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La liberté de presse toujours en recul dans le monde

Radio-Canada

Le monde devient de plus en plus hostile aux journalistes, soutient Reporters sans frontières (RSF) dans son plus récent classement sur la liberté de presse. État des lieux.

Un texte de Ximena Sampson

Au cours de l’année écoulée, plusieurs pays ont sombré dans l’intolérance, réprimant et censurant les organes de presse. Parmi ceux ayant perdu le plus de points dans le classement :

  • le Cambodge, où une trentaine de médias indépendants ont été forcés à la fermeture et où des journalistes sont détenus arbitrairement;
  • le Venezuela, où des journalistes couvrant des manifestations antigouvernementales ont subi des attaques physiques, d’autres ont été arrêtés et des reporters étrangers ont été expulsés;
  • la Mauritanie, où le gouvernement a adopté un projet de loi faisant de l’apostasie et du blasphème contre Mahomet des crimes passibles de la peine de mort.

Variation de la liberté de presse entre 2016 et 2017

Carte du monde selon le degré de liberté de presse.

Variation de la liberté de presse entre 2016 et 2017.

Photo : Radio-Canada / Reporters sans frontières

Source : Reporters sans frontières

La version originale de ce document a été modifiée. Pour des raisons techniques, la version interactive de la carte n'est plus disponible.

Le classement de Reporters sans frontières (RSF) est basé sur une analyse qualitative prenant en compte des données comme le degré de pluralisme d’un pays et l’indépendance de ses médias, ainsi que sur le relevé des violences commises à l’encontre des journalistes.


Les régimes autoritaires sont encore les principaux responsables des violations à la liberté de presse. Arrestations, fermetures des médias indépendants, poursuites contre les journalistes... Les moyens ne manquent pas pour faire taire les voix critiques.

La Corée du Nord, l'Érythrée, le Turkménistan, la Syrie et la Chine occupent toujours les dernières places dans la liste. « Il n'y a pas de recul, parce qu'on ne peut pas aller plus bas dans le classement, mais on remarque que la situation s'aggrave », affirme Margaux Erwen, directrice de RSF pour l'Amérique du Nord.

Érosion du modèle européen

Mais ce qui inquiète le plus Reporters sans frontières, ce sont l’hostilité et la haine que professent clairement certains dirigeants à l’encontre des médias, même en Europe et aux États-Unis.

Depuis quelques années, de « plus en plus de chefs d’État démocratiquement élus voient la presse non plus comme un fondement essentiel de la démocratie, mais comme un adversaire pour lequel ils affichent ouvertement leur aversion », écrit RSF dans son communiqué.

Les attaques contre la légitimité des médias, le non-respect du secret des sources et les guerres contre les lanceurs d’alerte se généralisent.

Les deux présidents se serrent la main.

Le président tchèque sortant Milos Zeman serre la main de son homologue russe, Vladimir Poutine lors d'une visite en Russie, en 2017.

Photo : Reuters / Sputnik Photo Agency

« Dans les démocraties, la liberté de presse est de plus en plus menacée par le modèle de l’homme fort, qu’on trouve maintenant dans des pays traditionnellement plus respectueux de la liberté de presse et mieux situés dans le classement », soutient Margaux Erwen.

L’Europe reste la zone la plus libre du monde en ce qui concerne la presse, mais c’est aussi celle où la situation s’est le plus dégradée au cours de la dernière année.

Deux journalistes ont récemment été tuées à Malte et en Slovaquie, alors qu’elles enquêtaient sur des affaires de corruption.

En outre, en République tchèque et en Slovaquie, les insultes et les menaces contre les journalistes ont atteint des sommets, tandis qu’en Hongrie, en Croatie, en Serbie et en Albanie, « l’atmosphère » est jugée « nauséabonde » par RSF.

Un droit fondamental

Le discrédit jeté sur les journalistes par certains politiciens est d’autant plus dangereux qu’il percole jusqu’à la société civile, où se répand cette propension à « mépriser les médias », croit Claude Robillard, qui a été secrétaire général de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) de 1989 à 2014.

De plus en plus, les citoyens ont tendance à voir la liberté de presse comme l’apanage de journalistes, déplore-t-il, plutôt que comme un droit qui leur appartient. « C’est un droit fondamental que tout citoyen devrait défendre », affirme M. Robillard.

Il craint un manque de soutien de la population envers les journalistes, dans ce contexte d’attaques généralisées.

Celui qui ne défend pas la presse se brime lui-même dans sa liberté d’expression.

Claude Robillard, ex-secrétaire général de la FPJQ

Informer au péril de sa vie

Adela Navarro, directrice de l’hebdomadaire mexicain Zeta, à Tijuana, soutient que c’est justement cet appui du public qui la pousse à persévérer, malgré les multiples menaces.

Deux des cofondateurs de Zeta ont été assassinés, en 1988 et 2004, et le troisième a survécu à une tentative de meurtre en 1997. Mme Navarro elle-même a reçu plusieurs menaces de narcotrafiquants actifs dans la région.

« Notre travail est risqué, mais nous continuons, parce qu’il y a une société civile qui nous lit et qui veut savoir ce qui se passe réellement », affirme-t-elle.

Des gens tiennent des pancartes sur lesquelles est écrit : « Justice pour Javier » et « On ne peut pas tuer la vérité ».

Des Mexicains participent à une manifestation un mois après l'assassinat du journaliste Javier Valdez, qui enquêtait sur les cartels de la drogue, à Culiacan, dans l'État du Sinaloa, le 15 juin 2017. Javier Valdez a été tiré à bout portant en pleine rue, à Culiacan, le 15 mai 2017.

Photo : Getty Images / FERNANDO BRITO

Les gestes d'intimidation proviennent habituellement des cartels de la drogue, mais aussi parfois des autorités qui protègent les narcotrafiquants ou souhaitent cacher des cas de corruption.

Ces menaces peuvent être directes, mais « l’État a d’autres moyens d’attaquer les journalistes d’enquête », soutient Mme Navarro. Les fonctionnaires corrompus tentent notamment de les faire taire en réduisant les dépenses publicitaires que le gouvernement attribue aux organes de presse jugés contestataires ou encore en procédant à des vérifications fiscales abusives.

Et bien sûr, l’impunité qui règne sur les meurtres de journalistes a elle-même un effet dissuasif puissant. « Au Mexique, tu tues un journaliste et il ne se passe rien », conclut Adela Navarro.

Qu'en est-il au Canada?

Le Canada fait assez bonne figure, selon le classement de RSF. En 18e position, le pays a progressé de quatre places par rapport à 2017. C’est notamment l’adoption de la loi fédérale sur la protection des sources journalistiques, en octobre dernier, qui lui a permis de gagner des points.

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