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Le visa américain qui mène les demandeurs d’asile au Canada

Des demandeurs d'asile franchissent chaque jour la frontière canadienne illégalement par le chemin Roxham, près de Hemmingford, au Québec.

Photo : La Presse canadienne

Radio-Canada

La grande majorité des 6300 personnes interceptées par la Gendarmerie royale du Canada (GRC) pour être entrées illégalement au Canada depuis le 1er janvier sont des Nigérians qui ont d'abord transité du côté américain grâce à un visa de touriste. Et ils ne sont pas près de changer de route.

Quelque 5600 de ces personnes sont arrivées au pays par le chemin Roxham, dans le sud du Québec, à proximité duquel des ouvriers s’activent ces jours-ci à construire un bâtiment en acier isolé et chauffé. Ce sera plus confortable pour les demandeurs d’asile, indique la GRC, car ils n’auront plus à grimper dans une roulotte pour les contrôles d’identité et la prise d’empreintes digitales.

Des ouvriers s'affairent à construire un bâtiment qui servira à accueillir les demandeurs d'asile, à deux pas du chemin Roxham, que l'on peut apercevoir entre les deux blocs de béton, à gauche et à l'arrière du bâtiment en construction.

Des ouvriers s'affairent à construire un bâtiment qui servira à accueillir les demandeurs d'asile, à deux pas du chemin Roxham, que l'on peut apercevoir entre les deux blocs de bétons, vers la gauche de l'image.

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

Mais pourquoi ces personnes transitent-elles par les États-Unis avant de franchir la frontière de façon irrégulière?

L’avocat Stéphane Handfield, spécialisé en droit de l'immigration, explique que le gouvernement canadien tient une liste assez exhaustive de pays dont on exige des citoyens qu’ils obtiennent un visa pour entrer au Canada.

« Étonnamment, pour certains pays, surtout des pays africains, c’est très, très, très difficile, dit-il. On doit convaincre l’agent des visas qu’on est un véritable visiteur, qu’à la fin de son droit de séjour de six mois on va quitter le Canada. »

Il y a plusieurs conditions à remplir, poursuit Me Handfield. Les agents d’immigration évaluent plusieurs situations, plusieurs éléments, comme l’historique de voyage du demandeur ainsi que son emploi, sa famille et ses avoirs dans son pays d’origine.

L'avocat Stéphane Handfield.

L'avocat Stéphane Handfield

Photo : Radio-Canada

On veut s’assurer que votre vie est dans votre pays et que si on vous donne un droit de visiter le Canada, vous allez retourner dans votre pays d’origine au bout de maximum six mois.

L'avocat Stéphane Handfield

Actuellement, cette liste comprend des pays comme le Qatar, la République centrafricaine, la Russie, les Seychelles, le Sri Lanka… et le Nigeria.

Me Handfield est d’avis que les agents américains accordent des visas de touriste de façon plus permissive, puisqu’il est beaucoup plus difficile d’obtenir le statut de réfugiés aux États-Unis.

Le gouvernement canadien, par l’entremise de son ministre de l’Immigration Ahmed Hussen, a bien demandé, cette semaine, aux États-Unis d’être plus sévères avant d’accorder un visa. C’était la deuxième demande en ce sens après une première tentative de Ralph Goodale, l’an passé.

« Manifestement, ça ne fonctionne pas, observe Stéphane Handfield. Les gens continuent d’arriver de façon assez importante. »

Un chemin « maintenant mondialement connu »

Ces demandeurs d’asile entrent de façon irrégulière au Canada en raison de l’entente sur les tiers pays sûrs en vigueur depuis décembre 2004, insiste Me Handfield.

« Le chemin Roxham est maintenant mondialement connu. Si quelqu’un veut venir au Canada pour demander le statut de réfugié et que cette personne ne rencontre pas les critères d’exception de l’entente sur les tiers pays sûrs, elle sait où se présenter. D’ailleurs, les passeurs et les chauffeurs de taxi les conduisent directement au chemin Roxham », explique-t-il.

Depuis plus d’un an, ce spécialiste du droit de l’immigration exhorte le gouvernement fédéral à suspendre l’entente « pour amener les gens à ne plus utiliser de passeurs, pour les amener à se présenter directement à un poste frontalier où ils seront pris en charge immédiatement par les services frontaliers ».

Il veut, en somme, leur permettre de cesser de rentrer au pays de façon irrégulière.

Avant l’entrée en vigueur de l’entente, beaucoup de communautés avaient l’habitude de franchir les postes frontaliers en Ontario, au Manitoba, en Alberta, en Colombie-Britannique. Depuis l’entente, les gens n’ont pas le choix, ils doivent passer par les États-Unis pour franchir la frontière.

L'avocat Stéphane Handfield

Selon les termes de l’article 10 de l’entente, Justin Trudeau pourrait très bien suspendre l’entente, et ce, pour une période de trois mois, à la suite de quoi il pourrait de nouveau la suspendre.

Alors pourquoi ne le fait-il pas?

« C’est clair qu’il ne veut pas le faire, remarque Me Handfield. L’entente est l’objet d’une contestation devant la Cour fédérale et peut-être attend-il la décision du juge. Si l’entente est déclarée inconstitutionnelle, il n’aura pas à prendre de décision et pourra se retirer sans froisser les Américains. »

Que la cour décide ou non d’abolir l’entente, reste que le gouvernement fédéral devra tôt ou tard prendre une décision. « Peu importe ce qu’ils décident, ça fera des mécontents, explique l’avocat. Ils sont dans une situation fâcheuse. »

Les répercussions au Québec

Pendant que le débat politique stagne, les demandeurs d’asile continuent d’affluer sur le chemin Roxham.

À Montréal, les quatre centres d’hébergement temporaire sont actuellement occupés à 71 % de leur capacité.

Un processus de triage devait être mis en place cette semaine, avait indiqué Ottawa, afin d’orienter tout de suite vers l’Ontario les 40 % de demandeurs d’asile qui franchissent la frontière québécoise, mais qui souhaitent se rendre en Ontario.

Toutefois, cela n’a pas été fait.

Le gouvernement fédéral ne peut pas trier les demandeurs d'asile qui arrivent au Québec sans s'assurer que l'Ontario est prêt à les accueillir, a indiqué le ministre de l'Immigration, Ahmed Hussen, vendredi.

M. Hussen a ajouté que ses fonctionnaires sont encore « en train de rassembler les pièces du puzzle » et que le but est « de ne pas manquer son coup ».

Pour l’heure, donc, aucun demandeur d’asile ne sera transporté vers l’Ontario, comme on le prévoyait.

Avec les informations de Myriam Fimbry

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