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Petula Clark : de Londres à Montréal… en français

Petula Clark prend la pose pour une série de photos promotionnelles.
« Souvent, les gens pensent : “Petula sait ce qu’elle veut. C’est une vedette. Elle a tout fait, blablabla.” Ce n’est absolument pas vrai. Moi, je ne suis jamais sûre de moi », dit la chanteuse. Photo: Productions Martin Leclerck/Laurence Labat
Philippe Rezzonico

Au cours de sa longue carrière, Petula Clark a enregistré des chansons à Londres, à Paris, à Memphis, à Nashville et à Los Angeles, avec des réalisateurs de renom comme Tony Hatch, Quincy Jones et Chips Moman. Elle vient maintenant de le faire à Montréal avec Louis-Jean Cormier et Antoine Gratton.

En 2017, Petula Clark avait demandé à des auteurs-compositeurs du Québec de lui écrire des chansons sur mesure. L’album Vu d’ici est le résultat de cette collaboration québécoise qui sera la pièce de résistance d’une tournée sur nos terres au mois de mai.

Généreuse, avec son éternel sourire attachant et son magnifique français teinté de ses origines britanniques, la chanteuse et ses réalisateurs – arrivés à divers moments durant l’entrevue – se sont livrés cette semaine sur le processus créatif lors d’une joyeuse rencontre tripartite ponctuée d’échanges sans filtre.

J’avais rencontré les auteurs-compositeurs dans un hôtel l’an dernier et on ne parlait pas de chansons. On parlait de la vie, des enfants, même un petit peu de politique, mais pas trop (sourire). Ce fut très agréable. Et puis, les chansons ont commencé à venir.

Petula Clark

« Il y en avait quelques-unes qui n’étaient pas bien pour moi, mais d’autres pour lesquelles c’était tout de suite “oui”, et d’autres, c’était “peut-être”. Et il fallait que je travaille sur quelques autres. Ce n’est pas toujours évident. Et puis, il y avait quelques paroles... Pour moi, le français, ça ne coule pas toujours bien. »

La première rencontre

« Je n’étais pas ici, mais grâce à Internet, j’ai pu tout écouter. Petit à petit, j’ai commencé à faire le choix des chansons avec Louis-Jean et Antoine, mais je ne les avais pas encore rencontrés. On ne se connaissait pas. Je ne savais pas qu’ils étaient jeunes. Je reviens à Montréal, je viens au studio, je les rencontre. Ils sont mignons, ça aide.

« On s’installe autour du piano et Antoine se met à jouer. C’était intéressant. Ils ne me connaissaient pas [personnellement]. Pendant cette séance, j’ai commencé à sentir : “Ah, Antoine, c’est plutôt ça; Louis-Jean, c’est plutôt ça.” Et je suppose la même chose pour eux. On cherchait les tonalités pour les chansons, mais c’était plus que ça. Très peu de temps après, on s’est retrouvés en studio, le moment de vérité, et ça a été tout de suite fantastique. »

De Londres à Montréal

En cherchant bien, vous pourrez probablement mettre la main sur des disques de Petula Clark sous étiquette Polygon qui remontent à aussi loin que 1949. Toutefois, sa première session d’enregistrement est antérieure à cette année.

PC : « Ma première fois en studio, c’était à Londres, mais avec Decca, avant Polygon. I was 17, maybe younger. C’était en studio avec un orchestre, bien sûr. J’étais en studio et, derrière la vitre, the cabin, il y avait deux messieurs en blouse blanche, comme des scientists. Ils étaient debout (elle se redresse), devant les machines (elle fait semblant d’ajuster des manettes) et on n’avait pas le droit d’aller dans cet endroit sacré. C’était pour les scientists, comme dans un spaceship. Nous, on était les artistes. »

Le saut dans l’inconnu

PC : « En studio, on ne sait jamais ce que ça va donner. C’est toujours l’aventure. Chaque enregistrement est une expérience différente avec les réalisateurs et les musiciens. Memphis avait été une expérience formidable. Il y avait là quelque chose que je n’avais pas vécu avant. C’est une équipe, on échange et on s’amuse. Pour mes deux derniers disques en Angleterre, le studio était de la dimension d’une cuisinette. Il y avait beaucoup d’ordinateurs. »

Louis-Jean Cormier (se joignant à la conversation) : « On a fait [l’album] plus old-fashion. Même Petula était surprise de l’approche. Après les rencontres autour du piano, on a joué sans partition. On voulait ce feeling. On voulait retrouver la Petula des années 1960, mais dans un contexte de modernité. »

PC : « Tu voulais retrouver ça? »

LJC : « Oui, je voulais ça. »

PC : « Mais, tu ne l’as pas trouvé? »

LJC : « Oui, je l’ai trouvé. » (Rires.)

