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  • Envoyée spéciale
  • La péninsule coréenne à l’aube d’un nouveau départ

    Des étudiants tiennent des portraits du président sud-coréen Moon Jae-in et du dirigeant nord-coréen Kim Jong Un lors d'un rassemblement pro-unification en vue du prochain sommet entre la Corée du Nord et la Corée du Sud à Séoul.

    Photo : Reuters / Jorge Silva

    Radio-Canada

    Le sommet intercoréen qui aura lieu vendredi – le troisième entre les deux Corées depuis la scission de la péninsule – permettra-t-il de rétablir la paix? C'est du moins ce que souhaite le président sud-coréen Moon Jae-in, qui ouvrira ses portes à son homologue nord-coréen Kim Jong-un, un pas important vers le réchauffement des relations entre ces frères ennemis.

    Un texte d'Anyck Béraud

    Après une année 2017 sous haute tension, la rencontre historique va se dérouler au cœur de la zone démilitarisée, cette frontière fortement gardée, armée, minée : le symbole de la division.

    Mais, comme un espoir de jours meilleurs, les gestes de bonne volonté vont ponctuer le début du sommet.

    Fils de réfugiés nord-coréens et partisan de longue date de la réconciliation, Moon-Jae-in doit accueillir Kim Jong-un à la ligne de démarcation militaire, une première en 65 ans pour un dirigeant de la Corée du Nord.

    Le leader nord-coréen aura droit à la garde d’honneur. Les deux hommes planteront même un pin, symbole de paix. Une image de la péninsule unifiée est gravée sur le dossier de leurs fauteuils à la table des pourparlers.

    La troisième fois sera-t-elle la bonne?

    Renouer le dialogue avec Pyongyang est un rêve qui anime périodiquement la présidence à Séoul. C’était l’une des promesses électorales de Moon Jae-in, élu en 2017.

    C’était aussi le cas pour l'ancien dissident sous la dictature en Corée du Sud Kim Dae-jung, de tendance libérale (Parti démocrate du millénaire). Il a été récompensé d’un Nobel de la paix pour ses efforts.

    Le président sud-coréen Kim Dae-jung, à gauche, et le dirigeant nord-coréen Kim Jong-il le 14 juin 2000.

    Le président sud-coréen Kim Dae-jung, à gauche, et le dirigeant nord-coréen Kim Jong Il le 14 juin 2000

    Photo : Getty Images / Newsmakers

    En 2000, pour le premier sommet intercoréen, Kim Dae-jung était allé rencontrer l’homme fort de Pyongyang, Kim Jong-il, le père de Kim Jong-un. Il avait eu droit au tapis rouge.

    Un orchestre avait joué Arirang, un chant traditionnel cher aux deux Corées. Il y avait eu des sourires, des poignées de main et une déclaration commune dans laquelle on promettait de faire progresser la paix.

    On disait alors que la réunification était possible.

    Cette rencontre avait d’ailleurs donné le coup d’envoi à un programme qui peinait à démarrer : les réunions des familles séparées par la guerre de Corée.

    Des frères, des sœurs, des parents et des enfants – triés sur le volet au Nord, puis choisis par un système de loterie au Sud – ont pu se retrouver pendant quelques jours, après être restés sans nouvelles les uns des autres depuis parfois des décennies.

    Kim Sung-bok, une Sud-Coréenne de 90 ans, serre contre elle sa fille, Kim Hee-sook,  lors de retrouvailles émotives en novembre 2010.

    Kim Sung-bok, une Sud-coréenne de 90 ans, lors de retrouvailles émotives avec sa fille, Kim Hee-sook, en novembre 2010. 107 Sud-coréens ont pu traverser la frontière pour aller retrouver leurs proches en Corée du Nord, après avoir été séparés depuis la guerre de Corée, de 1950 à 1953.

