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Comment travailler avec des artistes : l'expérience de Liza Maheu

Une sculpture située dans le Jardin des sculptures de la Maison des artistes visuels francophones à Winnipeg.
Une sculpture située dans le Jardin des sculptures de la Maison des artistes visuels francophones à Winnipeg. Photo: Radio-Canada

Le Comité du monument Georges-Forest a annoncé cette semaine que l'inauguration de la statue n'aurait pas lieu en juin comme prévu. Il y a des exemples de modèles de collaboration avec des artistes qui ont connu du succès, notamment à Saint-Boniface. L'ancienne directrice générale de la Maison des artistes visuels francophones revient sur son expérience, notamment lors de la création du Jardin des sculptures.

Un texte de Thibault Jourdan

Liza Maheu, qui a dirigé la Maison des artistes visuels francophones de 2005 à 2013, se souvient que les artistes, à l’origine de l’idée, se sont très vite engagés dans le projet de Jardin de sculptures. « Ça ne nous donnait rien de le faire s’ils n’y croyaient pas, ou s'ils trouvaient qu’on faisait des erreurs. Je pense que le succès, franchement, c’est que les artistes ont été impliqués dès le début. »

Entourée d’architectes, de spécialistes d’art public d’autres grandes villes canadiennes, notamment Montréal, et d’ingénieurs de la Ville de Winnipeg, l’équipe a ensuite mis en place un système de sélection des artistes.

« Nous faisions une soumission de dossiers d’intérêt » provenant de tout le Canada, poursuit Liza Maheu. Les artistes connaissaient alors l'emplacement prévu dans le Jardin, ainsi que l’espace qu’ils avaient à leur disposition et ce qui se trouverait autour de leur sculpture.

« On a ensuite mis sur pied un jury complètement indépendant pour qu’il n’y ait aucun conflit [d’intérêts] de notre part et de la part des artistes. Le jury était composé d’artistes, d’architectes, d’ingénieurs pour s’assurer que le plan qu’on nous avait montré serait vraiment faisable. »

La capacité de l’artiste et de l’œuvre à respecter le budget et l'échéancier prévus était aussi vérifiée.

Une maquette à respecter

Une fois les artistes choisis, ceux-ci devaient réaliser une maquette. À partir de là, la sélection finale entrait en jeu et un seul artiste était retenu par emplacement.

Liza Maheu souriante.Liza Maheu a dirigé la Maison des artistes visuels francophones de 2005 à 2013. Photo : Radio-Canada

« On avait toute une série de critères en place », ajoute Liza Maheu. Ceux-ci étaient très précis et comprenaient, entre autres, des aspects sécuritaires, le matériel pour l’œuvre, ou encore un plan pour le nettoyage de leurs sculptures. « La plupart de ces critères ont été copiés du Conseil des arts du Canada, du Conseil des arts de Winnipeg, etc. », ajoute-t-elle.

On parle de critères comme quelque chose de très peu palpable, mais pour les artistes, c’est vraiment leur guide pour la représentation finale de leur sculpture.

Liza Maheu, ancienne directrice générale, Maison des artistes visuels francophones

Venaient ensuite des maquettes réalisées par les artistes. C’est seulement à ce moment-là que les créateurs du Jardin des sculptures se rendaient compte de ce que l’artiste avait en tête. Les maquettes devaient être accompagnées de documents expliquant dûment ce qu’elles représentaient et quelle était la démarche intellectuelle et créative de l’auteur.

« Le processus était de vraiment laisser l’artiste libre, de le laisser avec sa créativité. Je pense que ces deux aspects sont primordiaux pour les artistes », explique Liza Maheu.

Pas de commande

Au final, toutes les œuvres qui se trouvent aujourd’hui dans le Jardin des sculptures ne sont en aucun cas des commandes passées aux artistes. « Les commandes marchent, mais elles tuent la créativité de l’artiste parce que je ne suis pas artiste et je lui dis quoi faire », estime l’ancienne directrice générale.

Si tu veux un franc succès pour des oeuvres d’art public, il faut que tu laisses 100 % de la créativité à l’artiste.

Liza Maheu, ancienne directrice générale Maison des artistes visuels francophones

Elle ajoute qu’avec les commandes, il peut y avoir un problème de mésentente finale qui devient insoluble. « L’artiste peut être déçu et la personne qui passe la commande peut être très déçue aussi, parce qu’au final [il est impossible de s’entendre complètement sur de l’art]. »

Tu ne peux pas, une fois que l’artiste dit que l’oeuvre est terminée, lui dire que tu n’aimes pas l’oeuvre que tu as commandée. C’est insultant pour l’artiste.

Liza Maheu, ancienne directrice générale Maison des artistes visuels francophones

D’où, finalement, l'importance de l’usage des maquettes dans le processus de création du Jardin des sculptures : « Quand on acceptait la maquette telle quelle, l’oeuvre devait respecter la maquette. Il n’y avait plus de place à la créativité », conclut Liza Maheu.

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