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Faire face à la hausse du prix de l'essence : il y a des solutions!

Une personne tient le pistolet d'une pompe à essence qui est inséré dans l'entrée du réservoir de sa voiture.
C'est vivre dans le déni que de croire que le prix de l'essence va diminuer, mais il existe des solutions dès maintenant, nous dit Gérald Fillion. Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

Le citoyen, qui doit se rendre du point A au point B pour aller travailler ou conduire ses enfants à la garderie, a tout à fait raison de ne pas vouloir payer plus cher son essence. Il a raison de critiquer les hausses intempestives du lundi soir à Montréal et les hausses printanières qui reviennent comme les inondations. Il a raison de dire que l'essence est un poids financier important dans sa vie.

Une analyse de Gérald Fillion

De fait, l'essence est une charge importante dans le portefeuille d'une majorité de ménages.

L’objectif d’une taxe dissuasive n'est pas d'augmenter les charges fiscales des automobilistes. Son objectif, c'est de faire changer un comportement pour éviter que cette taxe, finalement, soit payée.

En ce moment, les taxes imposées sur le carburant, qui représentent la moitié du prix du litre d’essence, ne modifient pas les comportements des automobilistes. Au contraire, les ventes de véhicules augmentent, les gros véhicules deviennent la norme, la consommation d’essence est en progression.

Le prix actuel de l’essence, même si certains le trouvent élevé, ne ralentit donc aucunement les ventes de carburant et les achats de camionnettes et véhicules utilitaires sport.

Donc, en réalité, les taxes actuelles ne servent essentiellement qu’à remplir les coffres de l’État. La taxation de l’essence n’est pas dissuasive.

La tarification du carbone n'a pas d'effet

Or, une tarification du carbone plus élevée, qui entraînerait une hausse importante du prix de l’essence, pourrait avoir un effet réel sur les types de véhicules achetés et la fréquence de l’utilisation. Non seulement le consommateur changerait son comportement, mais les fabricants seraient portés à miser davantage sur des véhicules moins énergivores. Les décisions récentes de Ford et de GM vont très exactement dans le sens contraire.

Dans les faits, toutefois, au Canada, il est prévu que la tarification du carbone va augmenter. Le ministère de l'Environnement a publié une analyse qui indique que la hausse de la tarification du carbone de 10 $ à 50 $ la tonne, de 2018 à 2022, entraînera une réduction de 80 à 90 mégatonnes de carbone.

Pourquoi? Parce qu'on prévoit un changement de comportement chez les automobilistes. Nous savons déjà que le prix de l’essence va continuer d’augmenter. Et c'est donc vivre dans le déni que de croire que l’essence va coûter moins cher. Ce jour viendra peut-être… quand on n’aura plus besoin d’essence pour nourrir son véhicule!

Il y a des solutions

En attendant, pour éviter de payer ces taxes, il y a des solutions qui ne s’appliquent pas qu’aux résidents du Plateau-Mont-Royal avec les bixis et le métro! Ces solutions passent cependant par une certaine modification de la conception de la liberté.

La Commission de l’écofiscalité du Canada et plusieurs autres études ont proposé des dizaines de mesures pour rendre la tarification du carbone efficace et éviter qu'elle n'augmente les charges fiscales des citoyens.

Parmi les solutions individuelles :

  • là où c'est possible (et il est évident que ce n'est pas possible en plusieurs endroits), réduire l’utilisation de son véhicule pour utiliser davantage les transports en commun;
  • là où c'est possible (j'insiste : là où c'est possible), utiliser davantage son vélo ou encore marcher, les mois de beau temps ou quelques jours ici et là;
  • faire du covoiturage pour aller au travail, une option beaucoup plus largement accessible, partout;
  • se rapprocher de son travail, si c’est possible;
  • acheter un véhicule écoénergétique, plus petit, électrique, hybride; cette option deviendra de plus en plus intéressante;
  • revoir ses déplacements, l’utilisation de son ou ses véhicules, le nombre de véhicules dans la cour.

Il y a également plusieurs solutions collectives, qui devraient être sérieusement envisagées par les partis politiques qui nous demandent de voter pour eux le 1er octobre prochain :

  • instaurer des tarifications routières et mettre en place un grand nombre de voies sans tarification pour le covoiturage, à trois personnes ou plus par véhicule;
  • soutenir financièrement les personnes à faible revenu pour compenser le coût plus élevé de l’essence dû à la tarification du carbone;
  • soutenir financièrement les personnes qui ont réellement besoin d’une camionnette pour leur travail;
  • réduire d’autres charges fiscales pour compenser la hausse du prix de l'essence en raison de la tarification du carbone;
  • favoriser (comme le rabais de 8000 $ sur les véhicules électriques) l’achat de petits véhicules, électriques, hybrides; décourager l’achat de plus gros véhicules.

Taxer l’essence pour générer plus de revenus pour l’État n’est pas l’objectif de la tarification du carbone. Si on taxe davantage l’essence, il faut baisser les impôts des contribuables en retour ou investir dans l’économie, dans les énergies renouvelables et les innovations écoénergétiques.

Le directeur parlementaire du budget a d’ailleurs invité les provinces à mieux « recycler » les revenus de la tarification du carbone pour atténuer les conséquences économiques négatives et favoriser l’effet positif sur l’environnement.

Le but n'est pas de priver qui que ce soit du bonheur ou de l'obligation de conduire son véhicule pour aller au travail. L'objectif est d'optimiser ce choix pour le rendre plus en phase avec les objectifs que nous devons atteindre en matière environnementale, pour nous et les prochaines générations.

Gérald Fillion

Transports

Économie