    Photo : Reuters / POOL New

    Encore à ce jour, ces retrouvailles restent rares. Elles sont parfois annulées à la dernière minute. Il faut dire qu’elles font les frais des relations en dents de scie entre les deux pays, qui sont notamment mises à mal par les ambitions nucléaires de la Corée du Nord.

    Un deuxième sommet en 2007

    Pyongyang a testé sa première bombe atomique en 2006. Un autre sommet intercoréen a tout de même eu lieu en octobre 2007, toujours en Corée du Nord.

    Cette fois-ci, Kim Jong-il est allé accueillir personnellement son invité sud-coréen qui a franchi la frontière à pied.

    Encore des symboles. Et encore des promesses de paix et de prospérité.

    Un Sud-Coréen regarde un reportage télévisé à la gare de Séoul, le 3 octobre 2006, sur la déclaration de la Corée du Nord au sujet d'un éventuel essai nucléaire.

    Un Sud-Coréen regarde un reportage télévisé à la gare de Séoul sur la déclaration de la Corée du Nord au sujet de son premier essai nucléaire, organisé le 9 octobre 2006.

    Photo : Reuters / Kim Kyung Hoon

    À l'époque, la Corée du Nord s’était engagée à suivre la voie de la dénucléarisation en échange d'une aide économique et de garanties pour sa sécurité. Le régime croit depuis longtemps que les États-Unis veulent le renverser.

    Dans la foulée de ce sommet, des marchandises avaient commencé à être acheminées entre les deux Corées. Cela a toutefois été de courte durée.

    L’année suivante, Pyongyang interrompait cette ligne ferroviaire. Les relations étaient mises à mal depuis l’élection à la présidence à Séoul d’un tenant de la ligne dure envers le voisin. Et elles ont continué à se dégrader, car tour à tour, Kim Jong-il puis son fils, Kim Jong-un, ont poursuivi leur course à l'arme nucléaire.

    En 2016, après que le Nord eut manqué à sa parole en effectuant un autre test nucléaire, Séoul a fermé la zone industrielle intercoréenne de Kaesong. Cette zone était un symbole de la coopération entre les deux pays et l'un des seuls résultats concrets depuis le premier sommet intercoréen de 2000.

    Le parc industriel intercoréen de Kaesong.

    Le parc industriel intercoréen de Kaesong était un symbole de la coopération entre les deux pays.

    Photo : Reuters / Kim Hong-Ji

    Vers la paix?

    Malgré deux sommets intercoréens, les contacts directs entre les populations des Corées restent interdits, à moins de permission exceptionnelle.

    Les deux pays ne reconnaissent pas l’existence l’un de l’autre et revendiquent chacun la souveraineté de la péninsule. Ils sont toujours techniquement en guerre, 65 ans après l’armistice qui a fait taire les armes.

    En cette période d’apaisement, après avoir frôlé, peut-être, le pire l’an dernier, Moon Jae-in rêve de mettre fin officiellement à la guerre.

    « La paix, un nouveau départ », indique le slogan du sommet intercoréen qui réunira le président sud-coréen Moon Jae-in et le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un le 27 avril.

    « La paix, un nouveau départ », indique le slogan du Sommet intercoréen qui réunira le président sud-coréen Moon Jae-in et le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un le 27 avril.

    Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

    Pour y arriver, il faudra notamment des avancées sur l’autre sujet de ce sommet : la dénucléarisation.

    La grande question est de savoir si Kim Jong-un voudra aller plus loin que la fermeture d'un des sites d'essais (qui se serait toutefois effondré, d'où son abandon, selon certaines sources) et la suspension de ses tests nucléaires et de ses tirs de missiles intercontinentaux annoncée le week-end dernier.

    Voudra-t-il se débarrasser de tout son arsenal nucléaire? C’est en tous cas ce que veut dire dénucléarisation : se débarrasser de toutes bombes, a lancé cette semaine le président américain Donald Trump. L'aval des États-Unis sera nécessaire pour signer un traité de paix entre les deux Corées.

    Politique internationale

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