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Les cravates ne seront plus obligatoires pour les élus au conseil municipal de Montréal

La salle du conseil municipal de Montréal.
Les élus masculins de Montréal doivent pour le moment porter une cravate s'ils veulent siéger au conseil municipal. Photo: Radio-Canada / Romain Schué
Radio-Canada

Les élus masculins de Montréal n'auront bientôt plus l'obligation de porter une cravate durant les séances du conseil municipal. La commission de la présidence a décidé de moderniser cette enceinte en supprimant cette règle, selon les informations obtenues par Radio-Canada.

Un texte de Romain Schué

« Je suis ravi, c'est une petite victoire », affirme Marvin Rotrand, chef de Coalition Montréal.

Élu depuis 1982 dans l’arrondissement de Côte-des-Neige–Notre-Dame-de-Grâce, le conseiller de Snowdon avait demandé, en décembre, en compagnie du maire d’Anjou Luis Miranda, de revoir le code vestimentaire imposé aux élus de l’Hôtel de Ville.

Toronto, Winnipeg, Edmonton et Vancouver n’obligent pas les membres de leur conseil municipal à porter une cravate, avait soutenu Marvin Rotrand, au cours de l’assemblée montréalaise du 11 décembre dernier. Londres a également permis à ses élus de siéger sans cravate.

« Cette idée reflète une certaine époque, où l’on obligeait même les femmes à porter des jupes ou des robes. Finalement, cette pratique a changé en 1974, car certaines sont arrivées dans la salle en pantalon », reprend-il, en racontant l’histoire de Thérèse Daviau, ex-conseillère municipale, connue pour ses luttes féministes.

Avec cette obligation d'une cravate et d'un veston, Montréal se prenait pour un Parlement. Avoir une tenue "business friendly" sera peut-être un premier pas vers la fin des lignes de partis, avec des idées apportées dans un esprit plus décontracté.

Marvin Rotrand, chef de Coalition Montréal

Plus de libertés vestimentaires

Présidente du conseil municipal depuis le dernier scrutin électoral, Cathy Wong a saisi la balle au bond. « J’ai le désir de moderniser le conseil municipal », indique l’élue de Ville-Marie, devenue la première femme dans l’histoire de la métropole à occuper ce poste.

Après plusieurs rencontres avec les élus membres de la commission de la présidence, la décision a été prise de revenir sur ce règlement vestimentaire. Ce rapport sera déposé à l’ensemble des élus montréalais fin mai, au cours de la prochaine séance du conseil municipal.

Celui-ci, selon les informations obtenues par Radio-Canada, proposera une plus grande liberté vestimentaire aux élus.

« On prend le risque de remettre en question des choses prises pour acquises, explique la conseillère Christine Gosselin, membre de cette commission. L’habit est très codé, avec plein de jugements de valeur. »

« Les codes vestimentaires évoluent, tout comme les normes et les coutumes », ajoute Cathy Wong, qui souhaite « insérer de plus en plus des réflexions non binaires [relatives à des identités qui ne sont pas liées au genre féminin ou masculin] ».

Diversité mise en avant

Expliquant qu’un complet-cravate symbolise un style occidental, l'ex-présidente du Conseil des Montréalaises évoque la possibilité de voir des élus porter une tenue de leur pays d’origine.

« Peut-être qu’il y aura un jour un élu provenant du Sénégal qui voudra porter un boubou. Ou un élu d’origine chinoise avec un col Mao. Tous ces styles n’incluent pas la cravate », reprend Cathy Wong.

Citant l'exemple des Nations unies, où les représentants de chaque pays peuvent porter « des vêtements adaptés à leur culture, tout en respectant l'instance décisionnelle », Christine Gosselin veut « penser à la diversité ».

« La rigueur d'un uniforme est un peu superflue, ajoute-t-elle. Sans oublier que les femmes ont désormais une grande liberté pour s'habiller. Il y a maintenant un déséquilibre avec les hommes qui devaient mettre cet uniforme. »

Certains élus ont déjà tenté, par quelques touches, de sortir des sentiers battus.

Au cours de la dernière séance, le 23 avril, le conseiller de Verdun, Sterling Downey, dont le père est d’origine irlandaise, a par ailleurs porté un kilt, tout en glissant une cravate, cachée par sa barbe, sous son veston.

Le conseiller municipal Sterling Downey se tient debout.Le conseiller Sterling Downey a porté le tartan de Montréal lors de la séance du conseil municipal du 23 avril 2018. Photo : Radio-Canada / Romain Schué

« Porter la cravate est une tradition »

Ce nouveau règlement, qui sera prochainement en vigueur, ne séduit pas l’unanimité des élus. Président du conseil entre 2013 et 2017, Frantz Benjamin a tenu, en son temps, « au respect du décorum ».

L’élu de Saint-Michel a par exemple expulsé le conseiller Alex Norris, en octobre 2014, lorsque celui-ci était arrivé vêtu d’un polo à manches courtes. Ce dernier avait déjà été rappelé à l'ordre quelques années plus tôt en refusant de porter une cravate.

« Durant 95 % du temps, l’élu peut s’habiller comme il veut, mais pour moi, la salle du conseil a une importance symbolique forte. Nous venons dans cette enceinte pour voter des budgets, des sommes importantes et il faut éviter de donner une image de désinvolture. Porter la cravate est une tradition », explique-t-il.

Ce n’est pas une salle comme les autres. La salle du conseil est un lieu de dignité, de respect et de prestance. Être un élu est un privilège, pas un droit. Lorsque les élus sont dans cette salle, ils doivent avoir de la hauteur.

Frantz Benjamin, président du conseil municipal de 2013 à 2017

M. Benjamin précise néanmoins que la responsabilité de modifier ce code vestimentaire revient au président du conseil et qu’il respectera la décision prise. « Mais moi, je continuerai de porter un veston et une cravate », dit-il en souriant.

Pas de dérives

Cette nouvelle politique vestimentaire n'ouvrira cependant pas la porte à « des dérives », préviennent les élus de cette commission.

« C'est l'une de nos préoccupations, assure Cathy Wong. Je ne veux pas que des gens arrivent en gougounes ou en jogging. Il faut garder un style vestimentaire en lien avec la fonction. »

« On ne veut pas inciter une relâche », complète Christine Gosselin.

Cathy Wong veut ainsi voir « plus large ». « On veut proposer quelque chose qui va au-delà du port de la cravate, pour avoir une réflexion sur ce que ça signifie, un style vestimentaire pour un élu. Ça vient chercher nos valeurs, notre perception de la société. »

La cravate, avant, était un symbole de confiance, de crédibilité, mais maintenant, est-ce qu’elle représente vraiment les citoyens? Certains peuvent se dire que ces élus ne les représentent pas, puisqu’eux-mêmes n’en portent pas.

Cathy Wong, présidente du conseil municipal

Ce nouveau code vestimentaire, assure-t-elle, est promis à durer de longues années. « Ce débat revient souvent. On ne va pas statuer et en reparler chaque année, prévient-elle. C’est peut-être une décision pour les cent prochaines années. »

Grand Montréal

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