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Des étudiants de McGill frustrés par la gestion des plaintes pour inconduites sexuelles

Des étudiants marchent sur le chemin principal menant à l'Université McGill.

Université McGill

Photo : Radio-Canada / Martin Thibault

Radio-Canada

Devant ce qu'ils décrivent comme l'inaction de l'administration face à des « comportements abusifs » et à de la « violence sexuelle » sur le campus, des étudiants de McGill se mobilisent. Depuis quelques semaines, leurs demandes font des vagues et ont même été entendues par la ministre de l'Enseignement supérieur.

Un texte de Djavan Habel-Thurton

La tension est palpable à l’Université McGill depuis la publication, le 4 avril dernier, d’une lettre ouverte critiquant la « mauvaise gestion » des plaintes visant des membres du corps professoral. Écrite par les membres du conseil exécutif de l’Association des étudiants de l’Université McGill (AEUM), elle a depuis été signée par 2400 personnes et 101 associations et groupes étudiants.

Le mercredi 11 avril, entre 500 et 1000 personnes ont manifesté devant le bâtiment de l’administration de McGill. De nombreux étudiants de Concordia gonflaient les rangs des manifestants qui demandaient, pour leur part, plus de représentation étudiante dans une enquête concernant des allégations d'inconduites sexuelles en cours dans cette autre université anglophone de Montréal.

Un grand groupe d'étudiants qui participent à une manifestation sur le campus de l'université McGill.

Manifestation étudiante du 11 avril 2018 à l'Université McGill.

Photo : Fanny Devaux

Dans un discours passionné, Connor Spencer, vice-présidente externe de l’AEUM, a posé un ultimatum à Suzanne Fortier, principale et vice-chancelière (rectrice) de McGill, et au reste de la direction de l’institution. Elle a exigé qu’une enquête indépendante concernant le traitement des plaintes soit lancée, sans quoi une requête formelle serait faite à la ministre de l’Enseignement supérieur, Hélène David, pour demander son intervention.

Connor Spencer, vice-présidente externe de l’AÉUM.

Connor Spencer, vice-présidente externe de l’AÉUM

Photo : Leah Hendry/CBC

Les activistes espéraient qu’en invoquant la nouvelle loi visant à prévenir et à combattre les violences à caractère sexuel, la ministre pourrait obliger l’administration à tenir une telle enquête.

La Loi visant à prévenir et à combattre les violences à caractère sexuel dans les établissements d’enseignement supérieur a été adoptée à l’unanimité par l’Assemblée nationale le 8 décembre 2017 et :

  • oblige les établissements à se doter d’une politique pour prévenir et combattre les violences à caractère sexuel avant le 1er janvier 2019;
  • requiert un compte-rendu officiel de l’application de cette politique;
  • permet au ministère d’obliger un établissement à respecter ses obligations.

Puis, le 16 avril, dans une lettre ouverte adressée à l’administration, 148 professeurs de McGill ont offert leur appui au mouvement étudiant et pressent l’université d’interdire les relations sexuelles entre étudiants et membres du corps professoral ayant une influence sur leur parcours.

Tout comme l’AEUM, ces professeurs insistent sur la tenue d’une enquête indépendante. « Le manque de transparence dans le processus de traitement des plaintes contre des membres du corps professoral abusant de leur position de pouvoir crée un environnement de travail et d'apprentissage toxique et impose un fardeau invisible sur les autres membres des facultés », peut-on lire dans le document.

Une intervention ministérielle demandée

La menace émise par les étudiants lors de la manifestation a été mise à exécution le 17 avril : l'AEUM a demandé à la ministre responsable de l'Enseignement supérieur, Hélène David, d’imposer une enquête indépendante à l’Université McGill. Les signataires ont aussi émis le souhait d’organiser une rencontre avec la ministre pour discuter de la situation.

Dès le lendemain, l’administration de McGill acceptait de rencontrer les leaders étudiants. Malgré une certaine tension, un dialogue fut établi entre les deux parties. La direction a alors proposé de s’entretenir avec les représentants étudiants toutes les deux semaines au sujet du traitement des plaintes pour violences à caractère sexuel. Dans un communiqué, l’Université affirme que « toutes les parties partagent un objectif commun: s’assurer que le campus soit et demeure sécuritaire pour tous les membres de la communauté. »

Le ministère semble être satisfait des derniers développements. « L'association étudiante nous a envoyé sa lettre, mais a ensuite pu rencontrer l’administration. La ministre ne sera jamais fermée à l’idée de rencontrer des étudiants, mais en ce moment c’est un processus qui semble bien se faire à l’interne », affirme Dussault Turcotte, directrice des communications du cabinet de la ministre responsable de l'Enseignement supérieur, Hélène David.

Du côté de l’AEUM, on a plus de réserves. « En ce moment, l’administration propose des initiatives positives pour l’avenir », affirme Connor Spencer. « On a cependant besoin de savoir ce qui sera fait concernant les enquêtes sur les plaintes passées, qui, selon nous, ont été bâclées. »

Grand Montréal

Société