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Baleines noires : des mesures pas toujours fondées selon des chercheurs

Cette baleine noire femelle, âgée de deux ans, est morte empêtrée dans de l'équipement de pêche.
Cette baleine noire femelle, âgée de deux ans, est morte empêtrée dans de l'équipement de pêche. Photo: Radio-Canada / CBC/Shane Fowler
Radio-Canada

Les actions qu'Ottawa a adoptées pour protéger les baleines noires ne sont pas toujours fondées scientifiquement, selon certains chercheurs. Ils dénoncent les forages pétroliers que le gouvernement a autorisés au large de la Nouvelle-Écosse et s'interrogent sur l'effet qu'aura la fermeture d'une zone statique.

Un texte d'Héloïse Bargain

Sur les quais de la Péninsule acadienne, une expression revient souvent dans la bouche des pêcheurs : celle de « prison à baleines ». Elle désigne le carré jaune qu’Ottawa a fermé à la pêche au crabe et au homard le 28 avril. Les pêcheurs comptent poser leurs casiers tout autour de cette zone riche en crabes et redoutent que les baleines s’empêtrent dans leurs cordages.

« Si les baleines doivent rejoindre cette zone, je crains qu’elles se heurtent à un rideau de cordages et je crains que le risque soit plus élevé », affirme Jean-Claude Brêthes, professeur en océanographie biologique à l'Université du Québec à Rimouski et titulaire de la chaire UNESCO en analyse intégrée des systèmes marins.

Carte représentant la zone protégéePêches et Océans Canada a imposé la fermeture de cette zone à partir du 28 avril aux pêcheurs de crabe et de homard. Les points sur la carte représentent les endroits où des baleines noires ont été vues l'an dernier. Photo : Radio-Canada

Une inquiétude aussi partagée par la chercheuse en écologie des mammifères marins et PDG de M-Expertise Marine, Lyne Morissette. « On va avoir autant de casiers, mais dans un autre secteur [...] où le risque de chevauchement entre les baleines et les pêcheurs est plus élevé. »

Pour elle, la solution aurait été de réduire le nombre de casiers ou de permettre aux pêcheurs de sortir même si la glace n’avait pas fondu dans tous les quais.

Les baleines arrivent plus tard

La directrice du Centre d’éducation et de recherche de Sept-Îles, Anik Boileau, affirme toutefois que le risque d’empêtrement de baleines reste très minime, car leur migration s’effectue généralement en juin.

Deux baleines noires dans l'eauLes baleines noires migrent surtout à partir de juin, selon des chercheurs. Photo : NOAA

Pourquoi avoir fermé une zone en avril si les baleines n’arrivent qu’en juin? À cette question, elle répond qu’Ottawa a agi sans doute pour des raisons politiques. « Cela permet d'envoyer un signal très clair aux États-Unis et de leur montrer que c'est très important pour nous de mettre des choses en place. »

Forages pétroliers : deux poids deux mesures

Lorsqu'on aborde la question des forages pétroliers que le gouvernement vient d'autoriser au large de la Nouvelle-Écosse, les trois chercheurs ne manquent pas de qualificatifs : les « illogique », « incohérent » et « très inquiétant » fusent.

On met des bâtons dans les roues des pêcheurs qui pourraient être de très bons alliés pour protéger l’espèce, alors que pour les pétrolières tout est plus facile.

Lyne Morissette

Anik Boileau s'inquiète des déversements de pétrole que les forages pourraient occasionner et de la pollution sonore que l'activité engendrera.

La chercheuse explique que les bruits que feront les explosions sous-marines perturberont la recherche de nourriture des baleines et la communication avec leurs congénères.

« Il y a une question hiérarchique là-dedans. Dans le fond, le pétrole est plus important. Ensuite, ça ira pour le crabe et puis pour la baleine. Encore là, ça semble être très politique », conclut-elle.

Les entreprises de forage soumises à un examen

Le ministre des Pêches et des Océans, Dominic LeBlanc, rejette toutefois ces affirmations. Les mesures de protection des baleines ont ciblé jusqu'ici la pêche et le transport maritime, selon lui, parce que les enquêtes ont démontré que ce sont ces deux activités qui étaient responsables de la mort d'un grand nombre de ces mammifères marins, l'an dernier.

plate-forme pétrolièreLes forages en mer sont soumis à une étude d'impact environnemental, rappelle le ministre LeBlanc. Photo : Radio-Canada

Les projets d'exploration pétrolière ou gazière, dit-il, sont soumis à des études d'impact environnemental. Si ces études mettaient en évidence un risque pour les mammifères marins, les promoteurs ne recevraient pas les autorisations nécessaires, assure le ministre.

« Moi je n’autoriserai pas, de par la Loi sur les pêches - et ça leur prend un permis sous la Loi sur les pêches - [l’exploration pétrolière] aussi longtemps que je suis convaincu que cette activité-là aura un impact sur la survie des baleines », a-t-il dit en entrevue à l'émission Le Réveil Nouveau-Brunswick de Radio-Canada Acadie.

Nouveau-Brunswick

Protection des écosystèmes