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Punaises de lit, détresse psychologique et stress financier

Gros plan sur une punaise de lilt
À Montréal en 2017, plus de 40 000 personnes ont été aux prises avec des punaises de lit. Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

Nous ne sommes pas égaux devant les punaises de lit. Si les propriétaires s'en débarrassent rapidement, c'est une autre histoire pour les locataires. Parfois, ils doivent cohabiter avec les punaises de lit pendant de longs mois, voire des années. Et cette situation peut créer des problèmes de santé mentale.

Un texte de Claire Frémont, de La facture

À Montréal en 2017, plus de 40 000 personnes ont été aux prises avec des punaises de lit. Pour les propriétaires, c’est un ménage sur 125. Pour les locataires, c’est un ménage sur 20. Il y a six fois plus de risques d’avoir des punaises de lit si on est locataire.

Isabelle Dionne en sait quelque chose. La vie de cette jeune artiste de rue a basculé quand elle a déménagé dans un immeuble à loyer modique.

Après quelques semaines, elle a découvert que son appartement était infesté de punaises de lit. Elle a averti les administrateurs de son immeuble, qui ont fait désinfecter son logement.

Même problème de punaises de chez la famille Ebrahimi, qui loue un appartement. Le propriétaire, après avoir été mis au courant de l’infestation, a procédé à une extermination.

Isabelle Dionne et les Ebrahimi ont tout nettoyé et tout lavé.

Isabelle DionneIsabelle Dionne Photo : Radio-Canada

Tout ce que tu touches, tu le mets dans un sac, tu vas le laver. Le lit, même affaire, il faut le laver chaque jour.

Isabelle Dionne

Malgré tout, dans les deux appartements, au bout de quelques semaines, les punaises sont revenues, plus nombreuses que jamais.

Annie Lapalme, directrice de l’association des locataires de Côte-des-Neiges, explique que tant le Code civil que le règlement sur la salubrité de la Ville de Montréal mentionnent qu’un logement doit être dépourvu de toute forme de vermine comme les punaises de lit. Mais, explique-t-elle, n’importe qui peut s’improviser exterminateur.

Un des gros problèmes, c’est que le règlement de la Ville ne stipule pas quelle doit être la qualification de la personne qui fait l’extermination.

Annie Lapalme, de l’association des locataires de Côte-des-Neiges

Des propriétaires récalcitrants

De plus, l’éradication des punaises de lit n’est pas toujours une priorité pour certains propriétaires qui n’habitent pas les immeubles infestés et qui sont des investisseurs seulement intéressés par le profit.

Selon le porte-parole de la ville de Montréal Philippe Sabourin, la loi actuelle a du mordant.

Philippe SabourinPhilippe Sabourin, porte-parole de la Ville de Montréal Photo : Radio-Canada

À Montréal, la réglementation stipule qu’un propriétaire qui ne coopère pas peut avoir une amende de 675 $ à 20 000 $.

Philippe Sabourin

Dans les faits, le montant total de toutes les amendes en 2017 a été de 12 500 $, pour 18 constats d’infraction. Une moyenne de 695 $ par amende. Rien pour faire peur aux propriétaires récalcitrants et les inciter à agir vite.

Des problèmes de santé mentale

David Kaiser, médecin spécialiste à la Direction régionale de santé publique de Montréal, a étudié le lien direct entre une longue infestation de punaises de lit et les problèmes de santé mentale. Il en conclut que les punaises peuvent entraîner certains troubles mentaux.

Le fait de se faire piquer la nuit, de se faire réveiller. Le fait d’avoir peur de se coucher avec des punaises amène un élément particulier. En plus, la honte, non justifiée, mais très présente aussi, ajoute sur le stress et sur la rupture des réseaux sociaux.

David Kaiser

C’est ce qui est arrivé à la famille Ebrahimi.

Amir, sa jeune soeur et ses parentsAmir Ebrahimi (D) et sa famille Photo : Radio-Canada

On est devenus beaucoup plus anxieux. Mon père, c’était un homme toujours content et positif. Après cela, il est devenu négatif.

Amir Ebrahimi

Même chose pour Isabelle Dionne, qui a fini par aller dormir dans la rue pour fuir son appartement. « J’avais peur de transporter des punaises, alors j’ai couché dans la rue, de peur d’infester du monde à qui j’aurais pu demander l’hospitalité », raconte la jeune femme.

Elle se sent mal, stressée, fatiguée, à bout de nerfs et non fonctionnelle. Elle va chercher de l’aide à l’urgence de l’hôpital Saint-Luc. Ils la reçoivent et la traitent bien. Et surtout ils la rassurent.

Ils m’ont mentionné tout de suite que ce n’était pas moi qui étais folle; ça fait devenir comme ça.

Isabelle Dionne

Un désastre financier

Avoir des punaises de lit coûte cher. Isabelle Dionne et les Ebrahimi ont jeté meubles, matelas et vêtements. À la Régie du logement, les Ebrahimi n’ont obtenu que 1200 $ pour remplacer leurs biens. Ils évaluent plutôt leurs pertes à environ 6000 $. Isabelle Dionne, elle, attend toujours son audience.

Pour ce qui est des dommages moraux, la Régie du logement a accordé 100 $ à toute la famille Ebrahimi. Une somme dérisoire, selon eux.

Le reportage de Claire Frémont et France Larocque est présenté le 1er mai à La facture sur ICI Télé.

Les mesures prises à Montréal

Le porte-parole de la Ville de Montréal affirme que la municipalité prend au sérieux les infestations de punaises de lit. Le nombre d’inspecteurs a augmenté de 10 à 17.

La Ville a aussi investi 250 000 $ dans un programme d’accompagnement pour les familles vulnérables aux prises avec des punaises.

David KaiserDavid Kaiser, médecin spécialiste à la Direction régionale de santé publique de Montréal Photo : Radio-Canada

Des initiatives nécessaires, mais insuffisantes, selon le Dr Kaiser. Il souhaite une concertation de tous les acteurs qui doivent travailler ensemble, comme le réseau de la santé, la santé publique, la Ville, les propriétaires, les regroupements de locataires et les organismes communautaires.

En attendant, la famille Ebrahimi a déménagé dans un appartement sans punaises de lit, et le logement d’Isabelle Dionne n’est plus infesté. S’ils ont témoigné des problèmes causés par les punaises, c’est qu’ils souhaitent que les choses changent.

Il faut qu’on soit pris au sérieux plus rapidement pour traiter un problème comme ça, parce que depuis que je vis ici, ma santé mentale et physique s’est détériorée.

Isabelle Dionne

Santé mentale

Société