau.

C’est un peu comme quand vous allez au Centre Bell et que vous payez votre bière 10 $. Vous faites deux coins de rue et votre bière est maintenant beaucoup moins chère.

Pierre-Olivier Pineau, professeur titulaire aux HEC, spécialiste des politiques énergétiques

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