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Comment le « Golden State Killer » a été rattrapé par son ADN

Joseph James DeAngelo a été officiellement inculpé pour meurtres avec circonstances aggravantes le 27 avril 2018.

Joseph James DeAngelo a été officiellement inculpé pour meurtres avec circonstances aggravantes le 27 avril 2018.

Photo : Associated Press / Rich Pedroncelli

Radio-Canada

Pendant 40 ans, le « Golden State Killer », tueur en série qui a terrorisé la Californie, est resté introuvable. Jusqu'à cette semaine : un suspect de 72 ans, Joseph James DeAngelo, a été arrêté, rattrapé par son ADN.

Joseph James DeAngelo a été officiellement inculpé vendredi pour meurtres avec circonstances aggravantes. L'ex-policier, interpellé mardi à son domicile de Citrus Heights et placé en détention dans la prison du comté de Sacramento, était présent vendredi au tribunal en combinaison orange, menotté à un fauteuil roulant, l'air somnolent.

Le juge lui a lu les chefs d'accusation liés au meurtre en 1978 de Katie et Brian Maggiore à Rancho Cordova, près de la capitale californienne, dans le nord de l'État.

Pour mettre la main sur l'auteur présumé de 12 meurtres et d'au moins 50 viols dans les années 1970 et 1980, les enquêteurs ont utilisé de l'ADN laissé sur les lieux des crimes, mais aussi des informations génétiques sur un membre de sa famille, trouvées sur un site Internet consacré à la généalogie.

« La réponse était, et allait toujours être, dans l'ADN », a dit la procureure du comté de Sacramento, Anne Marie Schubert.

Voici comment ont procédé les enquêteurs.

Le profil génétique du tueur

L'ancien policier Joseph James DeAngelo a été identifié comme étant le Golden State Killer, qui a terrifié la Californie dans les années 1970 et 1980Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'ancien policier Joseph James DeAngelo a été identifié comme étant le Golden State Killer, qui a terrifié la Californie dans les années 1970 et 1980

Photo : Twitter/Sacramento County Sheriff's Department

Anne Marie Schubert a rouvert l'enquête sur le Golden State Killer il y a deux ans, selon le New York Times.

Les enquêteurs ont commencé avec des échantillons d'ADN récoltés sur les lieux des crimes, et stockés depuis, pour établir le profil génétique du tueur présumé. Ils ont ensuite entré ce profil dans une base de données généalogique sur Internet pour tenter de trouver une correspondance.

Une compagnie basée en Floride, GEDmatch, a reconnu que sa base de données avait « été utilisée pour aider à identifier le Golden State Killer ».

Nous n'avons jamais été approchés par la police ou par qui que ce soit d'autre concernant cette affaire ou l'ADN.

L'entreprise GEDmatch

La compagnie a averti ses clients dans un communiqué que bien que son site soit consacré aux recherches généalogiques, leur ADN pouvait être utilisé pour « identifier des proches ayant commis des crimes ou en ayant été victimes », et qu'ils devraient effacer leur profil s'ils avaient des inquiétudes.

Bien que DeAngelo lui-même n'ait pas envoyé son ADN à l'un de ces sites, au moins un membre de sa famille éloignée l'a fait.

Les personnes ayant partagé leur profil génétique publiquement, les enquêteurs n'ont pas « eu besoin d'un mandat pour accéder à la base de données du site », a dit Paul Holes, un responsable du parquet à la retraite, au East Bay Times.

Le shérif du comté de Sacramento, Scott Jones, répond aux questions des journalistes après l'arrestation de Joseph James DeAngelo le 25 avril 2018. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le shérif du comté de Sacramento, Scott Jones, répond aux questions des journalistes après l'arrestation de Joesph James DeAngelo le 25 avril 2018.

Photo : Associated Press / Rich Pedroncelli

Arbres généalogiques

Le laboratoire de la police criminelle commence alors à explorer les arbres généalogiques en ligne semblant correspondre au profil génétique du suspect, cherchant des indices chez plusieurs individus.

Le 19 avril, les enquêteurs décident que DeAngelo pourrait être celui qu'ils cherchent, en raison de plusieurs facteurs : l'ADN, l'âge et le fait qu'il ait vécu dans la région où les crimes ont été perpétrés.

Ils placent donc sous surveillance la banlieue calme et arborée où vit DeAngelo et c'est alors, selon Mme Schubert, que des échantillons d'ADN « abandonnés » sont acquis.