PC : « Moi, je chante, moins bien, mais je chante. Le chemin de la gare, je ne l’ai pas chantée comme L’âge que j’ai, mais je pense que c’est normal. »

LJC : « La voix, c’est un instrument comme les grandes guitares et les grands violons, ça s’embellit avec le temps. »

PC : « Moi, je ne sais pas comment ça marche. »

LJC : « On garde une part de mystère. »

Radio-Canada : « Qu’est-ce qu’une chanteuse ayant votre métier recherche d’un réalisateur? »

PC : « Je veux être guidée. Je ne suis pas toujours ses conseils (elle sourit en baissant les yeux), mais j’ai besoin de conseils. On est tous là pour la même raison. On veut faire quelque chose de bien.

C’était très, très nourrissant. Parfois, on a besoin d’aide. Souvent, les gens pensent : “Petula sait ce qu’elle veut. C’est une vedette. Elle a tout fait, blablabla.” Ce n’est absolument pas vrai. Moi, je ne suisjamais sûre de moi, il faut que je sois rassurée. »

LJC : « Elle était très, très sévère envers elle-même, très, très critique : “Ah, je ne chante pas bien. Ce n’est pas bon.” Nous, on faisait quand même un travail de psychologue et de massothérapeute. »

RC : « Comme réalisateur, qu’est-ce que tu attends de l’interprète? »

LJC : « C’est un grand lien de confiance. Il faut que l’artiste soit dans une démarche d’ouverture. On dit souvent à la blague, même si c’est vrai, que lorsque l’on entre en studio, il faut mettre notre ego de côté afin de devenir un partenaire. C’est délicat, parce qu’au final, c’est l’artiste qui va porter tout ça sur ses épaules. Je dis toujours la même chose quand je fais de la réalisation : “Il ne faut pas avoir peur de dire les choses comme elles sont.” Car, si l’on passe du temps à tourner autour du pot, le projet n’avance pas. »

Antoine Gratton (qui arrive d’une autre entrevue) : « Moi, je veux juste avoir du fun. C’est un peu la [raison pour laquelle] on fait ça. Ça dépend toujours de l’artiste avec lequel tu vas travailler. »

Antoine est plus dur en studio que Louis-Jean (sourire coquin). Louis-Jean est plus funny, charming. Lui, he means business, mais c’est bien ainsi. Good cop, bad cop. (Fou rire général.) Et on a eu de beaux moments quand on chantait ensemble.

Petula Clark

LJC : « En effet. Les back vocals, on les a faits les trois ensemble, comme Brian Wilson faisait. On pouvait doubler ou tripler les voix. »

Beaucoup de nouvelles chansons

Sans savoir précisément combien de nouveaux titres Petula Clark proposera lors de cette tournée québécoise, on peut présumer qu’un bon nombre des chansons de Vu d’ici seront de la partie. Ça fait beaucoup de nouveau matériel à maîtriser en peu de temps, ça.

PC : « Ça fait quelques semaines que j’essaie d’apprendre les paroles [par cœur]. Je vais les mélanger avec les vieilles chansons, parce que les gens ont envie d’entendre les vieilles chansons et parce que je les aime aussi. C’est drôle, parce que je suis en train de me battre avec les nouvelles (elle fait des gestes avec ses mains). Et, là, Cœur blessé arrive, et celle-là, c’est comme si elle était dans mon système. Les nouvelles chansons ne sont pas encore dans mon système, mais ça va venir. Et j’espère que ça va venir bientôt. (Rires.) »

RC : « Il y a aussi la sélection des chansons de votre volumineux répertoire. Je me souviens d’un spectacle ici, il y a près de 20 ans, où quelques spectateurs unilingues anglophones étaient un peu frustrés d’avoir entendu telle chanson en français plutôt qu’en anglais. »

PC : « Ça me rappelle l’histoire de John Lennon (son visage devient grave). En 1965, je fais un concert exclusivement en français à la Comédie-Canadienne, une première pour moi. Quelques années plus tard [en 1969], je reviens faire un spectacle bilingue après le succès en anglais de Downtown, I Know a Place, etc. [C’est] un désastre. Quand je chantais en français, le public voulait entendre les chansons en anglais et c’était l’inverse quand je chantais en anglais. C’était le cauchemar, vraiment le cauchemar. J’étais dans un tel état, je ne savais pas quoi faire. J’étais blessée, en plus.

« Je ne suis pas politicienne. Je ne comprenais pas. Il fallait que je demande l’avis de quelqu’un. Je savais que John Lennon était en ville [pour son bed-in] au Reine Elizabeth. Tout le monde ne parlait que de ça. Je sors sous la pluie, j’arrive à l’hôtel, je monte à la suite. La porte est ouverte, il n’y a pas [d’agent] de sécurité, et je vois John et Yoko au lit.

« Il me dit : “Petula, what are you doing here?” Je lui explique toute l’histoire en tremblant et John répond : “Fuck 'em. You need a glass of wine.” Je lui ai répondu : “Oh! Merci, John.” Mais, ce n’est pas moi qui ai dit ça. »

Tenez-le-vous pour dit : la tournée de Petula Clark sera principalement francophone… et québécoise.

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