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  • Exclusif
  • Protection de la baleine noire : menace d'embargo sur des fruits de mer canadiens

    Menace d'embargo sur les fruits de mer canadiens
    Radio-Canada

    Le ton monte pour protéger les baleines noires. Un groupe de sénateurs américains demande une enquête pour déterminer si les pêcheurs canadiens sont soumis aux mêmes normes de protection des mammifères marins que leurs confrères américains. Les sénateurs brandissent même la menace d'un embargo sur les fruits de mer canadiens.

    Un texte de Louis Mills

    Onze sénateurs signent une lettre expédiée la semaine dernière à la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA). Ils concluent en disant que NOAA devrait envisager d’interdire l’importation des produits marins pêchés par les flottilles qui sont dommageables pour les mammifères marins.

    Les sénateurs concèdent que Pêches et Océans Canada a adopté des mesures ces derniers mois pour réduire le risque de collisions entre des bateaux et des baleines noires, ainsi que l’empêtrement de ces dernières dans des cordages de pêche.

    Des 12 baleines noires qui sont mortes dans le golfe du Saint-Laurent l’an dernier, au moins deux s’étaient prises dans des cordages de pêche.

    Des normes américaines plus élevées?

    Les sénateurs se demandent toutefois si les mesures canadiennes sont à la hauteur de celles qui sont en vigueur aux États-Unis.

    Ils notent par exemple que depuis une dizaine d’années les pêcheurs américains sont tenus de faire usage de lignes de pêche qui ne restent pas en surface, d’attacher plusieurs casiers à leurs bouées et de respecter des zones de fermeture.

    En outre, les pêcheurs collaborent « intensément » à des expériences pour réduire encore plus leur impact sur les baleines noires, écrivent les sénateurs, comme la mise à l’essai de lignes de faible résistance, qui permettent aux mammifères de s’échapper s’ils s’y empêtrent.

    Schéma de nouveaux engins de pêche, moins dangereux pour les baleinesUn institut de recherche au Massachusetts développe des engins de pêche qui seront moins dangereux pour les baleines noires. Photo : Woods Hole Oceanographic Institution

    Les mesures canadiennes

    Au Canada, le ministère des Pêches et des Océans a imposé plusieurs mesures aux crabiers pour prévenir la mortalité de baleines noires.

    Ils doivent notamment réduire la quantité de cordages qui flottent à la surface, déclarer la perte d’engins de pêche et respecter des zones d’exclusion dans le golfe du Saint-Laurent, l’une fixe et d’autres qui pourraient être créées pendant la saison au gré de l’observation de baleines.

    Pêches et Océans Canada a annoncé la semaine dernière que les zones d’exclusion s’appliqueraient aussi aux homardiers.

    Carte représentant la zone protégéeCrabiers et homardiers devront respecter une zone d'exclusion ce printemps, parce qu'un grand nombre de baleines noires y a été observé l'an dernier. Photo : Radio-Canada

    Des flottilles exemptées

    Or, les sénateurs américains - qui ont rédigé leur lettre avant l’annonce des mesures qui touchent les homardiers - affirment que le Canada n’a pas ratissé assez large. Ils croient que d’autres flottilles de pêche - comme les pêcheurs de maquereau ou de buccin - devraient être assujetties aux restrictions parce qu’elles peuvent aussi avoir un impact sur les baleines noires.

    Ils reprochent aussi au gouvernement canadien de ne pas avoir imposé aux pêcheurs des filets qui offrent peu de résistance et des lignes à casiers multiples, déjà exigés des pêcheurs américains.

    Ils demandent à la NOAA d’ouvrir immédiatement une enquête sur les mesures canadiennes et de faire rapport d’ici le 15 septembre.

    Un règlement américain qui s'applique aux pays étrangers

    L’agence américaine a déjà adopté un règlement qui l’oblige à évaluer les normes de conservation des mammifères marins des pays qui exportent des produits marins aux États-Unis. Ce règlement donnait cependant cinq ans à ces pays, à partir du 1er janvier 2017, pour démontrer que leurs normes sont comparables à celles des États-Unis.

    Les sénateurs estiment urgent que la NOAA examine les normes canadiennes dès maintenant à cause de la situation alarmante des baleines noires. Dix-sept d’entre elles sont mortes l’an dernier le long de la côte est de l’Amérique du Nord et on estime qu’il n’en reste plus que 450 environ dans le monde.

    Onze sénateurs américains sont signataires de la lettre.Onze sénateurs américains sont signataires de la lettre, dont Radio-Canada a obtenu copie. Photo : Radio-Canada

    Des sénateurs influents comptent parmi les signataires de la lettre, dont Elizabeth Warren, une élue considérée comme présidentiable.

    Le gouvernement du Canada au courant

    Lors d'un point de presse à Moncton vendredi dernier, le ministre des Pêches du Canada, Dominic LeBlanc, a affirmé être au courant des pressions exercées « en haut lieu » aux États-Unis pour faire appliquer le règlement de la NOAA dès cette année plutôt qu'en 2022. « Les pressions s'accentuent aux États-Unis et ailleurs dans le monde en faveur d'un examen des pêches canadiennes à la lumière de la mort des baleines noires de l'Atlantique l'an dernier », a-t-il déclaré.

    C'est pour cette raison, a-t-il dit, que son gouvernement a maintenu des mesures de protection jugées trop sévères par les pêcheurs canadiens.

    Selon Gilles Thériault, directeur général de l'usine de transformation de produits marins McGraw Seafood, à Tracadie, cette lettre démontre que les pêcheurs n'auront d'autre choix que d'accepter des mesures sévères de protection des baleines noires. « On va tout faire pour protéger les baleines nous aussi. On veut cohabiter avec les baleines, on ne veut pas les chasser », affirme M. Thériault.

    Avec des informations de Nicolas Steinbach.

    Nouveau-Brunswick

    Protection des écosystèmes