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La CAQ refuse de se laisser étiqueter par les libéraux

Alex Boissonneault fait le point.
Radio-Canada

La pression continue de monter à l'Assemblée nationale à l'approche des élections alors que les accusations fusent et que les partis visés tentent de s'en défendre. Jeudi, la CAQ a tenté, en vain, de répliquer en Chambre avec une motion pour forcer les libéraux à ne plus la qualifier d'extrême droite.

La CAQ accuse le premier ministre de faire de la « désinformation » pour avoir affirmé mercredi, lors de l'étude des crédits, que le parti était d'extrême droite.

La motion, qui a échoué jeudi à obtenir le consentement de la Chambre en vue d’être débattue, mais qui avait cependant l’appui du PQ et de QS, se lit ainsi : « Que l’Assemblée nationale reconnaisse qu’aucune formation politique représentée à l’Assemblée nationale du Québec ne prône une idéologie d’extrême droite ».

Plus tôt jeudi matin, le député caquiste de Chambly, Jean-François Roberge, commentant la motion à venir, expliquait qu'il s'agissait d’empêcher le premier ministre de « divaguer ».

« On a vu hier M. Couillard déraper complètement quand, en panique, il a traité la CAQ de parti d’extrême droite. J’espère que M. Couillard va se ressaisir et qu’il va voter en faveur de ça [la motion] », avait alors déclaré M. Roberge.

[J’espère que Philippe Couillard] va arrêter sa stratégie de mensonge organisé. Qu’il va arrêter d’essayer de coller des étiquettes et qu’il va défendre son bilan. Je sais que c’est difficile de défendre son bilan, parce que ce n’est pas très reluisant.

Le député caquiste Jean-François Roberge

Selon M. Roberge, plusieurs exemples démontrent que la CAQ n’est pas un parti d’extrême droite, comme l’intention de la CAQ de « réinvestir massivement en éducation et dans les services publics ».

M. Roberge affirme que la CAQ « rejette les étiquettes de gauche et de droite » et préfère parler d'un parti nationaliste et pragmatique.

« Ce n’est pas ça qui nous définit. La CAQ est un parti pragmatique, à l’écoute des gens. [...] On veut réinvestir dans les services publics, mais on reconnaît qu’il y a un réseau privé aussi, on reconnaît le libre choix. », conclut-il.

« Ils ont le droit de faire ce choix, mais qu’ils l’assument » - Philippe Couillard

C’est lors d’un échange avec François Legault mercredi après-midi que le premier ministre, critiquant les positions de la CAQ, notamment en santé, en éducation et pour l’économie, a lancé cette accusation.

« C’est le choix de la CAQ, ils ont le droit de faire ce choix, mais qu’ils l’assument : ils se situent à l’extrême droite, à la droite dure du spectre politique du Québec », avait-il alors lancé.

Le chef de la CAQ avait aussitôt dénoncé « la campagne de peur du premier ministre », ajoutant que ça ne marcherait pas. « C’est lui qui est de la droite méchante », a d’ailleurs répliqué à cette occasion François Legault, dénonçant les coûts de l’entente avec les médecins spécialistes ainsi que les coupes dans les services aux enfants ayant des difficultés d’apprentissage.

M. Couillard a nuancé ses propos jeudi matin, à la sortie de son caucus, disant que « la CAQ véhicule des idées qu’on ne connaît pas, alors c’est à eux de les préciser ».

Puis, en Chambre, il a continué en disant qu’il laisserait les citoyens juger. « C’est pas moi qui ai écrit les articles qu’on a vus récemment, c’est pas moi qui ai fait les commentaires qu’on a vus récemment sur leur positionnement, c’est pas moi qui ai recruté M. Chassin, c’est sa décision, c’est à eux de s’expliquer, c’est à eux de définir de façon franche et ouverte leur positionnement », a-t-il affirmé.

De son côté, Québec solidaire a déploré « l’exagération » dont M. Couillard a fait preuve en associant la CAQ à l'extrême droite.

« La CAQ est un parti de droite. Youri Chassin est un candidat très, très à droite, mais non, la CAQ ce n'est pas l'extrême droite, a-t-il dit. L'extrême droite existe au Québec. C'est Atalante, c'est des groupes comme ceux-là, mais les mots ont un sens et on ne peut pas coller des étiquettes à la va-vite ».

La réaction a été la même du côté du PQ. Jean-François Lisée estime qu'il n'existe pas de parti politique d'extrême droite au Québec. Il demande au premier ministre d'arrêter de dire le contraire, « car il est en train de faire baisser le niveau du débat ».

Une clôture au chemin Roxham?

Par ailleurs, une autre motion, déposée cette fois par Québec solidaire (QS), a échoué à obtenir le consentement de la chambre en vue d’être débattue.

La motion avait été déposée en réaction aux déclarations du chef du Parti québécois (PQ), Jean-François Lisée, qui a proposé mercredi de fermer avec une clôture le chemin Roxham, par lequel arrivent au Québec des centaines de migrants irréguliers en provenance des États-Unis.

En fait, M. Lisée suggère d'abord de mettre fin à l’entente sur les tiers pays sûrs, qui pousse certains migrants à passer la frontière de façon irrégulière. La suspension de l’entente inciterait les migrants à se présenter à d’autres postes frontaliers ailleurs au Canada et permettrait de les « accueillir humainement », pense-t-il.

Après avoir mis fin à l'entente et avoir donné ainsi « une autre voie » aux demandeurs d'asile, Québec et le gouvernement fédéral pourraient décider de fermer le chemin Roxham, dit Jean-François Lisée.

« Comment indiquer que Roxham est fermé? Un panneau, une haie de cèdres, un policier? Peu importe », a précisé M. Lisée sur Twitter.

Jean-François Lisée souligne que certaines des propositions qu'il a faites depuis un an pour faire diminuer le flux de migrants irréguliers qui arrivent au Québec, dont l'abolition de l'entente sur les pays tiers sûrs, sont maintenant « acceptées comme tout à fait normales ». « Mais au moment où je les ai faites, elles étaient vues comme scandaleuses », dit-il.

Selon le député de QS Gabriel Nadeau-Dubois, ces déclarations « sont inquiétantes parce que c’est un débat sensible, qu’il faut mener en se tenant loin des solutions simplistes, des solutions démagogiques ».

On ne veut pas voir au Québec des scènes comme on voit en Europe, où des gens se mettent en danger et parfois meurent pour atteindre le pays de leur choix.

Le député de Québec solidaire Gabriel Nadeau-Dubois

« C’est pour ça que c’est important de tracer une ligne et de dire que comme parlementaire nous ne voulons pas aller dans la direction d’une fortification de la frontière canadienne », a souligné M. Dubois.

La motion de Québec solidaire demandait à l’Assemblée nationale de s’opposer aux « solutions reposant, au Québec comme ailleurs, sur l’érection de murs frontaliers ou d’autres formes de barrières frontalières. »

Pour régler le problème de l’important afflux de demandeurs d’asile irréguliers à la frontière, QS propose « à court terme », tout comme le PQ, de mettre fin à l’entente sur les tiers pays sûrs.

De son côté, la CAQ abonde dans le même sens que QS et ne croit pas qu’il faille bloquer le chemin Roxham.

« Si on ferme ce chemin, les gens vont passer ailleurs », dit Jean-François Roberge.

Selon lui, la solution au problème passe par une « vraie campagne d’information » menée par Ottawa pour informer les migrants de ce qui les attend arrivés au Canada.

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