La police n'a pas donné davantage de précisions sur ce qui a été exploité, mais il peut s'agir d'une canette, d'une brosse à cheveux ou de n'importe quel objet contenant de la salive, des cheveux, du sang ou tout autre fluide corporel du suspect.

Les experts comparent le nouvel échantillon d'ADN à celui récolté par le passé. C'est le même que celui trouvé sur les lieux de plus de dix meurtres. L'échantillon a fourni « la preuve accablante que c'était lui », a dit Mme Schubert, citée par le Sacramento Bee.

Mais pour en être encore plus sûre, elle demande aux services du shérif de collecter un second échantillon. Et « le deuxième échantillon fut la preuve irréfutable qu'il s'agissait de lui », a-t-elle dit.

DeAngelo, un ancien policier, a été arrêté devant chez lui cette semaine pour le meurtre de deux personnes en 1978 à Rancho Cordova, en Californie. Il sera certainement accusé d'autres crimes.

La fin du mystère sur l'identité du tueur est due à « la vraie convergence entre technologie de pointe et obstination des enquêteurs », s'est félicité le shérif du comté de Sacramento, Scott Jones.

L'enquête concernant le Golden State Killer a été rouverte il y a deux ans. À ce moment, les autorités policières ont rendu publics des croquis du présumé criminel.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'enquête concernant le Golden State Killer a été rouverte il y a deux ans. À ce moment, les autorités policières ont rendu public des croquis du présumé criminel.

Photo : Associated Press / Rich Pedroncelli

Cibler des personnes innocentes

La technique utilisée par les enquêteurs, qui consiste à comparer le profil génétique du suspect avec celui de membres de sa famille, a soulevé des questions éthiques au sein de la communauté médico-légale.

Avec cette méthode, les enquêteurs se servent de l’ADN laissé sur des pièces à conviction et contenu dans les bases de données des autorités et ils essaient de trouver un ADN similaire dans d’autres bases de données afin d’identifier des membres de la famille de la personne soupçonnée d’avoir commis le crime.

Certaines critiques affirment que ces tests d’ADN de type familial autorisent la recherche de personnes innocentes qui se trouvent être apparentées à un individu soupçonné d’avoir perpétré un crime. Les représentants des forces de l’ordre soutiennent que cette technique peut fournir aux enquêteurs des pistes précieuses.

En 2008, la Californie est devenue le premier État américain à autoriser ce genre de test. Depuis, cette technique a été utilisée dans au moins huit autres États.

Cette méthode a notamment mené à l’arrestation de Lonnie Franklin Jr., surnommé le « Grim Sleeper », un tueur en série qui a sévi dans la région de Los Angeles de 1985 à 2007.

Le bureau du shérif de Los Angeles s’en est aussi servi l’année dernière pour élucider le meurtre de l’ex-femme du chanteur des Righteous Brothers, Bill Medley, une affaire qui traînait depuis des décennies.

Des entreprises sceptiques

Ancestry.com a affirmé ne pas avoir reçu de requêtes judiciaires pour obtenir de l’information génétique au cours des trois dernières années. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Ancestry.com a affirmé ne pas avoir reçu de requêtes judiciaires pour obtenir de l’information génétique au cours des trois dernières années.

Photo : Reuters / George Frey

Les entreprises spécialisées dans les tests d’ADN disent se tenir loin des autorités policières.

Ancestry.com et 23andMe, deux des plus grandes entreprises spécialisées dans l'établissement de profils génétiques pour des clients qui fournissent des échantillons d’ADN, disent ne pas coopérer avec les forces de l’ordre, à moins de recevoir une ordonnance du tribunal.

Jeudi, ces entreprises ont dit ne pas avoir reçu de mandat de la cour dans l’affaire de Joseph James DeAngelo et ont précisé qu’elles n’étaient aucunement impliquées dans cette affaire.

Ancestry.com a affirmé ne pas avoir reçu de telles requêtes pour obtenir de l’information génétique au cours des trois dernières années.

Un porte-parole de 23andMe a déclaré que l’entreprise « n’a jamais fourni d'informations concernant ses clients aux agents des forces de l'ordre » et que sa plateforme ne permet pas la comparaison de données génétiques par une tierce personne.

Avec les informations de Agence France-Presse, et CBC

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