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Dans un monde près de chez vous

Quatre personnes vêtues chacune d'une combinaison discutent, dans une scène de la pièce «Alpha & oméga».
Une scène de la pièce Alpha & oméga Photo: Marlène Gélineau Payette
Franco Nuovo

Euh! Oui, euh! Je me gratte le fond de la tête. Vous voyez l'image? Mon visage perplexe, mes sourcils en points d'interrogation, mon menton bien calé entre le pouce et l'index de ma main droite? Les cheveux en bataille, les lunettes sur le bout du nez, le gros chien couché sous la bibliothèque qui, ne bougeant que les yeux, a l'air de se demander pourquoi, aujourd'hui, je suis si incertain, pourquoi j'ai l'air un tantinet embarrassé, ne sachant pas très bien ni où ni comment me lancer.

Pourtant je suis devant mon ordi, comme tous les vendredis matin, pour rendre compte de ce que j’ai lu, vu ou entendu, dans un bouquin, sur scène ou à l’écran. Jusque-là rien de particulier. Sauf que…

Sauf que, jeudi soir, je suis allé au théâtre. Plutôt banal, me direz-vous. Je suis allé à l’Espace libre voir une pièce produite par le Nouveau Théâtre Expérimental et Urbania, écrite par Christian Vanasse et adaptée d’une websérie dont, jusqu’à hier, je ne savais rien.

Tiens, gros chien, me voyant enfin taper sur mon clavier, vient de se relever pour mieux se laisser retomber et continuer à somnoler avec son cochon et son canard.

Alors, cette pièce! Le titre? Alpha et oméga. Je suis perplexe parce que bien qu’ayant fréquenté le Nouveau Théâtre Expérimental à plusieurs reprises au fil des ans, je n’imaginais pas que Daniel Brière et Alexis Martin se lanceraient dans la science-fiction, enfin, ce genre de science-fiction.

Ça ne va pas bien en 2040

Nous voilà donc en 2040. Eh oui, neuf ans plus tôt que dans Blade Runner. Le monde va mal. Normal. La crise à tous les niveaux : le climat, l’énergie, les ressources… Bref, l’enfer.

L’intelligence artificielle joue à la fin finaude, les cyborgs se prennent pour des humains et les humains, pour des sauveurs. Et pour sauver cette planète en péril, on envoie non pas dans l’espace, mais plutôt vers le centre de la Terre une équipe de scientifiques tout croches pour trouver le minerai susceptible de calmer les nerfs des humains, les bons comme les méchants.

Victor Trelles Turgeon, dans son rôle de mécano fier d'être exempt de toute technologie dans la pièce Alpha et Oméga.Victor Trelles Turgeon, dans son rôle de mécano fier d'être exempt de toute technologie. Photo : Espace libre/Marlène Gélineau-Payette

Et nous voilà plongés dans un monde qui se situe entre Perdu dans l’espace (ceux de ma génération comprendront) et Dans une galaxie près de chez vous (l’autre génération comprendra).

Bon, v’là que gros chien ronfle, rassuré probablement par le cliquetis de mon clavier.

Interactivité amusante

Ayoye! J’allais oublier l’essentiel : l’interactivité! Oui l’interactivité qui permet aux spectateurs via leur téléphone, en se branchant sur Omega.net, tout en utilisant le wi-fi du théâtre, d’influencer le déroulement des évènements. Pas banal, avouez! À nous, par exemple, de choisir une chanson de karaoké, à nous de déterminer l’ambiance romantique et le niveau de panique ou encore à nous de changer la fin si elle ne nous convient pas. Amusant.

Mais ces personnages, humains, cyborgs et même Domo, l’intelligence artificielle, campés dans un décor de carton-pâte et vêtus avec les restes du costumier de Radio-Canada auxquels on a rajouté des lumières de toutes les couleurs qui flashent, ces personnages, donc, nous entraînent dans un univers nourri par les inquiétudes de notre époque.

On les entend dénoncer l’abusive technologie ou la quête de subventions. Parce que, vous saurez, chers lecteurs, que même en 2040, l’État souffre à l’idée de financer la science et le savoir. Il y a aussi toujours cette guerre insoluble entre le privé « qui est aussi du vrai monde » et le public. Il y a les souvenirs, des « hasards qui ne sont que des nécessités chroniques », des gens normaux, « ordinairement générés », qui peuvent avoir de petits flirts avec les cyborgs. Eh oui, c’est possible!

Il y a l’intelligence artificielle, pur produit de l’amour de la connaissance, et « la science qui est devenue une pute qui se vend au plus offrant ». Il y a de la bière. Et, bien sûr, il reste le désir, la passion et l’amour avec un grand A, dans les yeux des amoureux, comme dans la chanson de Martine St-Clair.

Le doute à chaud et le plaisir à froid

Sur le coup et en quittant la salle, je n’étais pas trop certain que cette naïveté volontaire, au même titre qu’on parle de simplicité volontaire, m’ait plu.

Et voilà que ce matin, entre toutes mes hésitations, je me dois de reconnaître qu’il se dégage d’Alpha et oméga un plaisir enfantin. Entre vous et moi, les comédiens (Peter Batakliev, Christophe Payeur, Dominique Pétin, Jade-Măriuka Robitaille et Victor Andrés Trelles Turgeon) ont dû s’éclater, se payer quelques fous rires. Or, le ridicule ne tue pas…

Et tiens, pour terminer, permettez-moi d’emprunter une réplique à Philippe Noiret dans Alexandre le Bienheureux : « Allez, viens le chien… »

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